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La bonne
volonté ne suffit pas pour travailler à l'étranger.
Encore faut-il en avoir le droit. En règle générale,
le voyageur est considéré comme un touriste et doit se contenter
de ce statut. Heureusement, certains pays ont signé entre eux des
accords pour autoriser leurs ressortissants à travailler sur leurs
territoires respectifs. Quand ce n'est pas le cas, de nombreux routards
choisissent en ultime recours d'ignorer la loi… à leurs risques
et périls.
Les
voisins qui nous exonèrent de permis de travail
Les
DOM-TOM : on reste en France
Le
soleil, la mer, des paysages exotiques… Les Français ont la
chance de pouvoir goûter au dépaysement total sans même
quitter leur pays, grâce aux départements et territoires
d'outre-mer. S'envoler vers les DOM-TOM semble une solution idéale
pour travailler en voyageant, puisque les Français y ont en théorie
les mêmes droits qu'en métropole. Sur le terrain, la réalité
n'est cependant pas si simple. On s'aperçoit vite que les jobs
ne pullulent pas, et qu'ils vont en priorité aux locaux, ce qui
semble normal.
Robin,
lui, a été victime d'un piège d'un autre acabit :
« J'ai quitté mon boulot en métropole pour partir
en Martinique, avec mon sac à dos et 5 000 F de l'époque
en poche. Une amie m'a hébergé dans l'hôtel-club où
elle bossait, et où j'espérais me faire embaucher. Mais
au bout d'une semaine, on m'a demandé de partir. J'ai alors trouvé
une colocation dans une maison, et puis je me suis vite adapté
à l'ambiance locale : au bout de dix jours, j'avais perdu
l'envie de travailler… Résultat : j'ai dû rentrer
au bout d'un mois, sans le moindre sou ».
Pour Nathalie B., l'expérience a été
un peu plus concluante : « J'ai rencontré dans
l'avion une dame à qui j'ai demandé si c'était facile
de trouver un petit boulot à Tahiti. Elle m'a donné son
numéro de téléphone, sa sœur travaillait dans
une agence de consultants ; j'ai fait des interviews dans la rue
et animatrice de vente en supermarché Assez bien payé, mais
pas assez d'heures. En allant manger sur le port, j'ai trouvé un
boulot comme plongeuse, puis serveuse pour une crêperie. C'étaient
des heures de nuit, mal payées, mais comme la vie est très
chère en Polynésie française, c'était toujours
bon à prendre ».
Les
pays de l'Union européenne
Plus
largement que dans les seuls pays de l'UE, les citoyens de l'Union ont
le droit de travailler partout dans l'Espace économique européen
(EEE) qui inclut, outre les « 27 » (on pourrait
tous vous les citer, mais on sait que vous avez bien révisé
vos leçons), la Norvège, le Liechtenstein
et l'Islande. Seuls papiers nécessaires : une carte
d'identité ou un passeport en cours de validité, pour pouvoir
entrer dans certains pays (le Royaume-Uni notamment). Pas besoin, donc,
de demander un permis de travail. Attention, dans certains pays, il existe des professions réglementées comme les architectes, médecins, dentistes, infirmiers en soins généraux, vétérinaires, pharmaciens, sages-femmes...
La règle du jeu comporte des restrictions. Les Etats entrés dans l'UE en mai 2004 et janvier 2007 peuvent adopter, pendant la période transitoire prévue par les traités d'adhésion, des mesures restrictives en matière d'accès à leur marché du travail. C'est le cas de la Roumanie. Le citoyen français peut résider de façon temporaire pendant un délai raisonnable dans n'importe quel pays de l'Union européenne (UE) pour y chercher un emploi.
Enfin, la Suisse a prévu d'adhérer à partir
de juin 2007 à la libre circulation des personnes dans l'Union
européenne. Ce qui signifie qu'à partir de cette date, les
citoyens de l'UE pourront travailler en Suisse dans les conditions décrites
plus haut. En attendant, le pays pratique toujours la préférence
nationale et impose un quota d'autorisations de travail sur son territoire.
Le
visa « Vacances-Travail »
La
France a signé des accords bilatéraux avec quatre pays pour
permettre à ses ressortissants d'y jouer les touristes tout en
finançant leur périple grâce à des jobs trouvés
sur place. Ces pays sont le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande
et le Japon, et le précieux sésame issu de ces accords est
un visa « Vacances-Travail ». Les conditions de
sa délivrance varient légèrement selon les pays,
mais le principe reste le même. Ce visa s'adresse aux 18-30 ans
(35 ans pour le Canada), à qui il permet de rester jusqu'à
un an dans le pays d'accueil. Il faut souscrire une assurance et justifier
de ressources financières suffisantes pour subsister les premiers
mois (entre 2 100 et 3 000 € suivant la destination) :
le départ peut donc difficilement se faire sur un coup de tête.
