Musique et danse créoles
Des enfants se déchaînent sous la véranda d'une case. Bidons, casseroles, balustrades,
tout ce qu'ils trouvent est percuté en rythme. Et aucun passant ne se plaint
du fracas.
Tandis que chez les colons on dansait le menuet et le quadrille, chez les esclaves
on attachait plus d'importance au son du tambour et des percussions pour accompagner
les danses rituelles : le léwoz, rythme guerrier (sur lequel on attaquait
les plantations) ; le kaladja, symbole de la lutte en amour ; le pajyanbel,
quand on coupe la canne ; le toumblak, danse d'amour, de fertilité, danse
de la terre ; le graj, pour accompagner les travaux agricoles ; le woulé
(ou « valse créole ») ; le mendé - après l'abolition de l'esclavage -
qui accompagne le carnaval et le gwo-ka (ou « la voix de l'esclave »)
: l'origine du mot reste encore incertaine ; on pense avoir retrouvé ses traces
vers le golfe de Guinée ou dans le haut Dahomey.
Le gwo-ka fut le premier moyen
d'expression et de communication des esclaves débarqués aux Antilles au XVIIIe
siècle. C'est un tambour fabriqué à partir d'un quart de tonneau qui servait
à transporter les salaisons. Transformé en « tam-tam », il devint ensuite le
témoin vital de tous les actes importants de la vie quotidienne : naissance,
travail, révoltes, veillées mortuaires... Symbole de chants incantatoires et
de danses rituelles, son rythme reste très prisé - avec quelques variantes -
en Haïti, à Cuba, au Brésil et aux îles Vierges.
Mais les danses à orchestre, plus gaies et plus profanes, tiennent le haut
du pavé : valse, mazurka, polka (souvenirs des colons). Tonique et lascive,
la biguine est même devenue le sport national des Antilles françaises.
Le zouk, surtout, fait le régal des radios, le zouk-love, un zouk
langoureux et moite, à danser « collé-serré ».
Malgré un retour aux racines - le gwo-ka -, l'influence
des Grandes Antilles (salsa, reggae) domine la création musicale.