|
La
petite histoire
Le
phénomène des vols à bas coûts est une formule importée des États-Unis.
C'est en 1991 que la compagnie irlandaise Ryanair, s'inspirant de la politique
développée par l'américaine Southwest Airlines à partir des années 70,
se restructure pour se concentrer sur des lignes qu'elle exploite à coût
et à prix réduits. Sur sa liaison phare Dublin-Londres, elle devient vite
un sérieux concurrent de British Airways.
D'autres
compagnies prennent rapidement le relais, mais le phénomène explose réellement
en Europe à partir de 1997, avec la déréglementation totale des transports
aériens décrétée par la Commission européenne. Celle-ci autorise les transporteurs
aériens à desservir n'importe quel aéroport des pays de l'Union, et met
fin au monopole des compagnies nationales sur les liaisons intérieures
en ouvrant la porte à la concurrence.
Aujourd'hui,
à côté des incontournables Ryanair, easyJet et autres Virgin Express,
les compagnies à bas prix se multiplient en Europe et élargissent leur
offre de manière exponentielle. Même les compagnies dites traditionnelles
ont dû réagir en créant à leur tour une filiale low cost :
bmibaby chez la britannique BMI, Germanwings chez l'Allemande Lufthansa,
ou, plus récemment, Clickair chez Iberia. Certaines n’hésitent pas à calquer leurs tarifs et leur fonctionnement sur les low cost, comme British Airways avec BA Connect, qui offre des billets bon marché sur des destinations régionales au Royaume-Uni. Du côté des Français, le succès est rarement au rendez-vous : Aeris Express, Air Lib et, plus récemment, Air Turquoise ne sont pas parvenues à briser la domination sans partage d’Air France, dont la low cost Transavia, créée en 2007, marche plutôt bien.
La
recette des bas prix
La recette des compagnies low cost est simple : transporter le plus de personnes possible à des prix imbattables, en faisant voler les avions au maximum entre les aéroports les moins chers d’Europe (souvent des bases secondaires, comme Beauvais en France ou Gérone en Catalogne)ou des aérogares moins coûteuses (comme Orly-Sud ou MP2 à Marseille). Autre secret : employer le moins de personnel possible, en particulier au sol, et faire dépenser le plus d’argent possible aux passagers en dehors du prix des billets car tous les petits extras sont payants. Pour
pouvoir proposer des prix défiant la concurrence, il n'y a donc pas de petites
économies. Les compagnies à bas coût exploitent un système bien rodé :
-
Pas de risque d'oublier son billet, il n'y en a pas. Pour éviter les frais
d'émission, de distribution et de contrôle, les compagnies se contentent
d'attribuer un numéro de confirmation, à préciser lors de l'enregistrement.
Il n'existe qu'une seule classe, les services à bord sont réduits au minimum
et sont généralement proposés en option. Pas de plateau-repas ni de collation
offerte, il faut prévoir son casse-croûte ou bien l'acheter dans l'avion.
Les sièges ne sont pas non plus attribués à l'avance, les passagers se
débrouillent une fois à bord : si chacun reste civil, cela doit en
principe se passer sans encombre… Enfin, chez easyJet et Ryanair, il faut désormais payer pour enregistrer ses bagages. Ryanair fait payer 5 £ (soit 7,50 €) tout bagage en soute (2,50 £ sur Internet), dont le poids maximum autorisé va être réduit à 15 kg dès le 1er novembre. easyJet est moins pingre. Ses passagers doivent payer 5 £ (7,50 €) par bagage supplémentaire au moment de l’achat de leur billet sur Internet, ou 10 £ (15 €) lors de l’enregistrement.
-
Les tracas de la paperasserie sont évités par le recours quasi exclusif
à Internet. Chez easyJet, la gestion interne de l'entreprise se fait entièrement
par informatique, pas de papiers pour encombrer les bureaux ! Les
voyageurs, quant à eux, sont encouragés à réserver leur billet en ligne,
afin de réduire au minimum les commissions (pensez donc, un billet émis
par agence coûte 10 dollars à la compagnie, contre 1 dollar sur Internet !).
Les compagnies low cost n'utilisent pas non plus les services des agences de voyages.
Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas passer par le Web appelleront les
centrales de réservation des compagnies, mais attention, les offres ne
seront pas forcément aussi alléchantes que sur le Net... Les résultats
sont probants : Ryanair effectue 98 % de ses ventes en ligne,
et easyJet, 90 %.