Attention, ce type de visa n'est délivrable qu'une seule fois par
personne et par pays.
Nathalie
B., partie en Australie avec un « Working Holiday Visa »
(WHV), a décroché un job qui lui a permis de faire le tour
du pays. « En regardant les annonces dans les auberges de jeunesse,
j'ai trouvé un boulot de vendeuse de tableaux en porte-à-porte.
Le mec nous déposait dans un secteur avec une dizaine de tableaux.
On devait lui donner 45 AU$ par tableau, le bénéfice
était pour nous et le cinquième tableau vendu aussi. Avec
mon anglais de base et mon accent français, ça fonctionnait
bien. Comme j'avais une voiture, je lui ai demandé si je pouvais
m'organiser de mon côté. J'avais ma sélection de tableaux,
je faisais les petits secteurs et les villages tout en voyageant. J'ai
fait cela dans toute l'Australie. Trop top comme moyen de voyager ! »
Nathalie G., elle, a quitté son emploi de bibliothécaire
pour partir un an en Nouvelle-Zélande avec le même type de
visa : « J'ai eu un petit boulot chez un traiteur français,
car à Auckland, la communauté française est très
solidaire, puis d'autres propositions pour des restos français.
Donc c'est très facile de trouver un petit boulot ; on est
payé, généralement, 10 NZ$ de l'heure après
taxes, ce qui est tout juste correct. En revanche, pour trouver un boulot
normal, c'est une galère inimaginable, car ils ont une politique
d'immigration draconienne : si tu n'es pas kiwi et résident,
tu ne passes même pas la porte des entretiens d'embauche. C'est
ce que j'ai tenté en tant que bibliothécaire ; au bout
de deux mois, j'y ai renoncé. Puis j'ai rencontré des amis
qui recherchaient des gens pour bosser à Milford Sound, le site
touristique le plus visité de Nouvelle-Zélande. Ils m'ont
embauchée pour une durée de huit mois, une chance extraordinaire !
J'ai bossé sur un bateau de croisière qui emmenait les touristes
(3 000 par jour en haute saison) pour une visite du fjord et un petit
tour en mer de Tasman. Mon job était un mélange de tout :
accueil des passagers, nettoyage du bateau, plonge, etc. On bossait dix
jours de suite, puis on avait quatre jours de repos ».
Pour
obtenir des infos sur les visas « Vacances-Travail »,
contactez directement les ambassades des pays concernés :
- Ambassade du Canada : 35, avenue Montaigne, 75008
Paris. Tél. : 01-44-43-29-00. Internet : www.amb-canada.fr.
Pas de frais de dossier.
- Australie : renseignements et demande de visa (électronique)
exclusivement par Internet : www.immi.gov.au/e_visa/visit.htm.
Il faudra régler de la même manière des frais de dossier
de 170 AU$ (environ 105 €). Possibilité de visa
également pour les Belges. Plus d'infos sur le site internet de
l'ambassade d'Australie en France : www.france.embassy.gov.au.
- Ambassade de Nouvelle-Zélande : 7 ter, rue
Léonard de Vinci, 75116 Paris. Tél. : 01-45-01-43-43.
Internet : www.nzembassy.com.
Frais de dossier : 65 €.
- Service consulaire de l'ambassade du Japon : 7, avenue
Hoche, 75008 Paris. Tél. : 01-48-88-62-00. Internet :
www.fr.emb-japan.go.jp.
Pas de frais de dossier.
Le
cas des États-Unis
L'Oncle Sam propose une formule similaire, mais les conditions d'éligibilité
sont plus restrictives, voire rébarbatives. Le programme « Work
& Travel USA » s'adresse exclusivement aux étudiants
(niveau bac+1), auxquels il offre la possibilité d'effectuer un
job d'été aux États-Unis, pendant une durée
maximale de quatre mois entre juin et octobre. Trente jours supplémentaires
sur le territoire américain sont autorisés pour jouer les
touristes. Attention, les démarches d'obtention du visa ne se font
pas directement auprès de l'ambassade des États-Unis. Il
faut impérativement passer par un organisme agréé
et chargé de faciliter l'obtention des formulaires nécessaires
à la demande de visa (que vous devrez ensuite faire vous-même
au consulat). L'organisme se chargera également de vous dispenser
des conseils pour votre recherche de job et d'appartement, de vous procurer
une assurance, d'assurer un suivi sur place et de vous soutirer plusieurs
centaines d'euros pour le tout. On n'y coupe pas ! À noter : cette
somme rondelette n'inclut pas les frais de visa (environ 80 €)
et de « fonctionnement » (frais SEVIS, pour Student
and exchange visitor information system, s'élevant à 35 US$,
soit environ 28 €), qui seront à régler à
l'ambassade.
