C'est un peu comme si la mer était un immense tapis bleu, sous lequel
l'homme se réservait le droit de cacher ses immondices d'un coup de balai
dans sa conscience.
On pense par exemple à la catastrophe du Prestige en 2002, qui parsema
les côtes françaises et espagnoles de galettes de fioul, composées à 37,6
% d'hydrocarbures aromatiques (la substance la plus cancérigène). On estime
à 400 000 t/an la quantité de pétrole rejetée sur les côtes lors des accidents
pétroliers. Et ce n'est pas le pire.
Car 97,5 % des hydrocarbures rejetés dans les océans, proviennent du dégazage
des bateaux, rejet intentionnel des résidus de combustion de fuel lourd.
En Afrique, la majeure partie des plages qui auraient pu compter parmi
les plus belles de l'Atlantique, sont très gravement polluées du fait
de cette pratique. À cela s'ajoute que chaque année, les navires touristiques
et marchands déversent des centaines de milliers de tonnes de ballast
sale, de substances nocives et d'ordures.
Mais les deux tiers de la pollution maritime proviennent de la terre,
et non des bateaux - l'activité industrielle et agricole figurant parmi
les grands coupables. On pourrait, à titre d'exemple, citer le scandale
des déchets radioactifs de La Hague en Normandie. Quant aux agriculteurs,
ils sont surtout mis en cause pour les pesticides qui, contaminant les
eaux souterraines, rejoignent la mer. Et ce n'est toujours pas le pire
!
Le pire, c'est que les principaux responsables de la dégradation des eaux
de baignade, c'est nous, les citadins, les voyageurs, les baigneurs. Notre
croissance démographique galopante en bord de mer et l'énorme afflux touristique
chaque année. Nos nouvelles habitudes hygiéniques, nos restes de pique-nique,
nos mégots de cigarette. Le diesel de nos voitures, nos systèmes d'épuration
surchargés… Un demi-million de mètres cubes d'ordures est ramassé quotidiennement
dans les centres urbains du littoral méditerranéen, mais de nombreuses
décharges sont mal conçues. Par infiltration des eaux souterraines, là
encore, c'est la mer qui en fait les frais, et nous, indirectement.
Il y a les pays riches, où l'on pourrait faire plus d'efforts. La pollution
la plus répandue sur le littoral français est bactériologique. Elle occasionne
des mycoses, des otites, des irritations des voies respiratoires, des
dermatoses ou des gastro-entérites. La France, tout comme l'Italie, la
Grèce, l'Espagne et la Grande-Bretagne, est en retard en matière d'environnement
maritime. Même si la qualité des eaux de baignade s'est sensiblement améliorée
depuis une dizaine d'années, plus d'une centaine de grandes zones balnéaires
ne respectent pas les normes européennes, au point de jouer à la roulette
russe avec la santé des baigneurs.
Et puis il y a les pays moins riches, où l'insalubrité du littoral est
un problème de santé national et où l'argent manque pour acquérir le matériel
nécessaire à l'épuration des eaux usées. Les côtes d'Afrique de l'Ouest
et d'Afrique centrale sont parmi les plus polluées du monde, juste devancées
par l'Asie de l'Est. Cependant, de nombreux pays d'Afrique ont élaboré
des politiques pour résoudre ces problèmes, comme par exemple les pays
d'Afrique du Nord, le Kenya ou le Ghana.
La Surf Rider
Foundation a décerné pendant sept
ans des pavillons noirs dotés d'un requin aux plages les plus polluées,
véritable coup de projecteur sur les fautifs. Surf Rider a ensuite décidé
d'arrêter ce système pour développer un outil plus adapté et actif toute
l'année. L'association organise toujours des campagnes de nettoyage des
plages, une idée que l'on peut tout à fait s'approprier, où que l'on ait
choisi de planter son parasol. Plus on est de fous… Plus la plage est
propre !
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