Aux origines
En 1542, le navigateur portugais Juan Rodriguez Cabrillo pose les yeux sur
le site de Los Angeles, qu'il admire de son bateau. Les feux des Indiens forment
une telle nappe de fumée au-dessus de la terre qu'il baptise l'endroit Bahia
de los Fumos.
En 1769, alors que toute la
Californie est aux mains de l'Espagne, son gouverneur, Gaspar de Portola, dirige
une expédition à la recherche de la baie de Monterey. Il traverse, sur terre,
le vaste territoire de la ville actuelle, avec pour objectif d’établir une chaîne
de missions franciscaines et de presidios (forts), reliés entre eux par
El Camino Real (la voie Royale). 21 missions sont ainsi créées, dont
deux dans les faubourgs de Los Angeles : San Gabriel Arcangel et San Fernando
Rey de España.
C’est véritablement le 4 septembre 1781 qu’un groupe de 44 colons
fondent un embryon de colonie qu'ils appellent El Pueblo de Nuestra Señora La
Reina de Los Angeles del Río Porciuncula, du nom d'une sainte fêtée la veille
dans le calendrier... Un nom à rallonge pour un petit village qui deviendra
le centre de L.A.
Une petite ville tranquille
En 1822, le Mexique devient indépendant de l'Espagne et hérite de la Californie.
Los Angeles est alors une succession de ranchos immenses où l'on élève
des chevaux et des bêtes à cornes. Le rancho Rodeo de Las Aguas deviendra
Beverly Hills, le rancho San José deviendra la ville de Pomona, le rancho
San Vicente y Santa Monica donnera naissance à la célèbre station balnéaire
de Santa Monica, etc.
En 1835, L.A. devient
la capitale de l'Alta California. Et en 1846, suite à la guerre
entre les États-Unis et le Mexique, Los Angeles, comme le reste de la Californie,
est rattachée aux États-Unis et devient une ville américaine. Tandis que San Francisco, au nord, connaît la fièvre de
l'or dès 1848, Los Angeles, plus pauvre et moins connue, continue à vivre de
son agriculture et de ses plantations.
La fondation d’Hollywood
En 1886, Horace et Daeida Wilcox, deux émigrants, achètent un grand terrain
dans les environs de Los Angeles, qu'ils transforment en une ferme prospère,
que Mme Wilcox baptise Hollywood (« Bois de Houx »). En
quelques années, Hollywood devient une paisible localité adossée à une chaîne
de collines, renommée pour la douceur de son climat, sa proximité avec l'océan
Pacifique et ses vastes horizons vierges de toutes constructions.
Un beau jour de décembre 1913,
Cecil B. De Mille, de la compagnie Famous Players Lasky (la future
Paramount) débarque de New York avec son équipe de cinéma. Après avoir remonté une large
avenue ombragée nommée Vine Street, son équipe s'arrête devant une vaste étable.
Séduite, De Mille décide d’y tourner Le Mari de l'Indienne (The Squaw
Man), le premier long métrage muet de l'histoire.
Les premiers pas du septième art
Attirés par la douceur du climat, la possibilité de tourner en permanence en
extérieur, le prix peu élevé des terrains, la présence d'une main-d'œuvre bon
marché et enfin la variété des paysages aux alentours, de nombreux cinéastes
et producteurs accoururent. Le génial D. W. Griffith réalisa la première
superproduction en filmant Naissance d'une Nation (1915), suivi d'Intolérance
(1916).
La comédie burlesque, ou slapstick, vit rapidement le jour grâce
à Mack Sennett, qui tourna des centaines de ces courts-métrages comiques pour
la Keystone, dans des baraques minables du côté d'Edendale. Sennett lança notamment
l’Anglais Charlie Chaplin et son personnage de Charlot. Sa canne, sa moustache,
son chapeau melon et sa démarche inimitable firent de lui une vedette mondiale
en moins de 3 ans.
Embauché à 75 US$ la semaine à ses débuts, Charlie
Chaplin signa en 1917 le premier contrat de 1 million de dollars enregistré
dans les annales du cinéma. Avec cette somme mirobolante, il devint multimillionnaire
à 28 ans, et s'installa en 1918 dans ses propres studios. Avec Douglas
Fairbanks et Mary Pickford, les deux vedettes en vue de l'époque, il fonda en 1919
United Artists, contribuant ainsi à asseoir l'image d'Hollywood comme
capitale mondiale du cinéma.
L'âge d'or des usines à rêves
Les années 1920, 1930 et 1940 représentent une sorte d'âge d'or pour le cinéma d'Hollywood.
