La majorité des îliens ont adopté les coutumes britanniques en ce qui concerne
le rythme des repas. Petit-déjeuner copieux (avec œufs, poisson...), déjeuner
léger (style sandwich ou salade), tea time pour tenir le coup vers 17h
(avec une pâtisserie) et dinner consistant le soir. Ils se sont aussi
pris de goût pour certains aliments anglais qui laissent perplexes pas mal de
Français, notamment les condiments sucrés, les puddings, les gâteaux gélatineux...
La plupart des produits de la pêche et de l’agriculture se retrouvent directement
dans les assiettes locales. Ils sont peu exportés. Les plats cuisinés
traditionnels se caractérisent par leur rusticité ; ils sont
souvent simples, mais mijotés pendant de longues heures.
- Les produits de la mer ont évidemment la vedette. Souvent pêchés
le matin même dans les courants nourriciers du Gulf Stream, ils sont
réputés pour leur fraîcheur et leur prix raisonnable. Les fruits de mer comptent
parmi leurs effectifs locaux des crabes, des homards, des coquilles Saint-Jacques,
des huîtres ou encore des oreilles-de-mer (sortes d’ormeaux), etc. Ces dernières,
spécifiques aux îles Anglo-Normandes, en voie de disparition, sont sujettes
à une récolte très réglementée, uniquement autorisée entre septembre et avril.
Quant aux poissons, on pêche du loup de mer, du carrelet, du bar, du turbot,
de la sole, des maquereaux, etc.
- Un plat traditionnel : le bean jar : haricots, poitrine de porc, oignons, herbes.
- Les produits laitiers des vaches de l’archipel sont particulièrement
prisés dans toutes les îles britanniques. Devant leur succès rencontré dès la
fin du XVIIe siècle, la volonté de perpétuer une race pure souche
a entraîné la stricte interdiction des importations bovines. Le lait est transformé
en crème, en beurre, en yaourts... Ajoutons que les plats (poisson, viande,
légumes) sont souvent accompagnés de beurre fondu, de crème fraîche ou cuite.
- Le climat doux des îles favorise les cultures maraîchères, surtout
sous serre à Guernesey. Les pommes de terre nouvelles royales de Jersey, douces
et délicates, bénéficient d’une AOC ; leur récolte se fait de mars à juin.
Guernesey est réputée pour ses tomates. On cultive également le chou, en hiver,
mais aussi les carottes, le concombre, la laitue, les fraises, etc. Les îliens
revendent parfois, sur des étals improvisés au bord des routes, le surplus de
leur production potagère à prix coûtant ; les passants s’arrêtent, font
leur choix, puis glissent des pièces dans une petite boîte laissée là pour la
monnaie. Comme quoi, il existe encore des endroits sur terre où la confiance
règne...
- À Sercq, les éleveurs produisent un agneau au goût subtil. La
quantité réduite de leur cheptel explique que l’on ne puisse le déguster quasi-exclusivement
que sur l’île.
- Pais au fou (bean crock) :
probablement le plat traditionnel le plus connu, à base de haricots secs trempés
toute une nuit, puis bouillis pendant plusieurs heures dans une jarre en terre
avec des pieds de porc, des oignons et des herbes. À l’origine, les îliens,
qui n’ont pas leur estomac dans leur poche, le dégustaient au petit-déj... Habitude
aujourd’hui reléguée au déjeuner ou au dîner.
- Soupe d’anguille : soupe d’anguille de mer (congre) aux
pétales de soucis.
- Mervelles de Jersey (Jersey wonders) :
sortes de beignets, mangés chauds ou froids, dont l’extrémité supérieure forme
un nœud. Une croyance ancestrale impose de les préparer, pour qu’elles soient
réussies, à marée basse.
- Boudelots : pommes enrobées de pâte épicée, cuites au four.
- Fiottes : boulettes de farine mélangée à du sucre et des
œufs, cuites dans du lait et traditionnellement servies le vendredi saint.
- Gâche mêlée : gâteau aux pommes, à la cannelle et la noix
de muscade.
- Vraic buns : petits pains au lait emportés, comme
en-cas, par les fermiers quand ils allaient récolter des algues.
- Nier beurre (black butter) :
sorte de gelée brunâtre à base de cidre, présentée en pot comme de la confiture.
Sa fabrication, après la récolte d’automne, fait partie des traditions populaires
de Jersey et sert encore aujourd’hui de prétexte à des rassemblements festifs,
même s’ils sont moins courants qu’avant. Pour faire réduire le cidre frais,
il est bouilli sur un feu, dans un grand chaudron, jusqu’à trente heures, puis
l’on ajoute progressivement des pommes, du sucre, de la réglisse, du citron
et des épices, tout en remuant en permanence à l’aide d’un grand bâton de bois
pour ne pas que le mélange attache.
- La production de pommes pour le cidre, autrefois importante,
a périclité face à la culture de la pomme de terre à partir du XIXe siècle.
Depuis quelques années cependant, on tente de faire revivre cette tradition,
grâce notamment à un verger du centre rural de Guernesey.
- Il existe un petit vignoble à Jersey, celui de La Mare, qui produit quelques
cuvées de vin blanc. La même marque propose également un brandy
à la pomme.
- De même, on trouve des bières locales dans les pubs et bars,
comme la Mary Ann par exemple.
- Les habitants des îles se concoctent leur eau-de-vie à partir de la prunelle
qu’ils cueillent dans la campagne, pour obtenir ainsi du sloe gin.
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