Il y a mille ans, la « France » était l’Île-de-France, et la Normandie un pays viking. Aujourd’hui, la Normandie est la campagne de Paris. Une campagne pur jus, si bonhomme avec ses chaumières fleuries, ses vaches artistes, ses petits « réconfortants » de derrière les fagots. C’est une campagne ultra-civilisée, tellement bichonnée qu’à la longue elle ressemble à un jardin anglais. Il n’y manque même pas les brumes, les barrières blanches ou les mondanités équestres.
Qui ne connaît ces fromages trois étoiles ? Qui n’a jamais rêvé devant ces longues plages bordées de falaises, ces pâturages verdoyants, ces manoirs en pain d’épice et le miroitement gracieux du fleuve où les péniches glissent dans la brume ?
La Normandie est aussi une puissance agricole où la campagne, comme dans les Flandres, bascula tout naturellement vers l’industrie. Sous sa couette verte à impressions pommiers en fleur, elle cache un cortège de petites industries scrupuleuses et de zones pétrochimiques, d’immenses propriétés laitières et des banlieues ouvrières qui dessinent, derrière le chromo un brin désuet, la Normandie vivante.
La Normandie, c’est encore l’opacité du bocage, les landes cotentinoises blanchies par le sel, l’épopée vraie des sagas scandinaves, l’explosion des rouleaux atlantiques à la Hague, et aussi une tout autre Normandie sur laquelle veille, au loin, la silhouette mystique du Mont-Saint-Michel...