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Traditions Russie

Coutumes, croyances, contes et légendes

Coutumes, croyances et superstitions

En Russie, on est frappé par une sorte d’harmonie mystérieuse dans les relations humaines. Ici, la superstition se charge de nous rappeler la signification profonde de gestes simples. On ne sert pas la main de quelqu’un à travers un seuil de porte. Car le seuil traditionnel est une frontière protégeant l’isba (maison traditionnelle en bois) des forces maléfiques du monde extérieur. De même s’interdit-on de verser à boire à quelqu’un la main tournée vers l’extérieur : un geste de déni incompatible avec la valeur symbolique du geste, associé à de vieilles habitudes de communion païenne.

Les grands saints de la foi orthodoxe eux-mêmes sont associés à d’anciennes divinités païennes, à travers des croyances païennes tout à fait particulières. Aussi, par temps d’orage, dit-on qu’Ilia (saint Elias) traverse les cieux sur son char en frappant le sol de son marteau ! Dans cette image manifestement peu chrétienne, c’est en fait Peroun, le dieu du Tonnerre et de la Guerre et pourfendeur du Mal chez les slaves païens, qui est évoqué.

Comme partout, beaucoup de traditions et d’usages en Russie sont liés à la table. Il est vrai que ceux-ci se perdent, mais de nombreuses personnes préféreront que vous posiez couteau et sel sur la table plutôt que de vous les prendre des mains. Par ailleurs, si des femmes sont à table, il serait très mal perçu de ne pas porter en son honneur au moins un toast, généralement le deuxième. Une fois le bras levé, pas question de reposer le verre sans l’avoir vidé. Le faire serait le signe évident d’un manque d’adhésion à ce qui est en train d’être dit ou a été dit.

Contes et légendes

Dans les croyances russes, les forces de la destruction et celles de la création s’équilibrent et même s’accordent. Il en va de même dans les contes.
À partir du Xe siècle, des prêtres des anciens cultes se retirent dans les forêts, pourchassés par l’Église chrétienne. Ils se mettent à employer leurs savoirs magiques pour combattre les nouveaux venus sur le terrain du sacré. Tout maléfiques qu’ils sont, ces sorciers (koldun) n’en incarnent pas moins la Sagesse et le Savoir. Le mélange de fascination et de terreur qu’ils inspirent est à la source des personnages des contes de sorcellerie.
La sorcière Baba Yaga habite une isba qui, dressée sur des pattes de poule, est un sas d’entrée dans le monde des esprits. À celui qui s’y aventure, Baba Yaga arrache la peau du dos pour en confectionner une ceinture, et ce n’est là que l’une des cruelles épreuves qui l’attendent. Ayant pour monture un pilon géant, elle ne se sert de son balai que pour effacer les traces de son passage. Personnage essentiellement mauvais, il lui arrive néanmoins de faire des dons de pouvoirs magiques à Ivan Tsarévitch, qui doit venir à bout du maléfique Kochtchey l’Immortel. Kochtchey tient son immortalité de ce que sa mort, dissimulée sous la forme d’une aiguille, est enfermée dans un œuf caché loin de ce monde. Ivan devra trouver l’œuf et casser l’aiguille. Son entreprise est donc une quête de cet œuf, symbole de l’immortalité.

Les contes russes, avec leur mélange de cruauté et d’humour, de sagesse et de folie, complètent des croyances qui puisent dans des millénaires d’une histoire souvent mal connue. Ensemble, ils forment un imaginaire qui est une source inépuisable de création artistique et intellectuelle, depuis les ballets Le Sacre du printemps et L’Oiseau de feu de Stravinsky, ou les contes d’inspiration populaire de Pouchkine tels Le Cavalier de Bronze, aux Veillées à la ferme Dikanka de Nicolas Gogol, empreintes de surnaturel.