Dès la fin de la Première Guerre mondiale, la première Major
Company apparaît : la Paramount, dirigée par Adolf Zukor. Dans les
années 1920, les grandes maisons de production montent d'énormes studios. Le
travail, l'organisation, la production y sont tellement soumis aux règles de
la rentabilité qu'on les appelle très vite les dream factories, les « usines
à rêves ». Hollywood emploie alors près de 28 000 personnes,
dont 170 réalisateurs et 350 scénaristes qui fournissent 500 à 700 scénarios
par an.
Rapidement, le marché se retrouve partagé entre 5 grandes « usines
à rêves » qui dominent le monde du cinéma.
- La MGM (Metro Goldwyn
Mayer) collectionne les stars, fidèle à sa devise « Plus d'étoiles
qu'il n'y en a au ciel ». Greta Garbo, Clark Gable, Marion Davies, Joan
Crawford, Norman Shearer jouent pour la MGM.
- À la Paramount, on trouve
l'irrésistible Mae West, le sémillant Gary Cooper, les Marx Brothers, Bing Crosby,
Bob Hope, Tyrone Power et la divine Marlene Dietrich.
- La Warner Bros,
dirigée par les 4 frères Warner, n'a pas autant de stars, mais rien que du brillant :
Humphrey Bogart, James Cagney, Bette Davis.
- La Twentieth Century Fox
ne renaît de ses cendres qu'en 1935, devenant ainsi la 4e des
Big Five Majors.
- Enfin, la RKO, qui aura le génie de produire
Citizen Kane d'Orson Welles.
À côté de ces cinq grandes viennent trois
autres petites compagnies, promis à un grand avenir : Columbia, United
Artists et Universal.
Les étoiles du cinéma
Déjà aux débuts du cinéma, le plus grand, le plus impressionnant des parcs
à studios, c'est Universal City, sorte de cité du cinéma à quelques kilomètres
au nord d'Hollywood. Chacun des studios qui la composent forme une ville dans
la ville, une forteresse entourée de murs infranchissables, gardée par des cordons
de sentinelles.
Les producteurs règnent en maîtres absolus à tous les niveaux
de la fabrication du film. Par l'étendue de leur pouvoir, on les surnomme les
Moguls. Seuls quelques producteurs indépendants réussiront à se faire un nom
à l'ombre des Majors : Samuel Goldwyn et David O. Selznick,
le producteur d'Autant en emporte le vent (1939), film feu d'artifice
de l'âge d'or hollywoodien.
Les années 1930 sont marquées par de grands réalisateurs
comme Frank Capra, John Ford, Howard Hawkes. Les années 1940 ouvrent l'ère
du film noir et des pin-up : Rita Hayworth est surnommée la « star
atomique », Esther Williams, la naïade, Jane Russell, la brûlante, Lana
Turner, la torride, Barbara Stanwyck, la perverse, Bette Davis, la garce, Ingrid
Bergman, l'étrangère, Ava Gardner, « le plus bel animal du monde ».
Et bien sûr Marilyn Monroe, star hollywoodienne par excellence, la baby doll
du 7e art. Toutes ces vedettes habitent Beverly Hills, à deux
pas des studios.
Côté réalisateurs, une pléiade de génies roule pour Hollywood :
John Huston (Le Faucon maltais, La Nuit de l'iguane, Asphalt Jungle...),
Raoul Walsh (High Sierra...), Billy Wilder (Sunset Boulevard, Sept
Ans de réflexion...), Joseph Mankiewicz (Le Château du dragon, Eve, La
Comtesse aux pieds nus...), Ernst Lubitsch (Ninotchka, Jeux dangereux,
Le Ciel peut attendre...) et bien sûr Alfred Hitchcock (inventeur du « thriller »
au cinéma). Et bien d'autres encore...
Expansion
Le soudain engouement pour Hollywood suscita un afflux massif d’habitants vers
Los Angeles et réveilla la ville de sa torpeur.
Pendant la première moitié du
XXe siècle, la cité californienne connut une croissance exceptionnelle, et de
nouveaux quartiers furent édifiés. L’un d’entre eux, Venice, a connu une histoire
particulière. À la suite d'un voyage à Venise dans les années 1920, le milliardaire
Abbott Kinney décida de faire creuser des canaux dans ce vaste quartier bordant
l’océan Pacifique. Une tempête emporta
une première fois les bâtiments et noya les canaux. Kinney ne se découragea
pas et reconstruisit ponts et bâtiments. En 1924, une fois les canaux réalisés,
cet extravagant Californien importa même d'authentiques gondoles et deux gondoliers
vénitiens furent embauchés afin d'apprendre aux jeunes Américains l'art de la
rame.
Malheureusement, on découvrit un jour du pétrole et on creusa partout,
à la hâte, sans hésiter à détruire les constructions à peine achevées. La plupart
des canaux furent comblés en 1929, et à partir des années 1930-1940, le secteur
commença à se dégrader. Il ne subsiste aujourd’hui que quelques ponts et maisons
d'inspiration vénitienne.
