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Un peu d’histoire Marseille

La fille de Phocée

Mythe ou réalité, Massalia semble avoir été fondée vers 600 av. J.-C., à la suite du mariage de Protis le Phocéen (Grec d'Asie Mineure) avec Gyptis la Ségobrige (un peuple celto-ligure). Comment rêver d'un mythe fondateur mieux adapté à ce qui sera pendant vingt-six siècles la vocation même de Marseille : l'ouverture au monde ? En trois siècles, la ville se met à exercer un véritable rayonnement sur la région, avec une forte vitalité navale, commerciale, culturelle et scientifique. Alliée des Romains, Massalia refuse de choisir César contre Pompée. Au terme d'un siège, les habitants doivent pourtant capituler devant César en 49 av. J.-C., lequel établit sa domination sur la ville, rebaptisée Massilia. Au Ve siècle, la cité connaît une embellie spirituelle avec l'arrivée de Jean Cassien, un moine voyageur qui installe deux communautés monastiques. Désormais en charge des lettres grecques et latines, l'Église va préserver tant bien que mal des bribes de culture classique jusqu'au redressement matériel et intellectuel des XIe et XIIe siècles.

Du pouvoir communal au rattachement national

À partir du XIIIe siècle, la commune s'affirme quelque temps selon le modèle italien sous l'impulsion des négociants et grâce à l'accroissement du trafic portuaire. La ville se montre fidèle à son principal représentant, le roi René. Entre-temps, Marseille a édifié un important chantier de constructions navales et renforcé ses liens maritimes avec le Levant. Au XVe siècle, la rivalité maritime qui l'oppose aux Catalans mène à la catastrophe de 1423. L'escadre du roi d'Aragon débarque en plusieurs points, s'empare de la ville et la livre au pillage pendant quatre jours. Un moment abandonnée par nombre de ses habitants, la ville se rétablit assez vite. Elle reprend ses activités maritimes, bénéficiant de l'installation des foires de Lyon qui lui offrent de nouveaux débouchés. Jacques Cœur, argentier de Charles VII et armateur d'une importante flotte, vient s'y établir pour commercer avec le Levant. S'ouvrent alors trente-cinq années d’expansion commerciale et économique qui préludent au rattachement de Marseille et de la Provence au royaume de France. C'est aussi le moment où Massilia prend son nom moderne de Marseille.

Soumise ou insoumise

Aux XVIe et XVIIe siècles, Marseille entretient des rapports ambigus avec le pouvoir royal. Elle se montre fidèle à François Ier, qui la dote des fortifications de Notre-Dame-de-la-Garde et du château d'If. La cité tire profit des échanges commerciaux fructueux entre le monde méditerranéen et l'Europe continentale. Les relations privilégiées que la France initie avec l'Empire ottoman vont assurer la fortune de la ville jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. En janvier 1596, Marseille se place sous la protection de Philippe II d'Espagne et se prépare à soutenir un siège face aux troupes du duc de Guise, comte de Provence. Mais un complot intérieur aboutit à la soumission des Marseillais à Henri IV, qui se serait alors écrié : « C'est maintenant que je suis roi de France ! » Rentrée dans le rang, Marseille connaît une nouvelle prospérité grâce à l'édit de Colbert (1669) qui lui accorde le monopole du commerce du Levant. La ville sort enfin de ses anciens remparts pour tripler de superficie. Elle se dote de nouvelles promenades et d'ensembles monumentaux, brille dans les sciences de la vie et de la nature, dans l’architecture, l’astronomie, la faïence, l’opéra…

La Grande Peste de 1720

En juin 1720, cet élan marseillais est brusquement brisé par la Grande Peste. La ville paye un lourd tribut au fléau venu du Levant, qui tue en quelques mois 40 000 Marseillais, soit la moitié de la population. Heureusement, en quelques années, la cité portuaire opère un redressement démographique spectaculaire qui, grâce à l'accueil de nombreux immigrés de l'intérieur ou étrangers, renforce son cosmopolitisme. Ses navires retrouvent le chemin du large, pour achever d'en faire le premier port méditerranéen. L’embellie architecturale témoigne de l'enrichissement d'une ville vouée au grand commerce maritime et international. La création de diverses Académies affirme aussi cet élan culturel qui s'inscrit dans le mouvement général des Lumières.

Troubles et difficultés : la période révolutionnaire

Tôt entrés en Révolution, les Marseillais lèvent en juin 1792 un bataillon de volontaires pour défendre Paris face aux Autrichiens. Au terme d'une marche d'un mois, au cours de laquelle ils font entendre la Marseillaise, les volontaires arrivent triomphalement à Paris et deviennent, le 10 août, les héros de la prise des Tuileries et de l'effondrement de la monarchie. Mais un an et demi plus tard, compromise dans le mouvement fédéraliste, la ville est mise au ban de la Nation par les Jacobins : pendant un mois, début 1794, Marseille devient officiellement la « Ville sans nom » ! Et la période qui suit reste fertile en événements douloureux : répressions, démolitions de bâtiments, pénurie, chute démographique... Un fort courant libéral et une large tolérance vis-à-vis des minorités religieuses soufflent durant tout le siècle sur la ville. Marseille se met à rêver de République : elle s’insurge contre la Monarchie de Juillet puis s’oppose à Napoléon III. Sous la République modérée, elle sera l'une des premières villes en France à voter pour une municipalité socialiste.