Icônes

Emblème de la religion orthodoxe, l’icône est une image sainte, peinte en général sur une planche de bois. Importé de Byzance après la christianisation de la Russie en 988, cet art fut enseigné par des moines byzantins (dont le plus connu est Théophane le Grec). Ensuite les peintres russes ont élaboré leur propre style et fondé plusieurs écoles. Les auteurs sont la plupart du temps anonymes, à l’exception du moine Andreï Roublev, qui reste le maître incontesté de la discipline. Quant aux principales écoles, ce sont celles de Moscou, Novgorod et Pskov. Les icônes les plus célèbres et vénérées sont exposées à la galerie Tretiakov de Moscou (la Trinité de Roublev, la Vierge de Vladimir...).

Jours fériés et fêtes traditionnelles

- 25 décembre : Noël classique
- 1er janvier : Nouvel An classique (vacances jusqu’au 5 janvier, parfois plus)
- 7 janvier : Noël orthodoxe
- 13 janvier : Nouvel An orthodoxe
- 23 janvier : jour de la défense de la mère patrie
- 8 mars : journée internationale de la femme
- 1er mai : fête du Printemps et du Travail
- 9 mai : jour de la Victoire
- 12 juin : Jour de la Russie
- 1er septembre : fête de l’enseignement
- Septembre : fête de la Ville
- 4 novembre : jour de l’Unité du Peuple

Ce n’est que depuis quelques années que l’on fête à nouveau Noël dans les grandes villes. Mais on ne change pas facilement de tradition tous les 70 ans. À l’inverse de ce qui se pratique dans la plupart des pays du monde chrétien, en Russie, on fête Noël entre amis, au restaurant ou en discothèque, et le Nouvel An en famille. L’un comme l’autre se doivent d’être bien arrosés.
Le soir du 1er janvier, on « accompagne » d’abord l’année passée. Les 12 coups de minuit frappés par l’horloge de la tour Spasskaya du Kremlin sont retransmis par la première chaîne. Il est temps alors d’« accueillir » la nouvelle année. Les Russes, qui aiment faire la fête, n’attendent pas qu’une année soit écoulée pour recommencer. Le calendrier orthodoxe, en retard de 13 jours sur le nôtre, leur fournit en effet un prétexte pour fêter à nouveau et Noël et le Nouvel An en janvier.
Dans certaines campagnes, en été, la fête d’Ivan Koupala (comparable à la Saint-Jean) donne encore lieu à la perpétration de traditions antérieures à l’arrivée du christianisme. Ivan Koupala célèbre à la fois saint Jean (Ivan), responsable par son baptême de la seconde naissance du Christ, et Koupala, le dieu du soleil se baignant dans l’eau pour renaître. La fête se déroule durant la nuit du solstice au bord d’une rivière. Elle s’accompagne de rites complexes liés au feu et à l’eau, au cours desquels les jeunes femmes descendent dans la rivière et sont aspergées d’eau, dans un geste doté d’une ancienne valeur sacrificielle.

Religions

Les chants orthodoxes russes, les ors des églises et des icônes sont sans doute la première chose qu’on se représente en évoquant la religion en Russie. Viennent ensuite les manifestations de ferveur et la reconstruction religieuse qui se produit actuellement dans le pays, où les religions récupèrent leur patrimoine et une partie de leurs ouailles.

