Fondation
Dès 1300 avant J.-C., la lagune, milieu ô combien mouvant, semble
avoir été habitée.
Avant Venise étaient les Vénètes, un peuple indo-européen, vivant tranquillement
en petites communautés, au sein de l'Empire romain puis de l'Empire byzantin.
Tout s'est gâté aux Ve et VIe siècles, avec l’invasion des Barbares.
Les habitants de la Vénétie trouvèrent tout naturellement refuge sur ces lagunes,
pas spécialement hospitalières, mais sur lesquelles les armées d'envahisseurs
ne pouvaient prendre pied. Venise ne s'est pas imposée du premier coup et on
ne sait pas très bien quand et comment la ville a été créée.
Mais il semble
que ce soit vers 810 que le centre politique de la lagune se soit déplacé d'Héraclée
(où a été nommé le premier doge en 697) à Venise même. Les armées carolingiennes
menaçaient et on jugea que l'îlot du Rivo Alto (le rialto) offrait plus
de sécurité.
La cité marchande
À partir de cet embryon de ville va rapidement se développer une cité marchande
qui sait tirer profit de sa situation, entre les Empires franc et byzantin,
entre Occident et Orient. Habiles diplomates, les Vénitiens, bien que dépendant
de Byzance, instaurent à la fin du Ier millénaire une cité-État quasi
autonome. Leur capital initial est le sel des salines de Chioggia (au sud de
la lagune).
Ils établissent des comptoirs un peu partout autour de la Méditerranée
mais aussi en Europe occidentale et s'affirment comme les premiers marchands
d'Europe, concurrencés par Gênes, (l'autre) république marchande qui joue dans
la même catégorie. Les Vénitiens, mieux placés sur l'Adriatique pour atteindre
le Levant, dopent leur flotte marchande au cours du XIIe siècle en
créant l'Arsenal qui alimente la machine de guerre économique.
La 4e croisade (1201-1204)
Le passage d'une dimension régionale à la dimension mondiale (du moins à l'échelle
du monde connu au Moyen Âge) se fait par une sorte de hold-up. La 4e croisade
est l'occasion pour les Vénitiens de s’enrichir considérablement : les Croisés
étant dans l'obligation de louer leurs bateaux pour se faire transporter jusqu'en
Terre sainte, les Vénitiens ont la brillante idée de les faire payer avant le
départ. La confiance règne...
N'ayant pas assez d’argent, les Croisés se font
ainsi forcer la main pour aller piller Zara (l'actuelle Zadar en Croatie). Sur
leur lancée, les Croisés se détournent de leur but initial, l'Égypte et la Palestine,
pour mettre le cap sur Constantinople. Les Vénitiens y avaient bien quelques
comptes à régler (leurs relations avec Byzance s'étaient détériorées), il existait
aussi un contentieux autour de l'empereur d'Orient, mais il n'y avait sans doute
pas de quoi procéder au pillage pur et simple de cette cité, comme ce fut le
cas en avril 1204. Celui qui tire alors les ficelles est le vieux doge Dandolo
qui, bien que quasi aveugle, voit parfaitement le bénéfice que Venise peut retirer
de l'opération.
Du coup, avec ses nouvelles possessions (la côte dalmate - actuelle
Croatie -, la plupart des îles grecques, dont la Crète qui sera, avec Chypre
plus tard, son grenier à blé), Venise monopolise une grande part du commerce
mondial de l'époque. Cet état de grâce durera quatre siècles. Il faudra que
d'un côté, l'Empire ottoman s'empare de la quasi-totalité des possessions vénitiennes
en Méditerranée orientale et que, de l'autre, le centre de l'économie mondiale
se déplace vers l'ouest, après la découverte du Nouveau Monde, pour que Venise
perde son rang et commence à décliner.
Une puissance mondiale
Ayant acquis cette nouvelle dimension, Venise doit adapter ses institutions.
