Si Nantes a perdu son charme portuaire, elle continue de fixer l'Océan. C'est
ainsi que le Festival des 3 Continents affiche les horizons lointains dans
les galeries et les cinémas nantais. Dynamisée par ses
universités, Nantes se révèle une vraie pépinière d'artistes, au travers de solides
institutions telles que le musée des Beaux-Arts ou des galeries.
Saint-Nazaire, de son côté, reçoit régulièrement en résidence
des écrivains étrangers. Angers a inauguré en 2004 l'un des plus beaux
musées des Beaux-Arts de France. Et que dire du Festival d'Anjou, deuxième
événement de théâtre en France après Avignon.
Le mouchoir de Cholet
Libéré du rhume, le mouchoir en tissu s'est transformé en objet noble, précieux, évocateur de tant d'images disparues... Cinq siècles en ont fait leur basique : on l'agitait en guise d'adieu, on le nouait sur sa tête, on l'imbibait de larmes ou de parfum, avant de le laisser choir devant son soupirant...
Toute une saga dont Cholet fut l'héroïne. C'est là que des tisseurs hollandais l'établirent, au début du XVIIe siècle. Le mouchoir y réussit tant et si bien qu'il fallut un sceau officiel pour le protéger des contrefacteurs : avant la Révolution, il faisait vivre plus de 30 000 personnes dans le Choletais.
Mélusine, fée bâtisseuse de la Vendée
Au Moyen Âge, dans un petit bois non loin de Lusignan, Raymondin
rencontre Mélusine qui, sur le bord d'une fontaine, peigne sa longue
chevelure. C'est le coup de foudre. Superbe créature, Mélusine est la
fille du roi de Calédonie (autre nom de l'Écosse) et de la fée
Pressine. Plus gênant : elle fut maudite par sa mère pour avoir
maltraité son père.
N'en sachant rien, le jeune comte épouse sa
conquête mais celle-ci pose une condition : tous les samedis, il devra
renoncer à la voir et la laisser s'enfermer dans la plus haute tour du
château. Raymondin accepte et le couple coule alors des jours heureux,
bien que chacun des dix garçons qu'ils ont ensemble soit affublé d'un
handicap (œil unique, grande dent, oreille dissymétrique...).
Puis le démon de la jalousie s'immisce dans le ménage. Mélusine ne
recevrait-elle pas un amant chaque vendredi, au nez et à la barbe de
son nigaud d'époux ? Raymondin n'y tient plus, et, un soir, il défonce
la porte interdite.
Horreur et stupéfaction : il découvre sa bien-aimée dans son bain,
femme jusqu'à la taille et serpent jusqu'au bout de la queue... La
douce Mélusine était donc une femme-serpent ! Surprise, elle s'envole
en faisant trois fois le tour de Lusignan, pousse trois cris qui
déchirent le crépuscule et disparaît à tout jamais pour rejoindre la
famille de monstres dont elle était issue.
On dit aussi que c’est une fée bâtisseuse, qui construirait, la
nuit tombée, de merveilleuses cités et de radieux châteaux dans la
région du Poitou.
Les moulins vendéens
Comme partout ailleurs, les moulins des collines vendéennes servirent pendant des siècles à moudre le grain. On sait moins que les moulins avaient un langage propre : ils servaient en quelque sorte de télégraphe optique pour faire connaître des informations à la population avoisinante.
En plaçant les ailes d'une certaine manière, on annonçait, par exemple, la mort du meunier ou de quelqu'un de sa famille. Pendant la Révolution, forts de cette coutume et de la situation toujours élevée de leurs moulins, les Vendéens imaginèrent un code pour transmettre la position des troupes républicaines...
Pléiade : les rimes et la raison
Les Pléiades, dit Le Robert, sont les sept filles d'Atlas que Zeus changea en colombes avant de les envoyer briller dans le ciel. La Pléiade, elle, est une constellation de sept poètes que la Renaissance fit surgir dans l'orbite des Pays de la Loire. Joachim du Bellay à Liré, Rémi Belleau à Nogent-le-Rotrou, Jacques Pelletier au Mans, Antoine de Baïf à La Flèche et Pierre de Ronsard, le chef d'école, dans le Vendômois, soit à proximité immédiate des cours royales. Tantôt élégiaques, tantôt satiriques et le plus souvent érudits, ils ont redécouvert la poésie à la lumière des Anciens : Pétrarque, Horace, Virgile...
C'est Ronsard qui a le moins vieilli. Amoureux sensuel, courtisan fidèle, il régale successivement de ses sonnets Henri II, François II, Charles IX et Henri III. Le « Prince des poètes » vaut surtout pour ses derniers vers, marqués par l'approche de la mort : « Vous estes déjà vieille, et je le suis aussi / Joignons notre vieillesse et l'accolons ensemble / Et faisons d'un hiver un printemps adouci. »
BN, LU et approuvé
Quand les héros de Jules Verne errent sur l'océan, on les voit souvent manger des biscuits de mer. Et ils n'ont pas l'air de trouver ça bon ! Mais l'indestructible munition des équipages a fait de grands progrès en se recyclant dans la consommation civile. Nantes en possédait les deux phares : LU et BN, désormais décentralisés à La Haie-Fouassière pour LU et Vertou pour BN.
Signalons à nos lecteurs que le sigle LU illustre l'union d'un monsieur Lefèvre et d'une demoiselle Utile (autant qu'agréable, on l'espère...), sous le signe de l'exploitation biscuitière de leurs initiales : lancé en 1887, le petit-beurre gravé aux festons arrondis sera la locomotive d'une gamme destinée à s'étoffer avec succès (le biscuit « thé » étant considéré par certains comme le roi du genre).
