Kenya Zèbres
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- Superficie : 582 646 km², un peu plus grand que la France.
- Population : environ 57 millions d'habitants (estimation 2023).
- Capitale : Nairobi (environ 5,1 millions d'habitants).
- Langues officielles : kiswahili, anglais.
- Monnaie : shilling kenyan.
- Espérance de vie : 67 ans.
- Taux d'alphabétisation : 78 %.
- Indice de développement humain : 0,575 (152e rang mondial sur 191 en 2021).
- Régime : présidentiel depuis le 12 décembre 1963.
- Chef de l'État et du gouvernement : William Ruto, depuis 2022.
- Religions : 45 % ; catholiques 33 % ; musulmans 10 % ; animistes 10 %.
- Sites inscrits au Patrimoine mondial de l'Unesco : les parcs nationaux du lac Turkana ; le parc national et la forêt naturelle du mont Kenya ; la vieille ville de Lamu ; les forêts sacrées de kayas des Mijikenda, le fort Jésus à Mombasa et le réseau des lacs du Kenya dans la vallée du Rift.

Économie

Un PIB (chiffres 2023) par habitant d’environ 1 813 $ (contre 38 975 $ en France), plus d’un tiers de la population survivant sous le seuil de pauvreté, un secteur informel encore très fort, un médecin pour au moins 10 000 patients... Les statistiques dressent un tableau économique et social bien sombre. Malgré une balance commerciale largement déficitaire, due à l’importation massive de produits manufacturés, la 2e économie d’Afrique de l’Est, derrière l’Éthiopie et devant la Tanzanie, est riche de potentialités.

Atouts historiques et investissements d’avenir

1er atout, son agriculture, qui occupe près des deux tiers de la population active et génère un peu moins de 20 % du PIB. Héritage de l’économie coloniale, le secteur primaire n’a pas été démantelé après l’indépendance. De nombreux Britanniques (ou leurs descendants) dirigent encore les plus grandes exploitations agricoles. S’il n’y a donc pas eu de réforme agraire d’ampleur ni de partage des revenus du sol, l’agriculture a tout de même servi de socle au développement du pays. Le Kenya est l’un des 1ers producteurs mondiaux de café, de thé et de fleurs coupées (de roses surtout). Cependant, le secteur est peu diversifié et vulnérable aux aléas du climat, comme les sécheresses récentes qui ont lourdement affecté la production.

La croissance est principalement due au secteur tertiaire qui génère plus de 55 % du PIB. Le Kenya constitue un véritable hub régional pour les services, les transports et les nouvelles technologies et s’affiche comme la 5e place boursière d’Afrique. En 2022, le tourisme représentait 10,4 % du PIB.

Mais le principal atout du Kenya est peut-être d’abord sa position géographique, au débouché sur l’océan Indien d’une bonne partie de l’Afrique de l’Est. Mombasa est ainsi le 1er port commercial de la région, mais celui-ci pourrait être supplanté par celui de Lamu, en construction par la Chine depuis 2012. Baptisé LAPSSET, ce projet pharaonique comprend raffineries et pipelines, plusieurs resorts touristiques, une voie ferrée et une autoroute reliant le port au Soudan du Sud et à l’Éthiopie.

La Chine joue un rôle clé dans le développement des infrastructures kenyanes – souvent obsolètes – en investissant massivement dans des projets d’envergures. Parmi eux, le nouveau terminal de l’aéroport de Mombasa (achevé en 2021) ou la construction d’une ligne ferroviaire Mombasa-Nairobi qui sera étendue à terme jusqu’à Kigali (Rwanda).

Maintenir et développer sa position de plateforme régionale des échanges commerciaux constitue une priorité pour le Kenya, une politique inscrite dans un ambitieux programme économique nommé Kenya vision 2030, lancé en 2008.

Principale menace, l’instabilité

Plus que la concurrence de ses voisins, la principale menace pesant sur le développement économique du Kenya reste d’ordre politique. Une menace protéiforme, issue d’un cocktail d’enjeux nationaux et régionaux. L’instabilité régionale impacte directement le pays, notamment la proximité avec une Somalie livrée au chaos. Après une courte période de rapprochement, les tensions entre les 2 pays ont repris en octobre 2021, lorsque la Cour internationale de justice de l’ONU a reconnu la souveraineté de la Somalie sur une vaste zone maritime, revendiquée par le Kenya. Cette zone, riche en ressources halieutiques et en hydrocarbures, représente un enjeu majeur pour les 2 économies. Le Kenya a rejeté cette décision, et les tensions se sont ravivées (notamment après une polémique liée à l’exportation de khat). Toutefois, en 2023, le Kenya et la Somalie ont signé des accords de coopération portant sur la politique, l’éducation et la défense, témoignant d’un effort pour apaiser leurs différends. Depuis fin 2024, le Kenya, aux côtés de l’Ouganda, a endossé le rôle de médiateur dans le conflit entre l’Éthiopie et la Somalie sur le Somaliland, afin de favoriser la stabilité essentielle au développement économique de l’Afrique de l’Est.

