Avant que Gruissan, La Grande-Motte, Port-Leucate et Port-Barcarès n’y imposent l’idée d’une Floride franchouillarde, le Languedoc-Roussillon se contentait d’être la voie royale du soleil d’Espagne. Derrière les rambardes de l’autoroute se profilait une sorte de Midi à demi grillé par le soleil, où les raisins avaient le goût de la colère et les montagnes un parfum d’hérésie.
Le Languedoc-Roussillon a cette grâce fonctionnelle des architectures. C’est le pan oriental de l’arc roman par lequel l’Hexagone enjambe la Méditerranée. Une portion de rivage qui s’arc-boute sur deux obstacles naturels, le Rhône et les Pyrénées, et visse un réseau de petites vallées dans les montagnes pour dessiner une sorte d’amphithéâtre en gradins ouvert sur le large.
Le Languedoc-Roussillon forme un ensemble naturel vérifié par l’histoire. Toulouse a déteint sur Carcassonne, la Catalogne campe sur le rebord pyrénéen, l’air de Nîmes sent la Provence. D’où cette mixture inédite de boulistes et de cassoulet, de cloîtres mozarabes et de corridas espagnoles, cimentée par deux langues cousines, le catalan et l’occitan. Dans cette région qui fut une seconde Rome, la tête de pont du savoir judéo-arabe hors d’Espagne et l’une des créatrices de l’art roman, chaque pierre a quelque chose à raconter.
Partout opère en Languedoc-Roussillon un charme altier. C’est une fontaine ronde sous les platanes, un village fantôme sous l’échine calcinée du causse, la bouleversante âpreté des Corbières et le retable endormi dans la petite église au parfum de garrigue... Ici, le soleil dore et découpe toute chose au scalpel, et sa franchise ombrageuse donne le ton.