Tout comme la Russie est multinationale, elle est plurireligieuse. Les chrétiens orthodoxes sont une majorité écrasante (51 % des personnes interrogées lors d’un sondage de l’Académie des sciences en 1997) et l’importance de leur Église est encore accrue par son rôle historique et identitaire.
L’islam vient en deuxième position (7 % selon le même sondage) et lui aussi a joué un rôle dans les évolutions musulmanes jusque dans les années 1920, époque à laquelle il a été gelé et réprimé comme les autres religions par le régime soviétique.
La troisième religion est le judaïsme, et aujourd’hui encore la Russie compte la troisième communauté juive du monde après Israël et les États-Unis. L’Empire russe abritait au XIXe siècle la moitié de la population juive du monde. Un judaïsme à grande majorité ashkénaze de langue yiddish (dérivée de l’allemand). En raison des vagues d’immigration qui ont commencé dès la fin du XIXe siècle, à cause des limitations aux droits des juifs, on n’en comptait plus, en 1990, que 1,5 million en Russie et ex-URSS. Depuis 2002, le mouvement d’émigration, surtout vers Israël, semble s’être arrêté. Des retours ont même eu lieu.
Le bouddhisme russe ou plutôt « russien », qui concerne environ 1 million de personnes, est surtout pratiqué dans la république sibérienne de Bouriatie, à l’est du lac Baïkal, à Touva (sud de la Sibérie) et en Kalmoukie (au sud de la Russie, sur la Caspienne). Tous observent les rites du bouddhisme tibétain).
Le chamanisme (que vous avez tous vu dans les westerns américains sous forme de « sorciers » indiens) est lui aussi en train de revivre parmi les peuples sibériens.
À côté du chamanisme, de très vieilles croyances préchrétiennes ou préislamiques existent dans toute la Russie. Elles prennent souvent la forme de superstitions. Ainsi, il n’est pas rare de voir des arbres proches d’un cours d’eau couverts de petits nœuds de tissus ou de papier... On rejoint là la pratique de l’arbre à prières présente dans le bouddhisme.
Les vieux-croyants du protopope :
chez les Chrétiens orthodoxes, le schisme s’est produit au XVIIe siècle, qui a donné naissance à une Église de « vieux-croyants », ceux qui ont refusé la réforme du patriarche Nikon avec à leur tête le protopope Avaakum. Parmi leurs revendications, figurait celle de ne prier que devant des icônes en bois de tilleul. Il y a quelques églises à Moscou, mais c’est surtout dans la paysannerie que ce courant populaire a survécu, et ce malgré une répression inouïe sous le tsarisme et les Soviétiques.

Savoir-vivre

Le moins que l’on puisse dire est que les rapports humains de la rue ne sont pas emprunts de « chichis ». Les « bonjours », « s’il vous plaît » et autres « merci » serons certes reçus avec reconnaissance par ceux à qui vous les adresserez. Vous constaterez cependant que dans leurs rapports entre eux, les Russes sont plus « instantanés ».
Pas besoin de longs préliminaires pour voir une vendeuse mal embouchée invectiver un acheteur indécis ; mais une autre sera tout aussi rapide à échanger avec lui trucs et conseils comme le feraient deux voisins de palier. Curieusement, ces attitudes ne semblent pas être le moins du monde dérangées par la loi du marché qui s’est installée partout.

Pas étonnant, de ce fait, que la rudesse du premier abord coexiste avec des usages emprunts de rituel, voire de superstition. Votre interlocuteur vous pardonnera de lui tendre la main à travers un pas de porte, mais le plus souvent, il vous amènera à l’intérieur ou vous rejoindra à l’extérieur, pour ne pas permettre au seuil, doté d’une signification maléfique, de polluer votre poignée de main. S’il s’agit d’une femme, sachez que s’embrasser n’est pas très habituel entre personnes qui se connaissent peu.

Les Russes ne circulent jamais en chaussures dans leurs maisons ou leurs appartements, et tiennent généralement à la disposition de leurs invités des chaussons. Cette habitude, qui a certes un petit côté oriental, est aussi dictée par des considérations pratiques : durant toute la période qui s’étend de novembre à avril, il arrive souvent que l’on doive patauger dans la boue pour marcher dans la rue.

Mais ce que les règles du savoir-vivre russe traduisent de la manière peut-être la plus spectaculaire, ce sont les relations entre les sexes. L’art de la galanterie s’exerce en tous lieux et en toutes circonstances. Que ce soit pour céder sa place dans le métro, tenir une porte ou aider à descendre un marchepied. Et n’importe quelle femme appréciera qu’un homme l’aide à passer son manteau, lui allume sa cigarette ou, comble de l’élégance, la salue d’un baisemain !





 


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