Du temps des invasions à l’apparition du royaume franc
Vers 435, Attila, à la tête des Huns, ravage le Beauvaisis. Vers 480,
le cours de la Somme marque la limite entre le royaume des Francs saliens et
ce qui subsiste de la Gaule romaine. La défaite de Syagrius face à Clovis à
Soissons, en 486, inaugure la conquête de la Gaule par les Francs. Clovis
envahit la région et prend tour à tour Soissons, Beauvais et Noyon.
Les vallées de la Somme de l’Oise et de l’Aisne deviennent l’épicentre du pouvoir
mérovingien. Les souverains, durant cette période, y séjournent très souvent
et y ont de vastes propriétés. Au VIIe siècle, y sont fondées
les grandes abbayes de Corbie (abbaye bénédictine fondée en 657 par Sainte-Bathilde,
veuve du roi Clovis II) et de Saint-Riquier (à l’est d’Abbeville).
En 778,
avant de devenir empereur, Charlemagne est couronné à Compiègne roi d’Austrasie.
Entre 851 et 859, le scénario se répète : la Picardie est de
nouveau envahie, cette fois-ci par les Normands. Peu après la mort du dernier
roi carolingien, Louis V, en 987, Hugues Capet, qui unifiera le royaume,
est couronné à Noyon. La réalité du pouvoir passe ensuite aux mains des abbés,
des évêques, des comtes ; comme ailleurs dans le royaume, l’autorité royale
s’affaiblit.
Dans la première moitié du Xe siècle, les tentatives de constitution
d’un vaste domaine féodal s’opèrent. À titre d’exemple, dans la région, le comte
Herbert de Vermendois parvient à réunir l’Amiénois, le Vexin, le Laonnois et
Reims. Cette unité durera jusqu’à sa mort en 942.
La guerre de Cent Ans
Plusieurs événements-clés de ce conflit qui oppose l’Angleterre et la France
se situent en Picardie. Par le jeu des successions, le roi d’Angleterre Édouard III
devient comte de Ponthieu à la fin du XIIIe siècle. Dès le début
de la guerre en 1337, le roi de France Philippe VI confisque le Ponthieu
ainsi que la Guyenne à Édouard III.
Ce dernier prend sa revanche en 1346 :
il débarque en Normandie et y écrase la chevalerie française à Crécy-en-Ponthieu.
Mais la guerre n’est pas finie pour autant. Au même moment, une jacquerie éclate
dans toute la Picardie : les paysans se révoltent contre les nobles, accusés
de ne pas avoir rempli leur rôle de défense face aux Anglais. En 1360,
le traité de Brétigny restitue le Ponthieu au roi d’Angleterre, mais les Français
le reconquièrent. La guerre se prolonge ainsi jusqu’à la fin des années 1380.
Cette dernière est ravivée par Henri V d’Angleterre, qui, comme son aïeul,
écrase la chevalerie française à la célèbre bataille d’Azincourt en Artois.
Les ducs de Bourgogne, qui détiennent la Flandre et l’Artois, entrent alors
en scène. En 1420, le duc Philippe le Bon s’allie aux Anglais. Les Français
et les Bourguignons font la paix en 1435 (traité d’Arras). Charles VII
reconnaît alors à Philippe le Bon la possession du Boulonnais, du Ponthieu et
des îles de la Somme qui comprennent Abbeville, Amiens, Corbie, Péronne et ses
alentours.
Après quelques échanges supplémentaires, c’est en définitive à la mort de Charles
le Téméraire en 1477, que Louis XI récupère la Picardie et le Boulonnais.
La Picardie, une province frontière
En 1493, la rétrocession de l’Artois aux Habsbourg, héritiers des ducs
de Bourgogne, fait de la Picardie une province frontière. Si les guerres menées
ensuite par François Ier et Henri II contre les Habsbourg
(d’Autriche et d’Espagne) affectent surtout l’Artois, la Picardie souffre aussi
des incursions ennemies. En 1557, les Français subissent aux portes de
Saint-Quentin, une grave défaite face aux Espagnols.
Les difficultés financières des deux adversaires les conduisent néanmoins à
négocier le traité de Cateau-Cambrésis en 1559, qui ramène la paix.
Le temps de la Réforme
À la même époque, la Réforme ne fait guère d’adeptes en Picardie. Jean Calvin
(1509-1564), né à Noyon, n’y revient plus après 1534. Les guerres de religion
de 1562 à 1598 n’épargnent pourtant pas la province. Fanatiques et
illuminés multiplient les sévices et les destructions, comme à Soissons.
Dans le contexte de la guerre de Trente Ans (1618–1648), un conflit oppose à
nouveau la France à l’Espagne à partir de 1631. Les Espagnols prennent
Corbie en 1636, mais la situation se rétablit peu à peu. Le traité des
Pyrénées de 1659 rétribue à la France les deux tiers de l’Artois et une
partie du Hainaut.
Le réveil urbain du XVIIIe siècle
Les villes de Picardie manifestent au XVIIe siècle
une reprise de vitalité, tant économique que culturelle. L’industrie textile
prend une dimension nouvelle, s’exporte et s’initie aux métiers mécaniques.
Son élite urbaine se compose de riches marchands ainsi que de gens de robe et
d’église qui vivent à l’heure de Paris et de Versailles.
D’une guerre à l’autre
La Première Guerre mondiale a infligé à la région des blessures profondes comme
les tranchées du Santerre et du Soissonnais qui défigurèrent le paysage. Les
batailles de la Somme et du chemin des Dames au printemps 1917 sont avec
celles de l’Artois et de Verdun parmi les plus meurtrières.
Puis Hindenburg
lança deux offensives : l’une vers Amiens au départ de Saint-Quentin qui
sera entièrement vidé de sa population, mais qui sera arrêtée à Villers-Bretonneux.
L’autre franchit le Chemin des Dames, s’empare de Château-Thierry le 31 mars 1918,
et est arrêtée par la seconde bataille de la Marne.
Après l’offensive de Champagne,
c’est la fin des espoirs allemands et l’armistice est signé le 11 novembre
à Rethondes, dans la forêt de Compiègne. En plus des pertes humaines, 500 000 ha
de terres sont sinistrés, 150 000 habitations détruites et 100 millions
de mètres cubes de tranchées et de trous d’obus sont à reboucher. La reconstruction
demandera des années.
Deux décennies plus tard, la Seconde Guerre mondiale remet à sac la région.
La libération du territoire s’accompagne d’inévitables destructions. Plusieurs
villes ont souffert des bombardements et furent partiellement détruites comme
Amiens, Abbeville et Beauvais.