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Un peu d’histoire Venise

Fondation

Dès 1300 av. J.-C., la lagune, milieu ô combien mouvant, semble avoir été habitée. Ses premiers occupants étaient les Vénètes, un peuple indo-européen, vivant en petites communautés, au sein de l'Empire romain puis de l'Empire byzantin.
Tout s'est gâté aux Ve et VIe siècles, quand les Barbares ont pointé le bout de leur nez. Les habitants de la Vénétie trouvèrent tout refuge sur ces lagunes, pas spécialement hospitalières mais sur lesquelles les armées d'envahisseurs ne pouvaient prendre pied.
Venise ne s'est pas imposée du premier coup et on ne sait pas très bien quand et comment la ville a été créée, mais il semble que ce soit vers 742 à Malamocco puis en 810 à Venise que le centre politique de la lagune se soit déplacé d'Héraclée (où a été nommé le premier doge en 697) à Venise même. Les armées carolingiennes menaçaient, et on jugea que l'îlot du Rivo Alto (le Rialto) offrait plus de sécurité.
À partir de cet embryon de ville, une cité marchande va rapidement se développer, tirant profit de sa situation, entre les Empires franc et byzantin, entre Occident et Orient.
Habiles diplomates, les Vénitiens, bien que dépendant de Byzance, instaurent à la fin du Ier millénaire une cité-État quasi autonome. Leur capital initial est le sel des salines de Chioggia (au sud de la lagune). Ils établissent des comptoirs un peu partout autour de la Méditerranée, mais aussi en Europe occidentale et s'affirment comme les premiers marchands d'Europe, concurrencés par Gênes, (l'autre) république marchande qui joue dans la même catégorie. Les Vénitiens, mieux placés sur l'Adriatique pour atteindre le Levant, dopent leur flotte marchande au cours du XIIe siècle en créant l'Arsenal, qui alimente la machine de guerre économique.

La 4e croisade (1201-1204)

Le passage d'une dimension régionale à la dimension mondiale (du moins à l'échelle du monde connu au Moyen Âge) se fait par une sorte de hold-up.
La 4e croisade est l'occasion pour les Vénitiens de faire des affaires en or : les croisés étant dans l'obligation de louer leurs bateaux pour se faire transporter jusqu'en Terre sainte, les Vénitiens ont la brillante idée de les faire payer avant le départ. N'ayant pas assez en poche, les croisés se font ainsi forcer la main pour aller piller Zara (l'actuelle Zadar en Croatie), une malheureuse ville qui n'avait rien demandé. Sur leur lancée, les croisés se détournent de leur but initial, l'Égypte et la Palestine, pour mettre le cap sur Constantinople et pillent la ville en avril 1204. Celui qui tire alors les ficelles est le vieux doge Enrico Dandolo qui voit parfaitement le bénéfice que Venise peut retirer de l'opération.
Du coup, avec ses nouvelles possessions (la côte dalmate - actuelle Croatie -, la plupart des îles grecques, dont la Crète qui sera, avec Chypre plus tard, son grenier à blé), Venise monopolise une grande part du commerce mondial de l'époque.
Cela ne durera que 3 ou 4 siècles... une paille ! Il faudra que, d'un côté, l'Empire ottoman s'empare de la presque totalité des possessions vénitiennes en Méditerranée orientale et que, de l'autre, le centre de l'économie mondiale se déplace vers l'ouest, après la découverte du Nouveau Monde, pour que Venise perde son rang et commence à décliner.

Une puissance mondiale

Ayant acquis cette nouvelle dimension, Venise doit adapter ses institutions. Le système complexe qui régule l'administration de la cité, avec la place prépondérante du Grand Conseil (émanation de l'aristocratie vénitienne), est amélioré au XIIIe siècle. Car ce n'est plus seulement une cité marchande qui a des intérêts économiques à défendre, c'est quasiment un empire colonial et donc militaire, même s'il n'y eut pas de vraies colonies de peuplement. Un empire qui doit sans cesse lutter pour étendre puis garder ses possessions.
Un coup, c'est à gauche qu'il faut regarder (la grande rivale, Gênes, puis la Lombardie) ; un autre, c'est à droite (les Turcs).
Au XVe siècle, la puissance vénitienne est à son apogée : les Vénitiens ont à la fois un empire maritime unique qui s'étend jusqu'à Chypre et des possessions terrestres, qui vont jusqu'à la basse vallée du Pô. L'ensemble des revenus annuels la place au même niveau que le duché de Bourgogne, les royaumes de France et d'Angleterre. Le commerce et la finance sont florissants, les Vénitiens sont les premiers banquiers du monde et ils attirent un grand nombre de nationalités, ce qui fait de la République un carrefour culturel.

Le début du déclin

À partir de ce moment, la Sérénissime va s'épuiser à batailler sur tous les fronts. D'un côté, la vie intellectuelle de la cité est de plus en plus brillante, les arts sont à leur sommet, et le prestige culturel de la ville fascine l'Europe entière.
Mais, de l'autre, il faut produire des efforts incessants face à la marée montante des Ottomans : en 1571, la bataille de Lépante (aujourd'hui Naupacte, au nord-est de Patras, en Grèce) en est l'illustration. Certes, les Turcs sont battus, mais ils n'en reconstruisent pas moins du double, très vite, dans les arsenaux de Constantinople...
Le rouleau compresseur turc est en marche. Un siècle plus tard, après une résistance désespérée de 25 ans, la plus belle possession de Venise en Méditerranée, la Crète, est définitivement perdue. Et l'Espagne et le Portugal ont depuis longtemps dépassé Venise avec les nouveaux marchés obtenus depuis 1492.
La richesse de Venise n'est plus qu'une façade, la ville s'endette pour maintenir son train de vie fastueux. Mais cela ne l'empêche pas de devenir la capitale européenne des plaisirs, le carnaval, au XVIIIe siècle, pouvant durer jusqu'à 6 mois... Le tourisme de l'époque, que personne n'oserait alors qualifier de sexuel et qui, surtout, ne porte pas encore ce nom devenu vite commun, naît alors à Venise, avec tous les dégâts collatéraux qu'il génère. L'aristocratie européenne ne voit pas qu'autour d'elle le monde change.

Qui a dit que Venise n'était pas en Italie ?

Le dernier doge, 120e de la série, Ludovico Manin, démissionne quand Bonaparte déclare la guerre à Venise en 1797. Fini l'indépendance que les Vénitiens avaient toujours connue. Le traité de Campo-Formio, la même année, donne Venise à l'Autriche qui, à l'exception des années 1805-1814 (retour de Napoléon qui puise dans les trésors de la cité) et 1848-1849 (insurrection conduisant à la création éphémère de la seconde république de Venise), administre sagement la cité (on ne s'y amuse plus vraiment). Celle-ci n'est plus alors que l'ombre de ce qu'elle a été.
Petit à petit, les Vénitiens se tournent vers l'avenir : le train relie bientôt Venise au reste de l'Italie géographiquement et politiquement, et, grâce à Napoléon III qui organise une consultation en 1866, les Vénitiens choisissent le rattachement au nouvel État italien.
Nouveau port (la Marittima), nouveau pont routier, travaux visant à rendre la ville plus salubre, tout est fait pour que la cité retrouve une nouvelle jeunesse avec le développement du tourisme, culturel cette fois, qui va réveiller la belle endormie.



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