La Lorraine regorge de cours et
de plans d’eau qui ont façonné son paysage. Longue de 550 km, la Moselle
relie les Vosges au Rhin ; elle est rejointe par son affluent la Meurthe
au nord de Nancy. L’autre fleuve lorrain, la Meuse, naît dans la vallée de Bassigny
en Haute-Marne pour rejoindre les Ardennes.
La main humaine a complété ce réseau
fluvial par des canaux comme celui de la Marne au Rhin, creusé en 1838 :
il servait alors au transport de la houille entre la Sarre et la Lorraine. Aujourd’hui,
700 km de canaux navigables relient la région à la Belgique, à l’Allemagne
et au sud de la France. Ils offrent un moyen de découverte privilégié, celui
du tourisme fluvial, à bord d’un bateau sans permis ou au cours d’une croisière
organisée.
L’homme a aussi créé depuis le Moyen Âge de nombreux étangs pour
élever les poissons : le Lindre, qui s’étend sur plusieurs centaines d’hectares,
est le plus grand étang piscicole de France. Au cœur des Vosges, les lacs de
Gérardmer ou de Xonrupt-Longemer offrent baignades en été et parfois patinage
en hiver. Autre merveille naturelle, plus étonnante : dans la vallée de
la Seille, les sous-sols riches en sodium font jaillir des sources de saumure ;
on y récolte le sel au milieu d’une végétation que l’on retrouve habituellement
sur le littoral (salicornes, etc.).
Les Vosges
La Lorraine vallonnée s’élève avec le massif des Vosges. Formé il y a plus
de cinquante millions d’années par un soulèvement tectonique, il ne faisait
qu’un avec l’actuelle Forêt Noire en Allemagne. Un effondrement de la croûte
terrestre a créé le fossé rhénan, qui les sépare aujourd’hui. Cela explique
que du côté alsacien, le versant escarpé des Vosges tranche avec leur déclinaison
douce vers les plaines de Lorraine. Des phases de refroidissement successives
ont provoqué la formation de glaciers qui, à force d’érosion, sont devenus des
lacs d’eaux froides (Gérardmer, Longemer).
Deux zones distinctes s’articulent de part et d’autre de la vallée de la Bruche.
Les Vosges du Nord ont une altitude moindre, elles culminent entre 400 et
600 m. Les Hautes Vosges, au sud, sont plus élevées : le Grand Ballon
d’Alsace atteint 1 424 m. Ces dernières sont parsemées de sommets
arrondis, les ballons, et coiffées de landes, les hautes chaumes ;
prairies naturelles (chaumes primaires) ou défrichées par l’homme pour le pâturage
(chaumes secondaires), elles sont perchées au-dessus des forêts, à plus de 1 000 m
d’altitude. Milieu fragile et unique, elles sont aujourd’hui préservées au sein
du Parc naturel régional des Ballons des Vosges.
La forêt boisée d’essences diverses (hêtres, pins, chênes, sycomores, bouleaux,
etc.) est depuis toujours au cœur de l’économie locale : les scieries débitent
le bois de chauffe (pour les industries traditionnelles du cristal ou du fer,
par exemple), mais aussi celui qui sera transformé en meubles, en jouets, en
violons (Mirecourt est célèbre pour ses luthiers) ou en cahiers Clairefontaine...
Parmi la faune sauvage qui hante les forêts vosgiennes, on trouve un gibier
abondant (cerfs, chevreuils, sangliers), des renards et des espèces protégées
(lynx, grands tétras).
Le massif recèle un autre milieu naturel exceptionnel et fragile, les tourbières.
Ces îlots de végétation formés sur des sols de tourbe abritent des plantes rares
et une faune spécifique. Curieusement, elles développent un microclimat !
