Les chants orthodoxes russes, les ors des églises et des icônes sont sans doute
la première chose qu’on se représente en évoquant la religion en Russie. Viennent
ensuite les manifestations de ferveur et la reconstruction religieuse qui se
produit actuellement dans le pays, où les religions récupèrent leur patrimoine
et une partie de leurs ouailles.
Tout comme la Russie est multinationale, elle est plurireligieuse. Les chrétiens
orthodoxes sont une majorité écrasante (51 % des personnes interrogées
lors d’un sondage de l’Académie des sciences en 1997) et l’importance de leur
Église est encore accrue par son rôle historique et identitaire.
L’islam vient en deuxième position (7 % selon le même sondage)
et lui aussi a joué un rôle dans les évolutions musulmanes jusque dans les années
1920, époque à laquelle il a été gelé et réprimé comme les autres religions
par le régime soviétique.
La troisième religion est le judaïsme, et aujourd’hui encore la
Russie compte la troisième communauté juive du monde après Israël et les États-Unis.
L’Empire russe abritait au XIXe siècle la moitié de la population
juive du monde. Un judaïsme à grande majorité ashkénaze de langue yiddish (dérivée
de l’allemand). En raison des vagues d’immigration qui ont commencé dès la fin
du XIXe siècle, à cause des limitations aux droits des juifs, on n’en comptait plus, en 1990, que 1,5 million en Russie et ex-URSS. Depuis 2002, le mouvement d’émigration, surtout vers Israël, semble s’être arrêté. Des retours ont même eu lieu.
Le bouddhisme russe ou plutôt « russien », qui concerne environ 1 million de personnes, est surtout pratiqué dans la république sibérienne de Bouriatie, à l’est du lac Baïkal, à Touva (sud de la Sibérie) et en Kalmoukie (au sud de la Russie, sur la Caspienne). Tous observent les rites du bouddhisme tibétain).
Le chamanisme (que vous avez tous vu dans les westerns américains
sous forme de « sorciers » indiens) est lui aussi en train de revivre parmi
les peuples sibériens.
À côté du chamanisme, de très vieilles croyances préchrétiennes ou préislamiques
existent dans toute la Russie. Elles prennent souvent la forme de superstitions. Ainsi, il n’est pas rare de voir des arbres proches d’un cours d’eau couverts
de petits nœuds de tissus ou de papier... On rejoint là la pratique de l’arbre à prières présente dans le bouddhisme.
Les vieux-croyants du protopope : chez les Chrétiens orthodoxes, le schisme s’est produit au XVIIe siècle, qui a donné naissance à une Église de « vieux-croyants », ceux qui ont refusé la réforme du patriarche Nikon avec à leur tête le protopope Avaakum. Parmi leurs revendications, figurait celle de ne prier que devant des icônes en bois de tilleul. Il y a quelques églises à Moscou, mais c’est surtout dans la paysannerie que ce courant populaire a survécu, et ce malgré une répression inouïe sous le tsarisme et les Soviétiques.
Icônes
Emblème de la religion orthodoxe, l’icône est une image sainte, peinte en général
sur une planche de bois. Importé de Byzance après la christianisation de la
Russie en 988, cet art fut enseigné par des moines byzantins (dont le plus connu
est Théophane le Grec). Ensuite les peintres russes ont élaboré leur propre
style et fondé plusieurs écoles. Les auteurs sont la plupart du temps anonymes,
à l’exception du moine Andreï Roublev, qui reste le maître incontesté de la discipline. Quant
aux principales écoles, ce sont celles de Moscou, Novgorod et Pskov. Les icônes
les plus célèbres et vénérées sont exposées à la galerie Tretiakov de Moscou
(la Trinité de Roublev, la Vierge de Vladimir...).
Coutumes, croyances et superstitions
En Russie, on est frappé par une sorte d’harmonie mystérieuse dans les relations
humaines. Ici, la superstition se charge de nous rappeler la signification profonde
de gestes simples. On ne sert pas la main de quelqu’un à travers un seuil de
porte. Car le seuil traditionnel est une frontière protégeant l’isba
(maison traditionnelle en bois) des forces maléfiques du monde extérieur. De
même s’interdit-on de verser à boire à quelqu’un la main tournée vers l’extérieur
: un geste de déni incompatible avec la valeur symbolique du geste, associé
à de vieilles habitudes de communion païenne.
Les grands saints de la foi orthodoxe eux-mêmes sont associés à d’anciennes
divinités païennes, à travers des croyances tout à fait particulières. Aussi,
par temps d’orage, dit-on qu’Ilia (saint Elias) traverse les cieux sur son char
en frappant le sol de son marteau ! Dans cette image manifestement peu chrétienne,
c’est en fait Peroun, le dieu du Tonnerre et de la Guerre et pourfendeur du Mal chez les slaves païens, qui est évoqué.