L’empire économique
L’histoire de Los Angeles, et de la Californie en général, prend un nouveau
tournant au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Dès 1932, les jeux Olympiques
lui avaient donné l’image d’une véritable métropole vivante et attractive, ce
qui lui faisait jusque-là défaut.
Dans les années 1950, l’industrialisation
prend de l’essor et attire un très grand nombre de Mexicains. De grandes entreprises
s’implantent dans la périphérie. Disneyland ouvre ses portes en 1956 et devient
la première attraction touristique de la région, contribuant à donner à Los
Angeles l’image d’un nouvel eldorado. En 1965, la première émeute raciale éclate,
et le quartier de Watts est en proie pendant une semaine à des pillages. D'autres
émeutes éclate en 1979.
Jusqu’aux années 1980,
la ville de Los Angeles profite de son prospère empire économique pour s’étendre
considérablement, devenant la deuxième métropole américaine en s’organisant
sur une immense zone urbaine longue de plusieurs dizaines de kilomètres :
le Great L.A. Un prestige d’autant plus grand que la ville accueille
une nouvelle fois les jeux Olympiques en 1984.
Les émeutes raciales
Dans les années 1990, L.A. se distingue par son incroyable diversité ethnique,
mais aussi par sa ghettoïsation. Les Blancs, les Hispaniques, les Noirs et les
Chinois se mélangent rarement, restant, la plupart du temps, confinés dans leurs
propres quartiers. Les communautés noire et chicano sont les plus mal loties
et accumulent une immense dose de frustration dues aux suppression des programmes
d'aide sociale, au racisme des policiers, au chômage, à l’écart sans
cesse croissant entre les revenus des riches et ceux des pauvres...
Le 29 avril 1992,
comme en 1965 et en 1979, la situation explose. Un jury blanc de la Simi Valley,
comté blanc et réactionnaire de L.A. (celui de Reagan), acquitte des policiers
blancs accusés d'avoir passé à tabac Rodney King, un automobiliste noir, et ce malgré une
vidéo amateur qui a filmé la scène et dont les images ont fait le tour du monde.
À l'annonce de l'acquittement scandaleux des policiers, South Central, l'un
des quartiers les plus pauvres de L.A., se soulève, s'embrase et s'attaque à
tous les symboles de la société de consommation par le pillage et l'incendie. L'émeute dure 2 jours et fait cette fois plus de 40 morts ainsi que des
millions de dollars de dégâts.
Deux mois plus tard, en juillet 1992, la
Cour suprême de Californie fit appel du verdict et renvoya les policiers en
jugement. Et le 17 avril 1993, au second procès des mêmes policiers,
deux d'entre eux sont déclarés coupables : un verdict accueilli avec soulagement.
Le tremblement de terre de 1994
Le 17 janvier 1994, un séisme d'amplitude 6,6
sur l'échelle de Richter réveille la ville endormie. Ce tremblement de terre,
dont l'épicentre se trouve à une trentaine de kilomètres du centre-ville, dans
la vallée de San Fernando, entraîne la mort de 51 personnes, fait 3 000 blessés,
9 000 sans-abris, endommage près de 3 000 immeubles et touche
gravement l'infrastructure routière, élément vital dans l'économie de la région.
Résultat : 15 à 30 milliards de dollars de dégâts ! Mais ce n'était pas le Big One tant redouté. Habitués aux
secousses telluriques, les habitants de L.A. ont vite dédramatisé cette catastrophe
et se sont montrés surtout irrités par le temps supplémentaire qu'ils mettaient
pour aller à leur travail.
L.A. aujourd’hui
On dit aujourd’hui de L.A. qu’elle est une jungle. Il est vrai que la ghettoïsation
n’a jamais été aussi flagrante et l’écart entre les riches et les pauvres aussi
criant. Du côté des riches, la réputation mondiale d'Hollywood est toujours
inégalée.
Bien que les studios hollywoodiens aient traversé une crise extrêmement
grave à l'époque de l'avènement de la télévision, leur recyclage partiel dans
la production d'émissions destinées à la TV les a sauvés de la catastrophe.
Et la boulimie des centaines de chaînes de télévision américaines leur permet
de voir, pour longtemps encore, l'avenir en rose.
L'événement à Hollywood en
1995 fut l'annonce de la création par le réalisateur Steven Spielberg (E.T.,
Indiana Jones, La Liste de Schindler), Jeffrey Katzenberg (le numéro 2
des studios Disney) et David Geffen (magnat du disque) d'une nouvelle compagnie
multimédia nommée Dreamworks SKG. Cela faisait 50 ans qu’aucun
studio n'avait ouvert ses portes à Hollywood.