On en trouve, entre autres, dans les environs de La Bresse, de Gérardmer et
près du Donon. Surtout ne vous y aventurez pas : d’abord, c’est dangereux,
mais surtout vous pourriez menacer leur équilibre. Le mieux, pour profiter des
tourbières sans les abîmer, est de suivre les sentiers balisés, de préférence
en compagnie d’un naturaliste.
Les parcs naturels
La Lorraine est la seule région de France à réunir trois parcs naturels.
- Le Parc naturel régional de Lorraine (www.pnr-lorraine.com)
est le plus ancien : créé en 1974, il s’étend aujourd’hui sur 210 000 ha
entre la Meurthe-et-Moselle, la Meuse et la Moselle, et il regroupe 200 communes.
Il comporte deux espaces distincts, répartis de part et d’autre du sillon mosellan :
à l’est, on retrouve les zones humides de la Woëvre et du Pays des étangs, et
les mares salées de la vallée de la Seille.
- Le Parc naturel régional des Vosges du Nord (www.parc-vosges-nord.fr)
existe depuis 1975, il couvre 122 000 ha et englobe 102 communes
d’Alsace et de Lorraine ; l’interaction qui y est cultivée entre le patrimoine
historique et l’économie locale lui a valu sa classification en tant que Réserve
de Biosphère par l’Unesco en 1989.
- Le petit dernier, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges
(www.parc-ballons-vosges.fr),
a été créé cette même année ; il rassemble 203 communes sur 300 000 ha
et s’étend sur trois régions (Lorraine, Alsace et Franche-Comté).
Ces lieux préservés sont le cadre
d’activités variées : observation avec un guide de la faune et de la flore,
visite de monuments protégés, rencontre avec les artisans qui perpétuent les
traditions locales, activités sportives sur terre, sur l’eau ou dans les airs
(ULM, montgolfière), etc.
L’habitat traditionnel
Même s’il existe d’autres configurations, la structure type de l’habitat rural
lorrain est celle dite du " village-rue ". Les maisons mitoyennes,
de hauteur égale, s’alignent de part et d’autre d’une rue unique, rectiligne
si le relief le permet. Cette rue servait autrefois à l’entrepôt du bois, du
fumier et des charrues. De l’autre côté des maisons dont les pièces sont disposées
en enfilade, jardins ou vergers de largeur égale occupent l’espace en s’allongeant.
Avec le temps et la croissance démographique, d’autres maisons et de nouvelles
rues sont venues se greffer à ce schéma de base, pour former des villages en
X, en T ou encore en H. Il semble que ce modèle a été importé de Bohême et de
Moravie en Lorraine à la suite des invasions germaniques, entre les VIe
et IXe siècles. Les Lorrains contraints à l’exil au XVIIIe siècle
l’ont à leur tour exporté, ce qui explique que l’on retrouve le modèle du village-rue
en Pologne, en Autriche, en Hongrie, en Roumanie ou en Allemagne. Il est moins
caractéristique des Vosges, où le relief montagneux est propice à un habitat
de fermes autonomes dispersées.
La bête des Vosges
La bête des Vosges est l’un des sujets de discussion préféré des autochtones.
Dans le massif, tout le monde se souvient de cet être étrange qui sévit de 1977
à 1988. Poulaillers attaqués, chevaux blessés, au moins 200 moutons
égorgé... On ne compte plus les victimes.
Un loup ? Un renard ? Un
chat sauvage ? Le mystère ne fut jamais résolu, car personne n’a pu apercevoir la
bête : ni les chasseurs, ni les gendarmes, ni les militaires ! Elle
a fait couler du sang et de l’encre. En 1994, le loup des Vosges (ou plutôt
la louve) a pris le relais, mais il était moins discret : il a été filmé
par un amateur.
Malgré les crimes sanguinaires dont furent victimes d’innocentes
brebis et autres pouliches, l’animal est protégé par un arrêté du ministère
de l’Environnement. Il était donc officiellement hors d’atteinte... Mais qui
a enterré la dépouille retrouvée début 1995 ?