-
Le choix des aéroports est également stratégique. Ils sont la plupart
du temps excentrés et plus petits que les principales plates-formes aériennes.
Si Beauvais, par exemple, attire les compagnies qui desservent Paris,
c'est parce que les aéroports secondaires imposent moins de taxes et qu'ils
sont moins saturés. Ils permettent ainsi de plus nombreuses rotations
aériennes, donc un meilleur rendement, soit une plus grande rentabilité…
C'est a fortiori moins rentable pour le voyageur, qui, lui, doit prévoir
un budget de transport supplémentaire pour rallier l'aéroport (un aller
Paris-Beauvais en navette autobus coûte 13 euros). Et l'aménagement des aérogares low cost est pour le moins spartiate : ainsi, MP2 à Marseille n'est pas climatisée. On plaint ceux qui y travaillent en été !
-
Enfin, la flotte des compagnies est uniformisée, ce qui évite notamment
de former différents équipages en fonction de l'appareil. C'est Boeing
qui est content, car la plupart des avions sont des 737, et, avec le succès
croissant des low cost, les commandes affluent !
Polémiques
Certaines
pratiques des compagnies low cost provoquent la polémique… et leur
font ainsi un peu de pub, ce qui n'est pas pour leur déplaire.
Pour
faire parler de soi, rien de tel que des campagnes de communication choc,
ça reste dans les mémoires. Le patron de Ryanair, l'Irlandais Michael
O'Leary, passe son temps à casser du sucre sur le dos des autres compagnies
aériennes ! Dans un style plus commercial, Ryanair n'hésite pas à
organiser des promotions spectaculaires. Au mois de juin 2003, pour annoncer
en fanfare qu'elle était plus ponctuelle qu'Air France, statistiques à
l'appui, la compagnie a offert 20 000 sièges gratuits en deux jours !
Gratuits si on veut, car les taxes, elles, n'étaient pas offertes… Et
que dire de la géniale idée de SkyEurope Airlines, qui, pour promouvoir
la création en août 2003 de sa ligne Paris-Bratislava, s'est payé les
services de la très légèrement vêtue Adriana Karembeu ?
Plus récemment, Ryanair a été au centre de plusieurs polémiques. Tout d’abord, la transparence en ce qui concerne les taxes et autres suppléments. Ainsi, en juillet dernier, Eva Lichtenberger, une eurodéputée autrichienne membre de la commission des transports du Parlement européen, a demandé à la Commission d'enquêter sur les pratiques tarifaires de la compagnie à bas coût. Selon la députée, Ryanair imposerait des taxes abusives au départ des aéroports de Dublin, de Charleroi en Belgique et de Rome, Pise, Trévise et Alghero en Italie. Ainsi, selon le quotidien britannique Daily Telegraph, Ryanair fait payer aux passagers embarquant à Dublin une "taxe pour le service des passagers" d'un montant de 15,40 € par billet alors que la taxe d'aéroport s’élève de 6,80 €, service aux passagers et frais de sécurité inclus. Ryanair a rejeté ces accusations, prétendant que toutes les taxes correspondaient à des frais imposés par les aéroports.
Autre petit souci : la sécurité. En février dernier, Channel 4 a diffusé un documentaire sur la low cost irlandaise. Ryanair manquerait aux règles de sécurité, en plus d'épuiser ses équipages et de négliger le nettoyage de ses avions. Pendant cinq mois, deux journalistes de la chaîne, qui se sont fait passer pour des apprenties hôtesses de l'air, ont filmé, à l'insu de la compagnie, son programme de formation et les conditions de travail à bord des avions. Les journalistes ont constaté que les contrôles des passeports avant l’embarquement ne sont pas correctement effectués, tandis que les avions ne sont pas suffisamment nettoyés entre deux vols. Par ailleurs, pour des raisons de rentabilité, la compagnie à bas prix impose des horaires de travail excessifs à ses pilotes et à ses hôtesses, ce qui nuirait au service à bord. La direction de Ryanair a catégoriquement démenti de telles accusations.

Crédits
photos :
© Bruno Rivière/Aéroports magazine
© Sky Europe
© Hapag-Lloyd Express
© Aéroport de Beauvais
|