Comme partout, beaucoup de traditions et d’usages en Russie sont liés à la table. Il est vrai que ceux-ci se perdent, mais de nombreuses personnes préféreront que vous posiez couteau et sel sur la table plutôt que de vous les prendre des mains. Par ailleurs, si des femmes sont à table, il serait très mal perçu de ne pas porter en son honneur au moins un toast, généralement le deuxième. Une fois le bras levé, pas question de reposer le verre sans l’avoir vidé. Le faire serait le signe évident d’un manque d’adhésion à ce qui est en train d’être dit ou a été dit.
Fêtes et traditions
- 25 décembre : Noël classique
- 1er janvier : Nouvel An classique (vacances jusqu’au 5 janvier, parfois plus)
- 7 janvier : Noël orthodoxe
- 13 janvier : Nouvel An orthodoxe
- 23 janvier : jour de la défense de la mère patrie
- 8 mars : journée internationale de la femme
- 1er mai : fête du Printemps et du Travail
- 9 mai : jour de la Victoire
- 12 juin : Jour de la Russie
- 1er septembre : fête de l’enseignement
- Septembre : fête de la Ville
- 4 novembre : jour de l’Unité du Peuple
Ce n’est que depuis quelques années que l’on fête à nouveau Noël
dans les grandes villes. Mais on ne change pas facilement de tradition tous
les 70 ans. À l’inverse de ce qui se pratique dans la plupart des
pays du monde chrétien, en Russie, on fête Noël entre amis, au restaurant ou
en discothèque, et le Nouvel An en famille. L’un comme l’autre se doivent d’être
bien arrosés.
Le soir du 1er janvier, on « accompagne » d’abord l’année
passée. Les 12 coups de minuit frappés par l’horloge de la tour Spasskaya
du Kremlin sont retransmis par la première chaîne. Il est temps alors d’« accueillir » la nouvelle année. Les Russes, qui aiment faire la fête, n’attendent pas qu’une
année soit écoulée pour recommencer. Le calendrier orthodoxe, en retard de 13
jours sur le nôtre, leur fournit en effet un prétexte pour fêter à nouveau et Noël et le Nouvel An en janvier.
Dans certaines campagnes, en été, la fête d’Ivan Koupala (comparable à la Saint-Jean) donne encore lieu à
la perpétration de traditions antérieures à l’arrivée du christianisme. Ivan
Koupala célèbre à la fois saint Jean (Ivan), responsable par son baptême de
la seconde naissance du Christ, et Koupala, le dieu du soleil se baignant dans
l’eau pour renaître. La fête se déroule durant la nuit du solstice au bord d’une
rivière. Elle s’accompagne de rites complexes liés au feu et à l’eau, au cours
desquels les jeunes femmes descendent dans la rivière et sont aspergées d’eau,
dans un geste doté d’une ancienne valeur sacrificielle.
Contes et légendes
Dans les croyances russes, les forces de la destruction et celles de la création
s’équilibrent et même s’accordent. Il en va de même dans les contes.
À partir du Xe siècle, des prêtres des anciens cultes se retirent
dans les forêts, pourchassés par l’Église chrétienne. Ils se mettent à employer
leurs savoirs magiques pour combattre les nouveaux venus sur le terrain du sacré.
Tout maléfiques qu’ils sont, ces sorciers (koldun) n’en incarnent pas
moins la Sagesse et le Savoir. Le mélange de fascination et de terreur qu’ils
inspirent est à la source des personnages des contes de sorcellerie.
La sorcière Baba Yaga habite une isba qui, dressée sur des pattes de poule,
est un sas d’entrée dans le monde des esprits. À celui qui s’y aventure, Baba
Yaga arrache la peau du dos pour en confectionner une ceinture, et ce n’est
là que l’une des cruelles épreuves qui l’attendent. Ayant pour monture un pilon
géant, elle ne se sert de son balai que pour effacer les traces de son passage.
Personnage essentiellement mauvais, il lui arrive néanmoins de faire des dons
de pouvoirs magiques à Ivan Tsarévitch, qui doit venir à bout du maléfique Kochtchey
l’Immortel. Kochtchey tient son immortalité de ce que sa mort, dissimulée sous
la forme d’une aiguille, est enfermée dans un œuf caché loin de ce monde. Ivan
devra trouver l’œuf et casser l’aiguille. Son entreprise est donc une quête
de cet œuf, symbole de l’immortalité.
Les contes russes, avec leur mélange de cruauté et d’humour, de sagesse et de
folie, complètent des croyances qui puisent dans des millénaires d’une histoire
souvent mal connue. Ensemble, ils forment un imaginaire qui est une source inépuisable
de création artistique et intellectuelle, depuis les ballets Le Sacre du printemps et L’Oiseau de feu de Stravinsky, ou les contes d’inspiration populaire de Pouchkine tels Le Cavalier de Bronze, aux Veillées à la ferme Dikanka de Nicolas Gogol, empreintes de surnaturel.