Rêves et triomphes : le Second Empire

De 1830 à 1880, Marseille connaît pourtant un essor remarquable qui lui fait sérieusement envisager de devenir l'une des capitales économiques du monde, à l'égal de Londres ou de New York. Sous la Monarchie de Juillet, la ville a entrepris de profondes mutations. Ses industries traditionnelles se modernisent et se développent, ainsi que sa chimie, ses constructions mécaniques et navales, entraînant l'essor rapide de sa navigation à vapeur et de ses grandes compagnies qui poussent leurs relations sur toutes les mers du monde. Sous le Second Empire, la ville se dote de grands édifices publics. De multiples et luxueux lieux de spectacles s'installent autour de sa Canebière. Le mythe d'un farniente généralisé se développe et ternira bientôt l'image des Marseillais, injustement accusés d'inculture et de dépravation, sans compter leur égocentrisme provincial.

La ville 1900 et les immigrés

Au cœur d'un siècle qui voit sa population quintupler pour atteindre 500 000 habitants autour de 1900, Marseille reçoit des flots continus de nouveaux arrivants attirés par son intense activité. Parmi eux, les plus nombreux sont italiens (près de 20 % des habitants en 1900). Venus offrir leurs bras aux grands travaux, ils vivent dans des conditions précaires, en butte à la misère, aux tentations de regroupement et d'enfermement intra-communautaire, au rejet parfois brutal d'une population qui redoute leur concurrence sur le marché du travail. Cette incompréhension n'empêchera pas, en définitive, les Italiens de Marseille de devenir peu à peu les plus fervents des Marseillais.

À l'épreuve du XX e siècle

Le dernier siècle a laissé des traces profondes dans la mémoire des Marseillais. Des réalisations spectaculaires ont marqué l'imaginaire : fêtes du XXVe centenaire et fondation de l'Olympique de Marseille en 1899 ; érection du pont Transbordeur en 1904 ; organisation des deux premières Expositions coloniales de France… Cité refuge, Marseille reçoit dans les années 1920, par dizaines de milliers, des Arméniens, des Grecs, des Italiens, et, plus tard, des juifs d'Europe centrale échappés du nazisme. La ville fait aussi rire et chanter la France entière sur les airs d'opérette d'Alibert et Scotto célébrant la galéjade, le pastis, les boules et l'aïoli. Mais c'est une ville perdue de réputation par son cosmopolitisme jugé négatif, par la mainmise de la pègre, par la frivolité de son farniente et l'incurie supposée de ses édiles qui aboutit à la mise en tutelle de sa municipalité en mars 1939 et jusqu'en 1946. Une mauvaise réputation très chèrement payée en 1943 par la destruction « exemplaire » des vieux quartiers de la bordure du Vieux-Port, désignés comme des nids de clandestinité en tout genre. Elle marque la prise en main de la zone sud par les autorités allemandes appuyées sur la collaboration française et la fin des années où le port avait servi de repli aux intellectuels et artistes pour leur fuite vers l'Amérique.

Marseille aujourd'hui

Pendant la seconde moitié du siècle, la ville subit de plein fouet les mutations du port et des techniques, ainsi que le développement pétrolier et sidérurgique de Fos (à 50km à l’ouest, sur l’Etang de Berre). S’ensuit dès lors une grave crise d'adaptation économique et humaine avec la disparition des industries traditionnelles, la perte de colonies et la nécessité d'absorber dans l'été 1962 plus de 100 000 pieds-noirs, tandis que les Maghrébins, venus eux aussi en grand nombre, subissent les rejets xénophobes. L’apparition des cités transforme le cadre de vie : le cœur de la ville se déprécie, tandis que les cafés, les théâtres puis les cinémas ferment en raison de la crise économique des années 1970-1980. La ville de Gaston Defferre, qui en sera maire de 1953 à 1986, n'en marque pas moins quelques points : Cité radieuse du Corbusier, hôpital Nord, premier CHU de France, équipements du métro, installation des technopoles de Luminy et Château-Gombert... Mais elle rate sa communauté urbaine et s'affaiblit économiquement, démographiquement et médiatiquement.
Une fois encore, pourtant, le sursaut n'est pas loin. L'embellie est d'abord culturelle avec les ballets Roland Petit et l'ouverture du théâtre de la Criée. Depuis peu, Marseille retrouve son ancienne passion pour le spectacle : les théâtres se multiplient, les créateurs reviennent à la une, souvent avec une nouvelle verve populaire (IAM, Massilia Sound System)... parfois avec l'humanité de clichés revisités et surpassés (Izzo, Guédiguian...). La réussite des grandes fêtes populaires et multi-ethniques de la Coupe du monde de football en 1998, du 26e centenaire en 1999 et du troisième millénaire confirme l'attrait qu'exerce désormais la ville sur les jeunes générations. Marseille, qui s'est découvert un nouveau passé de 260 siècles avec la grotte Cosquer (1991), peut désormais rêver d'un autre futur avec Euromed qui, depuis son lancement en 1995, promet de brûler les étapes d'une relance urbaine et économique à l'échelle du IIIe millénaire.





 



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