Le système complexe qui régule l'administration de la cité, avec la place prépondérante
du Grand Conseil (émanation de l'aristocratie vénitienne), est mis en place
et amélioré au XIIIe siècle. Car ce n'est plus seulement une cité
marchande qui a des intérêts économiques à défendre, c'est un empire colonial
et donc militaire, qui doit sans cesse lutter pour étendre puis garder ses possessions.
Un coup c'est à gauche qu'il faut se garder (la grande rivale, Gênes, puis la
Lombardie), un autre c'est à droite (les Turcs).
Au XVe siècle, la
puissance vénitienne est à son apogée : les Vénitiens ont à la fois un empire
maritime unique qui s'étend jusqu'à Chypre et des possessions terrestres, qui
vont jusqu'à la basse vallée du Pô. On estime alors à quelque 6 000 les vaisseaux
marchands en exercice pour le compte de Venise, galères mises à part. Le commerce
et la finance sont florissants, les Vénitiens sont les premiers banquiers du
monde et ils attirent un grand nombre de nationalités, ce qui fait de la République
un carrefour culturel.
Le déclin de la Sérénissime
À partir de ce moment, la Sérénissime va littéralement s'épuiser à batailler
sur tous les fronts. D'un côté, la vie intellectuelle de la cité est de plus
en plus brillante, les arts sont à leur sommet et le prestige culturel de la
ville continuera longtemps à fasciner l'Europe entière. Mais de l'autre, il faut produire des efforts
incessants face à la marée montante des Ottomans : en 1571, la bataille de Lépante
(aujourd'hui Naupacte, au nord-est de Patras, en Grèce) en est l'illustration.
Venise fournit plus de la moitié des 200 galères de la coalition chrétienne
forte de 35 000 rameurs et de 40 000 soldats. Certes, les Turcs sont battus,
ils perdent 116 galères, mais dès l'année suivante, ils en reconstruisent pas
moins de 220 dans les arsenaux de Constantinople...
Le rouleau compresseur turc
est en marche. Un siècle plus tard, après une résistance désespérée de 25 ans,
la plus belle possession vénitienne en Méditerranée, la Crète, est définitivement
perdue. L'Espagne et le Portugal dépassent Venise avec les nouveaux marchés
obtenus depuis 1492.
La richesse de Venise n'est plus qu'une façade, la ville s'endette pour maintenir
son train de vie fastueux. Mais cela ne l'empêche pas de devenir la capitale
européenne des plaisirs avec le carnaval qui, au XVIIIe siècle, pouvait
durer jusqu'à six mois... Le tourisme, qui ne porte pas encore ce nom, naît
alors à Venise, avec tous les dégâts collatéraux qu'il génère (ne dit-on pas
que 10 000 courtisanes exerçaient à cette époque dans la Sérénissime plus si
sereine que ça ?). Mais l'aristocratie européenne ne voit pas qu'autour d'elle
le monde change.
Venise l’Italienne
Le 120e doge, Ludovico Marin, démissionne quand Bonaparte déclare
la guerre à Venise en 1797. C’est le dernier doge et la fin de la République.
Le traité de Campo-Formio, la même année, donne Venise à l'Autriche qui, à l'exception
des années 1805-1814 (retour de Napoléon qui se sert à pleines mains dans les
trésors de la cité) et 1848-1849 (insurrection conduisant à la création éphémère
de la seconde république de Venise), administre sagement la cité.
Celle-ci n'est
plus alors que l'ombre de ce qu'elle a été.
Petit à petit, les Vénitiens, non
sans difficulté, se tournent vers l'avenir : le train relie bientôt Venise au
reste de l'Italie et politiquement, grâce à Napoléon III qui organise une consultation
en 1866, les Vénitiens choisissent le rattachement au nouvel État italien. Nouveau
port (la Marittima), nouveau pont routier, travaux visant à rendre la ville
plus salubre, tout est fait pour que la cité retrouve une nouvelle jeunesse
avec le développement du tourisme qui va réveiller la belle endormie.