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Normandie

La terre et les hommes

Paysage et climat

La Bretagne plonge vers l'Atlantique. La Normandie, elle, se ramasse contre le Bassin parisien.

Prudente, elle s'est entourée d'un cordon de sable et d'une grande muraille, les falaises du pays de Caux, où chaque meurtrière cache un petit port. Ce que cache cette barrière naturelle, c’est une terre fertile et la Seine qui l’alimente. L'Océan grignote le rempart cauchois, menace les polders du Cotentin. En retour, la mer pourvoit aux poissons, aux marchandises étrangères, ainsi qu'aux rivières et aux prés. Brumes, averses et crachins les engraissent : dire qu'il pleut un jour sur trois en Normandie est un euphémisme. Encore que, comme en Irlande, le soleil sache rire à travers la pluie et allumer de gris opalescents ou charbonneux les nuages bousculés par le vent marin : leur majestueux ballet continue de mettre les peintres à genoux.

La Seine a nappé de limon sa gouttière de craie, saupoudrant les alentours de chaumières aux toits plantés d’iris. De l’argile du plateau cauchois sont sorties les briques qui comblent les colombages des Hameaux. Sur la côte, le style normando-balnéaire régit les villas bourgeoises.
À deux pas du Bray herbeux, le Cauchois règne sur un patchwork de blé, lin, betteraves et fourrage. L'Eure est un pays de contraste : plaines céréalières du Vexin contre fermettes du Lieuvin, maigres prairies d'Ouche contre herbages gras du marais Vernier.

L'homme et ses ressources

Des champs, des forêts, une mer poissonneuse avec de bons ports, tout cela bien au chaud dans un molleton d'herbages... Pas besoin de se casser la tête. Paris et ses douze millions d'estomacs réclament de la Normandie qu'elle cultive sa fibre rurale et maritime. Le trio de choc normand est conduit par la vache. Tricolore (brun, jaune et blanc), cette Cotentinoise perfectionnée par cinq générations d'éleveurs est la Rolls des bovins : on lui doit le quart de la viande et des produits laitiers de l'Hexagone. Une viande persillée et un lait très crémeux. Sur un peu moins de huit millions de bovins en France, la Normandie compte près de 630 000 vaches laitières. À raison de 5 500 litres annuels en moyenne par pis, calculez... Pas de lézard : nos estomacs modernes raffolent de produits laitiers. A fortiori de superbes camemberts, petits-suisses, etc.

Autre herbivore super racé, le pur-sang a lui aussi enrichi le pays : plus de la moitié des individus élevés en France provient des haras normands. Une bonne part du chiffre étant liée à la vente des poulains d'un an et demi (les yearlings) à Deauville. Le trotteur français est normand, tout comme le percheron, destrier féodal dont les seules performances sont désormais bouchères. Les chevaux adorent les carottes ? La Normandie en produit en quantité. Autour des villes, on bine, on bêche, on sarcle tout comme en Bretagne : le maraîchage est la providence des pays d'eau. Les autres cultures vont bien : la culture du lin pour laquelle la Normandie se place au premier rang en produisant plus de 50 % de la production nationale, le blé (près de 10% de la production nationale) et la betterave.

Le Calvados s'adosse à la mer : les prospères alentours de Caen (céréales, maraîchage), les “ latifundia ” du Bessin – 85 % de prés ! – et la Côte Fleurie des touristes contrastent avec l'argileux pays d'Auge, campé sur ses tas de pommes et ses bidons de lait. Côté porte-monnaie, l'Orne est morne : hors de la campagne d'Alençon et des fameux haras du Merlerault, des petites fermes éparpillées y maintiennent héroïquement une agriculture de subsistance. La Manche panache : labours dans l'Avranchin, maraîchage sur les polders, élevage au bocage.

Les terre-neuvas ne sont plus de saison, mais la pêche a de beaux restes. La Normandie se classe au cinquième rang en France : Dieppe est le premier port national pour la coquille Saint-Jacques (que l’on pêche aussi en quantité à Port-en-Bessin, dans le Calvados), huîtres de Courseulles et de Saint-Vaast, petits coquillages puisés aux vastes grèves de la baie du Mont-Saint-Michel, ormeaux de Granville et moules de partout... Bref, les Normands partent encore jusqu'en Irlande pour leurs poissons plats (la sole normande), saint-pierre, colins, morues, etc.

Économie

L'industrie a eu sa bonne fée : la Seine. Bien avant l'autoroute Paris-Normandie, elle reliait Paris au monde. Rouen fut le premier port de mer du royaume. Rétrogradé au cinquième rang, il truste l'exportation des grains briards, abandonnant les hydrocarbures au Havre. À l'exemple de l'Angleterre, la capitale normande a longtemps travaillé le drap, puis le coton... Le textile a reculé au profit du bâtiment et de la métallurgie.

De ces divers mouvements résulte une ceinture ouvrière marquée par le syndicalisme. Plusieurs dirigeants d'extrême gauche sont griffés “ Haute-Normandie ”. À l'inverse, la Basse-Normandie reste traditionnellement le fief du gaullisme, quelque peu ébranlé de nos jours. Si les chantiers navals sont déconfits, le complexe de la Basse-Seine leur a trouvé des remplaçants : Renault, Lafarge, Esso, Shell, EDF. Un tiers de la pétrochimie française, un tiers du pétrole raffiné, deux cinquièmes du papier journal consommé en France. À côté, les industries des petites villes et villes moyennes de la région semblent bien modestes, excepté toutefois pour les activités industrielles autour de l’énergie nucléaire (centrales de Paluel et de Penly en Seine-Maritime, nucléaire à Flamanville et à la Hague dans la Manche…).





 



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