L'année 1896 voit un concurrent s'élancer en la personne du Nantais Pierre Cossé. Il ne gravera pas ses propres initiales (PC aurait fait prétentieux...), mais celles de son entreprise : BN, c'est-à-dire Biscuiteries Nantaises. La consécration attendra le lancement du Choco-BN, en 1922, casse-croûte rustique au cacao que les mères et épouses attentives glissent, depuis lors, dans les cartables et les salopettes.
Figures célèbres
- Hervé Bazin : toute la région de Segré (Anjou) dans son livre fétiche, Vipère au poing.
- Les Bollée : toute une famille de Géo Trouvetout manceaux, spécialisée dans l'automobile. Le plus connu est le papa, Amédée, qui, en 1873, équipe les véhicules de la traction à vapeur.
- Claire Brétécher : la maman d'Agrippine a taillé ses premiers crayons sur les bancs des écoles nantaises.
- Aristide Briand : né à Nantes, député en 1902, à plusieurs reprises ministre et Président du conseil. Défenseur de la paix après la Première Guerre Mondiale, il participe activement à la création de la SDN. Prix Nobel de la paix en 1926.
- Georges Clemenceau : né en 1841 à Mouilleron-en-Pareds (Vendée), le « Tigre » restera un grand homme politique, président du Conseil qui mena la France à la victoire de 1918.
- Claude Crébillon : cet écrivain licencieux du Grand Siècle vécut longtemps à Nantes.
- Louis de Funès : le célèbre comique a longtemps vécu dans le château du Cellier, tout près de Nantes, dont il fut propriétaire.
- Jacques Demy : Jacot de Nantes - tel est le nom du film qu'Agnès Varda, sa femme, lui a consacré - eut beau naître à Pontchâteau, c'est Nantes qu'il choisit pour son premier long-métrage, Lola... avant d'écumer toute la côte océane - Les Demoiselles de Rochefort, Les Parapluies de Cherbourg... -, armé d'une solide bonne humeur et d'un sens de la fable élégante.
- René Descartes : fondateur de cet « esprit français », qu'on présume amateur d'ordre et de lumière, l'homme du Discours de la Méthode avait le bon profil pour être ligérien. Né en Touraine, Descartes tira grand profit de ses études à La Flèche, dans le Maine.
- Julien Gracq : interne au lycée Clemenceau de Nantes. Il publie sur Nantes un essai en 1985 : La Forme d'une ville. En 1951, il a refusé le prix Goncourt pour son Rivage des Syrtes.
- Quelques marins : non seulement Éric Tabarly était nantais, mais les frères Peyron, Marc Pajot et Laurent Bourgnon sont tous de Loire-Atlantique.
- Narcejac : de son vrai nom Pierre Ayraud, indissociable de Boileau, co-auteur de très célèbres romans policiers. Fut professeur de français au lycée Clemenceau de Nantes pendant 20 ans.
- Ambroise Paré : né à Laval, ce contemporain de Rabelais invente la chirurgie moderne en soulageant les souffrances des blessés sur les champs de bataille.
- Denys de la Patellière : le réalisateur de Un taxi pour Tobrouk et de Tonnerre de Dieu a été croqué par Hergé en « Jean-Lou de la Batellerie » dans Les Bijoux de la Castafiore.
- Armand du Plessis, duc de Richelieu : le célèbre cardinal est né à Luçon qui devient son évêché alors qu'il n'a que 22 ans. On raconte qu'Alexandre Dumas est venu dans la région pour retrouver l'ambiance et les traits de ce grand homme (qui créa la Sorbonne et l'Académie française).
- Gilles de Rais (ou Retz ou Rays) : né en 1404, il est à l'origine un très grand seigneur vendéen, très brave et très fortuné. L'alchimie et la magie l'attirent et il s'entoure de personnages plus que douteux. Partout, sur son passage, des enfants disparaissent ! Enfin, l'Église donne l'ordre de l'arrêter et Gilles confesse les plus monstrueux crimes : plus de 600 bambins ont été « dévorés » par l'ogre, dans d'indescriptibles scènes sadiques. Il fait alors preuve d'un tel repentir que les parents des victimes prient pour lui sur le chemin du supplice. Démesuré, le procès de « Barbe-Bleue » aura sans doute été le plus extrême des annales judiciaires.
- Jean Rouaud : le Goncourt 1997 des Champs d'honneur est un Nantais discret.
- Le Douanier Rousseau : le père de la peinture « naïve » se prénommait Henri et naquit à Laval.
- Jacques Tati : né au Pecq, dans les Yvelines, mais a tourné en 1951 le film génial Les Vacances de M. Hulot à Saint-Marc-sur-Mer, près de Saint-Nazaire.
- Jules Verne : ce Nostradamus de la technologie projeta vers des mondes inconnus les inventions embryonnaires de l'ère industrielle. Un hélico pour Robur, un sous-marin pour Nemo, un hologramme au château des Carpathes, un obus vers la Lune, une voiture à gaz à Paris.
- Tri Yann : les « Trois Jean de Nantes » sont contre le nucléaire, le remembrement, les Boys Bands et la bouffe uniformisée. De plus, leur musique s'inspire de mélodies celtes, québécoises et irlandaises, le tout à la sauce ethno-rock-folk et à grand renfort de mandoloncelle, de cromorne, psaltérion et dulcimer.