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La terre et les hommes Poitou-Charentes

Charente, fleuve nonchalant

Henri IV l'avait, paraît-il, baptisée « le plus beau fossé du royaume ». Comme la Loire, et bien avant la Seine, la Charente, fleuve mythique méconnu, a participé, à sa façon, à tout un pan de l'histoire de France.
On y transporta du sel et du bois, puis des tonneaux de cognac. Ses eaux claires alimentèrent les moulins des meilleures papeteries de l'Angoumois. Ses boucles permirent à une kyrielle de charmants villages de prospérer. Ses flancs accueillirent châteaux et abbayes, églises romanes et prestigieuses maisons de négoce.
La Charente est une « artère royale », mais aussi le berceau d'une civilisation fluviale (celle des gabariers), ainsi que le plus beau des fils conducteurs pour découvrir un terroir. Des villes glorieuses la bordent, d'Angoulême à Cognac et de Saintes à Rochefort.
Soucieuse des trésors qu'elle charrie, la Charente ne les dévoile pas au premier visiteur venu. Ses habitants l'ont bordée de croquignolettes chapelles et l'ont embellie de ponts de pierre, de chemins de halage et de dizaines d'écluses, que franchissent ces « croiseurs » venus spécialement pour elle, séduits par la vogue du tourisme fluvial. Ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir une croisière se contenteront de longer ses rives ombragées à vélo ou à pied. Ils trouveront même des plages de galets pour s'y baigner en été !

Le Marais poitevin

Un milieu naturel d'une grande richesse écologique

Le Marais se partage en trois zones distinctes : le Marais maritime, pourtour de vase bordant la baie de l'Aiguillon ; le Marais desséché, s'étendant de la baie jusqu'à Marans ; et, au fond, le Marais mouillé (inondable par crue ou engorgement en période pluvieuse), de Marans à Niort, avec sa végétation luxuriante.
On y trouve une faune et une flore d'une richesse incroyable. Loutres, anguilles, hérons, roseaux, tamaris, frênes têtards bordant les conches... Des milliers d'oiseaux migrateurs s'y arrêtent en hiver et au printemps principalement.

Le Marais : problème écologique, économique et politique

Chaque partie du Marais subit des évolutions, les projets fusent, les thèses s'affrontent. En fait, l'équilibre précaire de ce site a commencé à vaciller dans les années 1950, avec le remembrement. La polyactivité devient de moins en moins rentable, et l'obligation de produire à bas prix conduit les hommes à vouloir s'affranchir du problème des inondations.
Mais deux logiques s'affrontent, celle de l'intensification agricole (subventionnée par la Commission européenne), conduisant à un assèchement progressif, et celle de la valorisation écologique des zones humides.
À la fin des années 1970, les autorités politiques décident de créer un parc naturel régional. Seulement, il risque de menacer sérieusement l'agriculture intensive. Résultat : en 1996, Brice Lalonde, ministre de l'Environnement, décide de retirer le label ; la charte du parc n'ayant pas été renouvelée à temps ! Les remembrements, les drainages et l'assèchement ont diminué la richesse biologique du Marais...
Aujourd'hui, la structure « parc » existe sous la forme d'un « syndicat mixte du parc interrégional du Marais poitevin », indépendant du ministère de l'Environnement.

On pompe, on pompe...

Pendant longtemps, le retournement des prairies et le drainage des terrains pour la culture des céréales ont constitué les principales sources de modification du Marais.
Mais depuis une dizaine d'années, une autre menace plus insidieuse est apparue : l'irrigation des champs de maïs dans les plaines autour du Marais. Et là où l'eau n'a jamais manqué durant des millénaires, la nappe phréatique s'épuise. Depuis plusieurs années, chaque été, l'eau manque dans les rivières et les canaux, et ce sont les eaux maritimes qui remontent vers la terre. Le Marais ne joue plus son rôle d'épurateur naturel.
Les scientifiques ne cachent pas leur inquiétude. Le Marais est un écosystème qui ne cesse de s'appauvrir de manière alarmante. Les zones humides régressent dangereusement. Les effectifs de canards hivernants ont chuté de près de 75 % en 20 ans. Le système hydraulique du parc concerne tout le Marais. Une rupture de l'équilibre pourrait entraîner un bouleversement écologique irréversible.
Ces zones n'existent pas par hasard. Elles ont une fonction naturelle bien précise dans l'ordre de la création, comme les forêts, les mers et les banquises.