Voici
l'adresse d'un organisme français agréé. Attention,
mieux vaut s'inscrire dès le mois de janvier pour un départ
l'été suivant, car l'obtention du visa peut prendre plusieurs
semaines.
- Parenthèse : 39, rue de l'Arbalète,
75005 Paris. Tél. : 01-43-36-37-07. Internet : www.parenthese-paris.com.
Frais de participation : 700 € pour l'été 2005.
Travailler
au noir
Pas
de permis de travail ? Il en faut plus pour décourager certains
routards. Le travail au noir est une option aventureuse, mais elle est
choisie par plus de voyageurs qu'on ne le pense. D'autant que dans certains
secteurs, les patrons sont peu regardants sur les papiers de leurs employés,
en particulier dans la restauration (surtout en cuisine, où le
personnel est moins visible) et dans l'agriculture (récoltes et
cueillettes).
Attention toutefois, plonger dans l'illégalité n'est pas
sans risques. Tout d'abord, ne pas avoir de papiers signifie ne pas avoir
non plus de protection sociale en cas de problème (accident, maladie).
Vous ne serez pas, en outre, en position de force face à votre
employeur et il pourrait bien en profiter pour vous imposer un salaire
de misère et des horaires de forçat. Mais surtout, attention
à ne pas vous faire démasquer par les autorités locales,
car les sanctions sont très lourdes ; elles peuvent aller
de l'expulsion immédiate à l'interdiction de séjour
pendant plusieurs années, en passant par une grosse amende, voire,
dans les cas extrêmes, par la case prison. Alors prudence.
Christophe
a occupé plusieurs postes de cuistot dans des restaurants aux États-Unis.
Il franchissait régulièrement la frontière pour renouveler
son visa de tourisme. Une expérience stoppée net par une
« boulette », quelques mois après un certain
11 septembre : « Du fait des attentats contre le World
Trade Center et de mes tampons des États-Unis à tire-larigot,
la frontière Canada-États-Unis n'allait pas être une
mince affaire, j'en étais très conscient. Après être
resté trois semaines pour les fêtes à Montréal,
je me dirige, pas très serein, vers la frontière. Ça
n'a pas loupé. Tout le bus est passé sans aucun problème,
mais arrivé à moi, l'employé de l'immigration a dit
au chauffeur d'attendre. Il a commencé à fouiller mon portefeuille
puis mon petit sac, tout y est passé. Manque de bol, arrivé
au sac à dos, il m'a mis devant le nez un bon gros CV, avec comme
référence mon job à San Francisco, le tout en anglais.
J'ai nié en prétextant que je voulais travailler dans un
resto américain en France et que j'avais menti sur mon CV. Il n'a
pas insisté, mais n'a pas été dupe pour autant. La
sentence est tombée : interdiction d'aller aux États-Unis,
même en transit, sans visa. C'est-à-dire aller à l'ambassade
américaine et prouver que j'ai une adresse et un travail fixe en
France, et environ 3 000 € sur mon compte. Et bien sûr,
retour au Canada sur-le-champ. En résumé, le gars a été
plutôt sympa et la punition assez légère. Il est évident
qu'elle est beaucoup plus lourde si on se fait prendre sur le fait ».
Quelques
conseils de bon sens : le coup du CV est un classique. Pour
éviter tout indice compromettant, ne voyagez jamais avec un exemplaire
dans vos bagages : avant le départ, envoyez-le sur votre propre
boîte mail. Vous pourrez l'imprimer au moment de commencer vos recherches.
Si vous trouvez un job au noir, pour des raisons évidentes, vous
serez payé cash. Dès que vous vous trouverez à la
tête d'une somme rondelette (que vous n'aurez pas intérêt
à déposer sur un compte, pour ne pas éveiller les
soupçons), échangez-la contre des chèques de voyage,
une solution plus sûre.

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