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| "Les
seuls dégazages effectués dans la Manche chaque année
équivalent à huit marées noires"
Nouvel
Observateur 04/03/2004
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La
mer, c'est sale ! Mais pas tellement à cause des poissons
qui baisent dedans, comme le prétend Renaud. Car c'est bien l'homme
qui est à l'origine de la plupart des pollutions maritimes :
déversements d'hydrocarbure, eaux souillées en provenance
d'usines ou d'égouts, pesticides ou matières organiques
issus de l'agriculture… Mais quelles sont les conséquences
sur la santé et où peut-on se baigner ?
Une
immense poubelle
C'est
un peu comme si la mer était un immense tapis bleu, sous lequel
l'homme se réservait le droit de cacher ses immondices d'un coup
de balai dans sa conscience.
On pense d'emblée à la catastrophe du Prestige en 2002,
qui parsema les côtes françaises et espagnoles de galettes
de fioul, composées à 37,6 % d'hydrocarbures aromatiques
(la substance la plus cancérigène). On estime à 400 000 t/an
la quantité de pétrole rejetée sur les côtes
lors des accidents pétroliers. Et ce n'est pas le pire.
Car
97,5 % des hydrocarbures rejetés dans les océans, proviennent
du dégazage des bateaux, rejet intentionnel des résidus
de combustion de fuel lourd. En Afrique, la majeure partie des plages
qui auraient pu compter parmi les plus belles de l'Atlantique, sont très
gravement polluées du fait de cette pratique. À cela s'ajoute
que chaque année, les navires touristiques et marchands déversent
des centaines de milliers de tonnes de ballast sale, de substances nocives
et d'ordures.
Mais les deux tiers de la pollution maritime proviennent de la terre, et
non des bateaux - l'activité industrielle et agricole figurant
parmi les grands coupables. On pourrait, à titre d'exemple, citer
le scandale des déchets radioactifs de La Hague en Normandie. Quant
aux agriculteurs, ils sont surtout mis en cause pour les pesticides qui,
contaminant les eaux souterraines, rejoignent la mer. Et ce n'est toujours
pas le pire !
Le pire,
c'est que les principaux responsables de la dégradation des eaux
de baignade, c'est nous, les citadins, les voyageurs, les baigneurs. Notre
croissance démographique galopante en bord de mer et l'énorme
afflux touristique chaque année. Nos nouvelles habitudes hygiéniques,
nos restes de pique-nique, nos mégots de cigarette. Le diesel de
nos voitures, nos systèmes d'épuration surchargés…
Un demi-million de mètres cubes d'ordures est ramassé quotidiennement
dans les centres urbains du littoral méditerranéen, mais
de nombreuses décharges sont mal conçues. Par infiltration
des eaux souterraines, là encore, c'est la mer qui en fait les
frais, et nous, indirectement.
Nous,
les pollueurs… Nous, les pollués
Il
y a les pays riches, où l'on pourrait faire plus d'efforts. La
pollution la plus répandue sur le littoral français est
bactériologique. Elle occasionne des mycoses, des otites, des irritations
des voies respiratoires, des dermatoses ou des gastro-entérites.
La cause : des eaux usées peu ou pas nettoyées. Le
directeur de l'association écologiste Surf rider foundation
affirmait dans L'Humanité du 24 avril 2004, à propos
de la compétition de surf de Biarritz : " C'est
bien simple, nombre de surfeurs professionnels étrangers qui viennent
sur les épreuves françaises du circuit tombent malades ".
La France, tout comme l'Italie, la Grèce, l'Espagne et la Grande-Bretagne,
est en retard en matière d'environnement maritime. Même si
la qualité des eaux de baignade s'est sensiblement améliorée
depuis une dizaine d'années, plus d'une centaine de grandes zones
balnéaires ne respectent pas les normes européennes, au
point de jouer à la roulette russe avec la santé des baigneurs.
