Fondation
Même si la présence de tribus slaves sur le site de Prague remonte au VIe siècle,
c’est au IXe siècle qu’est fondée la ville, sur le site du château.
Sous le règne du prince chrétien Venceslas, devenu le saint patron de la Bohême,
Prague se développe, s’ouvre aux multiples peuples d’Europe Orientale et devient
une plaque tournante du commerce de la région. Les Juifs s’installent dans la
ville et fondent le quartier historique de Josefov.
Au XIVe siècle, sous le
règne de Charles IV, l'un des plus grands rois de Bohême, Prague s’embellit
avec l’agrandissement du château et les constructions de la cathédrale Saint
Guy, du pont Charles, de nombreuses églises et de la première université de
l'Empire. La capitale tchèque devient la troisième ville d'Occident et le royaume
culmine au faîte de sa puissance.
La révolution hussite
Au début du XVe siècle, Jan Hus, prédicateur renommé à Prague, s'élève contre
les abus de l'Église et la domination allemande. Invité en 1415 à exposer ses
théories au concile de Constance, il est traîtreusement fait prisonnier et brûlé
vif. Son exécution provoque un soulèvement national qui ébranle considérablement
le royaume et restera par la suite le symbole de l'indépendance des Tchèques,
et plus particulièrement des Praguois, vis-à-vis de tous les pouvoirs.
Le règne des Habsbourg
Au début du XVIe siècle, Prague connaît une grande période de rayonnement artistique
et culturel. C'est à la fois l'âge d'or de l'humanisme tchèque et l'émergence
du gothique flamboyant.
Mais en 1526, devant le danger turc en Europe centrale,
les Habsbourg, catholiques, se voient confier le trône de Bohême. Le nouveau
souverain entreprend la reconversion au catholicisme de cette région à majorité
protestante. Malgré une succession de constructions architecturales qui embellissent
Prague, et bien que le règne de Rodolphe II, grand collectionneur d'œuvres d'art,
favorise l’établissement de nombreux savants et artistes, les problèmes religieux
vont empoisonner les rapports politiques dans la ville.
La bataille de la Montagne Blanche
C'est le début de la ruineuse guerre de Trente Ans, qui s'étend à toute l'Europe. La bataille de la Montagne Blanche (en tchèque, Bílá hora) se déroule le 8 novembre 1620, non loin de Prague. Commandée par Christian d'Anhalt-Bernbourg pour le compte du roi de Bohême Frédéric V et forte de 21 000 hommes, l'armée protestante, essentiellement composée de mercenaires allemands et hongrois, est opposée aux forces du Saint Empire combinées aux forces de la Ligue catholique. Les catholiques remportent une victoire écrasante. Cette bataille marque la fin de la première période (période bohémienne) de la guerre de Trente Ans.
Les guerres napoléoniennes
affaiblissent l'Autriche et rendent de la vigueur aux aspirations de la classe
moyenne tchèque qui s'est développée. Le XIXe siècle est ainsi intégralement
marqué par une accélération de la prise de conscience nationale tchèque.
Au tournant du XXe siècle, dopée par la croissance économique et l'industrialisation,
Prague assainit le quartier juif et se dote de magnifiques immeubles de style
Sécession.
L'indépendance de la République
Dès 1914, les premiers succès russes face aux Autrichiens activent les espoirs
d'indépendance des nationalistes praguois. À l'issue de la Première Guerre mondiale,
l'empire austro-hongrois est démantelé et la République est proclamée le 28
octobre 1918. On abat la colonne mariale de la place de la Vieille-Ville, symbole
honni de la domination autrichienne. La culture tchèque retrouve son rayonnement
d’antan.
Le renouveau tchèque est malheureusement bloqué dans son élan, vingt ans plus
tard, par la Seconde Guerre mondiale. Le patrimoine de Prague est
intégralement préservé et la ville ne subit aucun bombardement, mais la communauté
juive de Prague paye un très lourd tribut à l’occupation nazie puisqu’elle perd
les trois quarts de ses membres. La libération se fait grâce aux Soviétiques,
qui entrent à Prague le 9 mai 1945 après le soulèvement de la ville.
La IIe République et le coup de Prague
De 1945 à 1948, un gouvernement de cohabitation réunissant tous les partis
issus de la résistance prend le pouvoir. Le parti communiste obtient 38 % des
voix et le parti social-démocrate 16 %. Une alliance des deux partis gouverne
jusqu'au début de l'année 1948, avec Klement Gottwald (secrétaire général du
parti communiste) comme Premier ministre.
En février 1948, une crise politique
grave éclate à cause de la radicalisation du régime. Dans le but de déstabiliser
Gottwald, les douze ministres sociaux-démocrates et leurs alliés (à l’exception
de l’un d’entre eux, Masaryk) démissionnent du gouvernement. Le PC fait descendre
massivement ses troupes dans la rue pour obtenir leur remplacement par des ministres
communistes. Sous la pression, le président Benes doit accepter. Et après le
« suicide » mystérieux de Masaryk, retrouvé mort sous une fenêtre du palais
Cernin, les communistes deviennent les uniques maîtres de la capitale et du
pays. C'est le célèbre « coup de Prague ».
En février 1948, Gottwald devient président et la Tchécoslovaquie s’enfonce
dans plus de quarante ans de régime stalinien, bureaucratique et liberticide.
De terribles purges sont effectuées chez les Juifs et les intellectuels, et
même chez les communistes tchèques eux-mêmes. Ainsi, en 1952, quatorze communistes
« avouent » avoir conspiré contre l’Etat. Les « procès de Prague » débouchent
sur onze condamnations à mort. Trois seront condamnés à perpétuité, dont Arthur
London. On découvrira plus tard que les preuves et les aveux ont été réalisés
de toutes pièces.
