S’il est une région en France qui peut avoir envie de laisser éclater sa joie de vivre à travers ses fêtes et ses carnavals, ou être fière d’accueillir aujourd’hui quelques-uns des plus beaux musées de France, c’est bien la région Nord-Pas-de-Calais. Elle qui a connu toutes les guerres et tous les exodes, toutes les famines et tous les envahisseurs, toutes les restructurations et remises en question.
Et, comble de l’injustice, le Nord-Pas-de-Calais est, en plus, victime des clichés. Images déformées aussi par l’inconscient collectif. Images rouillées de ruines industrielles, de ports battus par des vents forts et de villes noyées dans les brumes.
Images réductrices parce que le Nord-Pas-de-Calais, c’est aussi et surtout les moulins qui accueillent des quatre bras sur les monts des Flandres, les fortifications de Vauban autour de canaux de lumière où dorment des carpes sans âge. Le Nord-Pas-de-Calais, c’est encore les beffrois des moyens âges qui carillonnent les heures. Les bocages de l’Artois. Les cathédrales ; le sable le plus fin qui soit le long des grèves et des dunes de Malo et de la Côte d’Opale, l’émeraude des champs de houblon et l’or des blés qui ondulent dans les vagues longues d’une lambada flamande. Lille et ses rues plus âgées qu’elle. Les falaises du cap Gris-Nez et du cap Blanc-Nez où la mer caresse ou se fracasse. C’est l’Avesnois qui sent la Normandie, la Fagne qui sent la Suisse. Arras et son beffroi, et ses arcades. Saint-Omer et ses marais. Calais et ses bourgeois. Bavay la Romaine, et les fraudeurs de Bray-Dunes et Jean Valjean à Montreuil. Et tout, et tout, et tout... Et jusqu’à Douai au beffroi qui tinte laïque ou Cambrai la tolérante, qui accepte tout, même les bêtises.