Et
puis il y a les pays moins riches, où l'insalubrité du littoral
est un problème de santé national et où l'argent
manque pour acquérir le matériel nécessaire à
l'épuration des eaux usées. Les côtes d'Afrique de
l'Ouest et d'Afrique centrale sont parmi les plus polluées du monde,
juste devancées par l'Asie de l'Est. Cependant, de nombreux pays
d'Afrique ont élaboré des politiques pour résoudre
ces problèmes, comme par exemple les pays d'Afrique du Nord, le
Kenya ou le Ghana.
Surf Rider Foundation a décerné pendant sept ans des pavillons
noirs dotés d'un requin aux plages les plus polluées, véritable
coup de projecteur sur les fautifs. Et cette opération a marché,
le nombre de pavillons noirs recensés étant passé
de 118 à 59 entre 1997 et 2003. Surf Rider a ensuite décidé
d'arrêter ce système pour développer un outil plus
adapté et actif toute l'année. L'association organise toujours
des campagnes de nettoyage des plages, une idée que l'on peut tout
à fait s'approprier, où que l'on ait choisi de planter son
parasol. Plus on est de fous… Plus la plage est propre !
Choisir
sa plage
Renseignez-vous :
- Auprès des hôteliers, des sauveteurs, des autorités,
des habitants et des autres routards.
- Les médias affichent parfois des données en rapport avec
la propreté des zones de baignade.
- Sur la plage, on trouve quelquefois des affiches, des drapeaux (le pavillon
bleu de la Fondation pour l'éducation à l'environnement
notamment) ou des panneaux indicateurs de propreté ou de pollution.
- Vérifier s'il n'y a pas eu de fortes pluies la veille ou dans
la journée, car l'eau peut drainer des impuretés vers la
mer et la pluie être polluée par des solides organiques en
suspension. Après une forte pluie, attendre au moins une journée
avant de retourner se baigner dans l'océan, trois jours dans les
petites baies fermées et les lagunes.
On
évite de se baigner si on voit :
- Que la plage est à proximité de l'arrivée d'un
égout, d'un système de drainage, de l'embouchure d'un fleuve
ou d'une lagune.
- Qu'il y a des poissons morts, des cannettes, des bouteilles et autres
déchets sur la plage.
- Que l'eau est trouble, qu'elle présente une mousse à coloration
inhabituelle ou qu'elle est malodorante.
Conseils
-
Tâches de fioul sur la peau : enlever un maximum du produit,
puis dissoudre rapidement ce qu'il en reste avec de l'huile (végétale
ou minérale), de la vaseline ou de la crème solaire, puis
rincer avec de l'eau douce et du savon. Le fioul peut provoquer des rougeurs
sur la peau qu'il faudra éviter d'exposer au soleil. Consulter
un médecin en cas de nausées, de maux de tête ou d'irritation
des voies respiratoires.
- Fruits de mer et poissons : éviter d'en manger dans un restaurant
de fortune au bord d'une plage insalubre, en cas de catastrophe pétrolière,
ou de " marée rouge " au Mexique (une algue
qui contamine ces aliments). Un poisson frais a l'œil vif, l'écaille
brillante, la chair ferme et les ouïes rouges sans trace de sang.
- Coupures et seringues : en cas de piqûre sur une seringue
abandonnée sur la plage, pas de panique ! Germes et virus
ne résistent généralement pas à la chaleur,
improbabilité donc de se faire contaminer par le sida. Dans tous
les cas de plaies dues à des déchets, vérifier votre
dernière vaccination contre le tétanos (tous les dix ans).
Aucun corps étranger ne doit rester dans la plaie. S'il est impossible
de retirer tout ou partie des fragments, consultez un médecin.
Lavez à l'eau douce et au savon, désinfectez, puis protégez
la plaie avec un pansement ou une compresse stérile. Plus de bain
de mer pour vous pendant quelque temps : l'eau salée ralentit la
cicatrisation.

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