Le Printemps de Prague
Dans les années 1960, après des années d’oppression, le peuple tchèque se remet
à rêver de liberté et d’un socialisme à visage humain. Progressivement, avec
la collaboration du PC tchèque lui-même, les Praguois retrouvent la parole,
et la censure recule au point de disparaître.
Mais ce « Printemps de Prague
», une fois encore, échoue suite à l'intervention de l’armée soviétique, le
21 août 1968 : 400 000 soldats du Pacte de Varsovie occupent militairement le
pays, et les réformes libertaires sont à nouveau annulées.
En janvier 1969,
pour protester contre l'occupation soviétique, un étudiant, Jan Palach, s'immole
par le feu sur la place Venceslas et devient le symbole de la résistance.
Normalisation, résistance et « révolution de velours »
Il faut pourtant attendre la fin des années 1980 pour que les Praguois revendiquent
à nouveau ce besoin de liberté. Sous l’impulsion de Vaclav Havel, l’un des chefs
de l’opposition, la résistance des intellectuels s’organise. Son mouvement dénonce
toutes les injustices et lutte pour les libertés de base. Malgré ses séjours
en prison, son prestige devient de plus en plus grand.
En 1989, les bouleversements
politiques qui ébranlent toute l'Europe de l’Est atteignent la Tchécoslovaquie.
De nombreuses manifestations commencent à secouer le pays. L'une d'entre elles,
réunissant 30 000 étudiants, le 17 novembre 1989, est réprimée d'une manière
particulièrement féroce. Elle sonne le glas du PC tchécoslovaque. La population,
à son tour, descend dans la rue de plus en plus massivement, quasi quotidiennement,
à tel point que la place Venceslas ne peut même plus contenir les 250 000 personnes
qui s'y pressent.
Alors, tout va très vite : création du Forum civique autour de Vaclav
Havel, démission en bloc de la direction du PC, retour de Dubcek, véritable
héros national à Prague puisqu’il avait été l’un des instigateurs du Printemps
de Prague en 1968.
En cette année 1989, la « révolution de velours » est en
marche : le pouvoir, complètement paralysé, perd progressivement ses soutiens,
incapable de réagir aux coups de boutoir des manifestations pacifiques face
à une population capable de capitaliser à chaque fois le rapport de force, pour
faire rebondir le mouvement plus haut encore. La « révolution de velours » se fait sans affrontement, sans violence.
Vaclav
Havel est élu président de la République, le 30 décembre 1989.
Pour Prague,
la fin du communisme se traduit également par une remise en valeur du patrimoine
architectural, culturel et artistique. C’en est fini des immeubles gris et
bétonnés qui avaient fleuri pendant quarante ans dans la banlieue de la ville.
Le cœur historique retrouve sa vocation touristique.
La République tchèque dans l'Europe
En août 2002, le raz-de-marée n’est pas qu’électoral : des pluies torrentielles
s’abattent sur tout le pays et la Vltava sort de son lit, entraînant les plus
importantes inondations qu’aient connues les Tchèques depuis 1890. La
Bohème de l’Ouest et du Sud ainsi que Prague sont littéralement sous les eaux.
Au printemps 2003, après 13 ans de présence à la tête de l’Etat, Vaclav Havel
rend son tablier et c’est l’ancien Premier ministre ultralibéral, Vaclav Klaus,
qui occupe le fauteuil présidentiel.
En mai 2003, 77 % des votants se prononcent
par référendum pour l’adhésion à l’UE, devenue effective en mai 2004.
2004 voit s’opérer un petit coup de théâtre politique.
Suite aux mauvais résultats du parti social-démocrate aux élections européennes,
le Premier ministre Vladimir Spidla est sacrifié par son parti au profit de
Stanislav Gross. Mais en mars 2005, ce dernier est rattrapé par un scandale, entraînant
le gouvernement dans une crise politique. Le président de la République, Vaclav
Klaus, nomme alors son successeur, le social-démocrate Jiri Paroubek.
L’hiver 2006 est l’un des plus longs et
des plus rigoureux de l’histoire du pays. Des fontes de neiges massives
ont provoqué des inondations dévastatrices. Si Prague est épargnée, la Bohême
du Nord et la Moravie sont fortement touchées. On dénombre 8 morts et 50 000
hectares sous les eaux.
En juin 2006, les élections législatives consacrent
la victoire de la droite libérale tchèque, dont le chef de file, Mirek Topolanek,
succède au Premier ministre sortant, Jiri Paroubek.
Début 2007, les États-Unis annoncent leur projet d'installation d'une base antimissiles à Jince, à environ 60 km au sud de Prague. En avril, la Russie gèle le traité sur les Forces conventionnelles en Europe. C'est un relent de guerre froide, qui ne voit pas les Tchèques très chauds, d'autant plus que le site choisi est le même qui abritait, 25 ans plus tôt, les missiles soviétiques dirigés contre l'Europe de l'Ouest !
Début septembre 2008, les accords sur l'installation des radars signés. Mais c'est un texte européen, le traité de Lisbonne, que la République tchèque refuse de ratifier. Cette situation met le pays en porte-à-faux de ses partenaires européens, et ce alors que le pays occupe, depuis janvier 2009, la présidence de l'UE ! Dans cette perspective, le gouvernement ODS au pouvoir a lancé une campagne de promotion à double sens.
Face à la crise financière de l'automne 2008 et à la montée fulgurante de la couronne qui les pénalise, les entrepreneurs tchèques demandent un passage rapide à l'euro. Le gouvernement table sur 2015, mais la Banque centrale évoque plutôt la perspective de 2019. Ce qui n'empêche que 10 000 emplois risquent d'être supprimés dans l'industrie automobile, preuve de la dépendance de l'économie tchèque.