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![]() La terre et les hommes LimousinLa forêt C'est à bon droit que le Limousin a pour logo la feuille. Son armée est aussi innombrable que la Horde d'or : à perte de vue, la houle des forêts se lève et se creuse au gré des collines. Elle couvre plus du tiers du département. Assombri de taillis, broussailleux d'épiniers, le gros de la forêt limousine s'éparpille en haies, bois et bosquets, où le chêne et le hêtre, indigènes, voisinent avec le mélèze et le pin de Douglas. À la Révolution, le paysan récupère son bien et l'exploite. Au point qu'au début du siècle, la forêt limousine était trois fois moins vaste qu'à présent. Son expansion récente est une image ordinaire du « désert français » : quand la charrue disparaît, pousses et surgeons dansent la carmagnole. Même épaulée par une politique de reboisements, la forêt nouvelle est brouillonne, hirsute, aussi peu propice aux promeneurs qu'aux bûcherons : si les cartonneurs ne se portent pas mal, le fameux « fût en chêne du Limousin », emblématique du vin de Bordeaux, n'est plus qu'un slogan. La forêt s'est fait un fief des hautes terres, à l'est de la région : Corrèze et Creuse produisent les trois quarts des bois exploités, dont les immenses forêts du plateau de Millevaches. Cette population varie avec l'altitude : le châtaignier (12 %) dans les bas-plateaux du Sud-Ouest ; plus haut, le chêne, le hêtre et le bouleau ; et les résineux (31 %) sur les crêtes. La vache limousine Au naturel, c'est une blonde vénitienne aux yeux doux, ourlés de blanc... Apprêtée, cette voluptueuse ne trahit pas un atome de graisse, et se montre d'une incroyable tendresse. Si le plateau de Millevaches vous donne le tournis, sachez que les pâturages du Limousin – sans doute les meilleurs du monde, avec ceux d'Argentine et d'Auvergne – en comptent six cents fois plus, bœufs et taureaux compris ! Bien sûr, une appellation réglemente et protège la race, strictement hiérarchisée suivant l'origine, l'alimentation, l'abattage. Élaborée au siècle dernier par des croisements sélectifs, dus à un éleveur de la Jonchère, Charles de Léobardy, la race a formidablement proliféré : plus d'un million de têtes en France, autant aux États-Unis, sans compter les croisements locaux. Jean Nouvel lui a même bâti un sanctuaire – le Génoscope –, à Lanaud, regroupant les tâtillons services d'analyse et de surveillance, ainsi que l'amphithéâtre en bois où se déroulent, chaque année, les ventes aux enchères. Record : 24 500 € pour un taureau corrézien, en 1989. La moyenne est actuellement à 11 000 €. De quoi faire rêver les éleveurs, pas encore remis de la crise de la « vache folle ». Les maçons et l'exode La Creuse et son molleton de bosquets hirsutes, de prés bocagers cousus de chemins creux, la Corrèze chevelue, piquée de champs de maïs, font du Limousin un cousin de l'Auvergne. Ici, les bourgs sont des villages, et les villages des hameaux. Avec 170 000 habitants, banlieue comprise, Limoges est le chef-lieu d'une région qui n'en compte que 710 000 : ses dauphines, Brive et Tulle, plafonnent à 65 000 âmes pour la première, 18 400 pour la seconde, et encore, en comptant là aussi les banlieues. Son dépeuplement – l'un des plus accablants de France – ne cesse de s’affirmer : encore 10 000 habitants de moins entre 1990 et 1999, seule la Haute-Vienne s’en tire sans perte. Et le phénomène n'est pas neuf. Dès le XVIIe siècle, l'avarice des terres poussait les Limousins à se louer – de mars à novembre – comme maçons, terrassiers ou scieurs de long en région parisienne, en Espagne et jusqu'en Suède. Peu avant 1789, leur nombre frôlait les 16 000. En 1830, ils étaient 24 000. 45 000 pour façonner le Paris d'Haussmann. Et 150 000 en 1913. Avec, pour tout véhicule, leurs pieds. Et la fierté d'avoir bâti Paris, Lyon, Bordeaux... « Voyez le Panthéon, voyez les Tuileries, dit leur chanson, le Louvre et l'Odéon. La France doit ses ornements aux maçons de la Creuse. » Et le Limousin, sa désertification. L'immense majorité, en effet, finit par ne plus revenir. Ou revenir gauchiste. Exemple : Martin Nadaud, maçon dès l'âge de 15 ans, deux fois député de la Creuse, syndicaliste proscrit par Napoléon III... et auteur du fameux adage : « Quand le bâtiment va, tout va. » Dordogne et gabares Longue de près de 500 km, la Dordogne prend sa source dans le Massif central, au puy de Sancy, et va se jeter dans l’estuaire de la Gironde. C’est en descendant de la Dordogne que les gabariers apportaient le chêne dont on fait les tonneaux dans le Bordelais. Leurs bateaux, les gabares, des barques à fond plat en planches, étaient débités à l’arrivée et les mariniers remontaient vers leurs forêts en voiture. L’épopée des gabariers a été racontée par Christian Signol, l’un des membres de l’école de Brive, dans La Rivière Espérance, adaptée à la télévision. Les gabares furent utilisées jusqu’au siècle dernier, mais firent la prospérité de la région au XVe et XVIe siècles. Aujourd’hui les gabares ne flottent plus que pour les touristes et permettent d’avoir une autre vision de la Dordogne. Car, même si ses paisibles méandres ont parfois été modifiés pour faire place à d’importants barrages, la Dordogne reste l’une des plus belles rivières françaises et traverse de fort jolis sites. Elle passe au sud du département de la Corrèze, en marquant par endroits la frontière. C’est aussi en Corrèze que l’on trouve la plupart des ouvrages hydroélectriques, avant que la rivière n’entre en Périgord. |
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