Les déséquilibres de pouvoir et de richesses génèrent également une corruption endémique (le pays est classé 126e sur 180 par l’ONG Transparency International) et peuvent être porteurs d’instabilité politique locale, comme ce fut le cas lors de la crise post-électorale de 2007-2008. Depuis, la croissance se maintient autour de 6 % par an (hors pandémie de Covid-19, bien sûr), mais une nouvelle crise du même ordre pourrait à nouveau plonger l’économie locale dans la léthargie. Heureusement, les élections présidentielles de septembre 2022, qui ont vu la victoire de William Ruto, se sont déroulées sans heurts. Pourtant, le contexte d’inflation galopante (le conflit russo-ukrainien a privé le Kenya de ses ressources en blé et en hydrocarbures, comme ailleurs) fragilise encore la situation.

Droits de l'homme

L’État kenyan s’est illustré ces dernières années par l’usage excessif et disproportionné de la force. Un usage pratiqué d’abord dans le cadre de lois antiterroristes, puis liées aux mesures sanitaires d’exception des années Covid, pour devenir aujourd’hui systémique. L’illustration en a été faite lors des manifestations et émeutes de 2024. La population s’opposant aux lois fiscales, et plus généralement au coût de la vie, s’est vue violemment réprimée. 39 morts lors de la seule journée du 25 juin. Autre constat alarmant des ONG, la pratique, là aussi qui tend à se généraliser, des disparitions forcées. La même année, la Commission nationale des droits de l’homme du Kenya a recensé 82 cas d’enlèvements intervenus lors de manifestations. Des témoignages tendraient à démontrer l’implication des forces de police. Pourtant, le gouvernement s’en défend. Ce nombre de disparitions peut faire craindre l’augmentation de celui des exécutions extrajudiciaires. 

Déjà en 2023, Amnesty International déplorait 136 cas de personnes éliminées sans procès, avec, là encore, l’implication présumée de la force publique. L’ONG évoque de plus l’impunité de cette dernière en constatant la longueur des enquêtes et les rares inculpations de policiers lorsqu’ils se retrouvent impliqués dans des atteintes aux droits fondamentaux. Corollaire de cette situation délétère, l’état de la société civile. Encore estimée « entravée » par l’ONG Civicus, elle était rétrogradée à « réprimée » dans un rapport de fin 2024.

Le Kenya a géré la crise de l’accueil des réfugiés (Somaliens et Soudanais pour bon nombre) en créant des camps en lien avec le Haut-Commissariat aux réfugiés. Ceux-ci atteignent des points de saturation mais, en dépit des menaces de fermeture, le président Willam Ruto semble maintenir une politique d’accueil. Pour autant, le camp de Kakuma (730 km au nord-ouest de Nairobi) est devenu tristement célèbre pour la maltraitance des personnes LGBT, harcelées, agressées, voire brûlées vives. Les autorités, ne considérant pas l’orientation sexuelle comme une cause de demande d’asile, ralentissent le traitement des dossiers de ces personnes candidates à l’exil en Europe ou au Canada. À ce même chapitre de l’égalité des droits, la Cour suprême a étendu la liberté d’association à la communauté LGBT. Un progrès ? Pas vraiment, l’homosexualité reste pénalisée.

Quant aux cas de violences faites aux femmes, voire de féminicides, ils ne cessent d’alimenter l’actualité. En réaction, les mouvements féministes s’avèrent de plus en plus actifs. En août 2024, un rapport du gouvernement évoquait la part de 30 % de femmes victimes de violence (en 2022 ont été recensées 725 morts de femmes victimes de violences conjugales). Affolant ! Le cas du meurtre de la marathonienne Rebecca Cheptegel, médaille de bronze olympique sur 5 000 m, championne du monde de course de montagne, brûlée vive par son compagnon devant ses enfants en septembre 2024, a suscité l’émotion sur le plan national comme international. Une note positive néanmoins : la politique nationale d’élimination des mutilations génitales féminines.

Concernant les droits des peuples autochtones, un rapport de décembre 2024 du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale se voulait rassurant. Il révélait « un cadre constitutionnel et juridique robuste du Kenya pour lutter contre les discriminations ». Enfin un point positif ? Presque le seul avec des annonces publiées qui poussent à espérer que la peine de mort disparaisse de l’arsenal pénal kenyan.

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