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 La sélection du Routard


: vous êtes toujours en rade et ça commence à vous énerver.
Il est temps de vous remettre en question : soignez votre apparence.

© Céline PotardL'idée répandue selon laquelle on peut faire du stop en ayant l'air d'être tombé de son lit trois minutes avant est fausse. En stop peut-être plus qu'ailleurs, les gens vous jugent sur votre aspect, même s'ils n'ont que quelques secondes pour vous apercevoir. Sans tomber dans l'excès inverse (un stoppeur en costard trois pièces ne convaincra pas), soignez un minimum votre look. N'ayez pas l'air crasseux, ne lancez pas un regard noir aux conducteurs, ne soyez pas accompagné de cinq copains barbus. À noter que ces impératifs d'apparence perdent de leur importance à mesure qu'on s'enfonce dans des régions isolées. Au fin fond du Tchad, même si vous avez l'air méchant, on vous prendra.
Dans les zones plus développées, essayez de vous tenir droit, d'être souriant et d'avoir l'air propre. Ce qui marche presque à coup sûr : être jeune (moins de 18 ans) ou plus âgé (plus de 55 ans) ; aucun automobiliste n'a peur d'un adolescent ou d'un grand-père. Autre recette miracle : voyager en couple, la présence féminine étant toujours rassurante. Globalement, il faut faire sentir au conducteur qu'il ne doit pas avoir peur de vous, sans pour autant que vous ayez l'air sans défense. Faire rire ou surprendre peut aussi parfois aider : on a déjà vu des voitures s'arrêter parce qu'un auto-stoppeur leur tendait un bouquet de fleurs ou exécutait un pas de danse sur le bord de la route !
Finalement, la seule personne qui n'aura jamais aucun mal à faire du stop, c'est une top model de 23 ans. Cela dit, elle s'exposera à d'autres dangers bien plus graves que de rester en bord de route, et c'est pourquoi nous déconseillons formellement aux filles seules de faire du stop, où que ce soit.

: un véhicule s'arrête, mais ce n'est pas une voiture, c'est un tracteur, une charrette ou un camion rempli de cochons, de militaires, de bidons d'essence, etc. et il propose de vous déposer cinq kilomètres plus loin.

Concernant le moyen de transport, a priori, tout est bon à prendre. Vous n'êtes pas vraiment en position de faire le difficile, d'autant plus que c'est peut-être le seul véhicule qui passera aujourd'hui sur cette route déserte. Et puis, après tout, c'est aussi pour vous retrouver coincé entre trois moutons dans un camion bringuebalant en Anatolie que vous faites du stop, non ? La limousine, c'est amusant une fois, mais on s'en lasse vite.
Concernant la distance parcourue, c'est différent. Certes, un petit trajet vaut toujours mieux que pas de trajet du tout, mais attention à l'endroit où l'on vous propose de vous déposer : coincé sur une misérable route secondaire perdue dans la cordillière des Andes, vous regretterez amèrement la magnifique station-service plantée sur la panaméricaine, où vous étiez une demi-heure avant.

: de gros nuages gris à l'horizon, l'heure qui tourne : vous redoutez un déluge et la nuit, qui tombe tôt en cette saison.

Ne voyez pas tout en noir : faire du stop sous des trombes d'eau est un cauchemar, mais une fois trempé comme une soupe, vous inspirerez la pitié. En revanche, évitez à tout prix de tendre le pouce la nuit, rien n'est plus dangereux. Sans lumière, vous êtes invisible. Au Chili, les étudiants qui partent en stop pendant leurs vacances n'hésitent pas à faire des feux de bois sur les bandes d'arrêt d'urgence des autoroutes, afin de se signaler la nuit ! Ne les imitez pas ; il vaut mieux se trouver un endroit abrité, planter sa tente et attendre le lendemain pour recommencer. Moralité, évitez de faire du stop en Laponie en hiver : avec quatre heures de lumière par jour, c'est peine perdue.

: la crise de nerfs est proche. Des images de suicide et / ou d'anéantissement de l'humanité vous hantent. C'est le moment où vous perdez vos belles illusions sur le monde.

© Céline PotardDepuis cinq heures à l'entrée de l'autoroute du Sud, porte d'Orléans à Paris, vous maudissez votre copain parti faire du stop en Bretagne, et qui n'a aucun problème. Le stop marche mieux à la campagne qu'en ville.
Depuis cinq heures devant les guérites du péage de Mâcon-Nord, près de Lyon, vous maudissez votre cousin qui, dans le même temps, a déjà fait 200 km en Inde. Le stop marche mieux dans les pays pauvres que dans les pays riches.
Autrement dit, le stop marche mieux dans les zones moins " civilisées ". Pourquoi ? Tentons une théorie. L'une des raisons pour laquelle un automobiliste refuse d'embarquer un auto-stoppeur est qu'il a peur. Peur d'être molesté, agressé, dévalisé, frappé, pris en otage, etc. Il craint pour lui, pour ses passagers s'il en a, pour son véhicule. Mais dans les régions où la méfiance de l'autre n'est pas poussée au paroxysme, dans les endroits où les gens sont pauvres et n'ont donc rien à perdre, bref, là où vous ne faites pas peur parce qu'il n'y a rien à voler, le stop est facile. De là à dire que, sous ses aspects anodins, le stop est un révélateur de la notion de propriété, et donc un indicateur du développement d'un pays…
Ajoutons qu'il y a parfois un avantage à avoir l'air étranger dans un pays. En Argentine, les habitants avouent refuser de prendre leurs compatriotes en qui ils n'ont pas confiance, mais acceptent des gringos avec plaisir.

: juste avant que vous vous couchiez en travers de la route, un véhicule s'arrête. Enfin !

C'est vrai, vous l'attendiez depuis longtemps, mais ce n'est pas non plus une raison pour se jeter dans les bras de n'importe qui. Réservez-vous le droit de refuser de monter si vous ne le " sentez " pas. Un rapide coup d'œil de l'aspect général du véhicule et de son pilote devrait déjà vous renseigner. Si la voiture perd de l'huile et des boulons, que la tôle est enfoncée partout, que des bouteilles d'alcool vides jonchent le sol et que l'automobiliste conduit pied nu, n'hésitez pas à inventer une destination impossible et laissez-le partir.
Dans le cas contraire, faites-lui votre plus beau sourire et négociez la destination.




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