Géographie de la Loire
Laissons défiler le film de la Loire. Au commencement était le
Sancerrois que domine, du haut de sa colline, le bourg de Sancerre.
En fait, c'est le Berry, un plateau bas, tout bosselé, une terre pingre
où les petites routes se perdent entre les haies. On y a beaucoup dansé le sabbat. Plus à l'ouest, le pays Fort assure
la transition avec la Sologne. Encore un bout de Berry, enclavé cette fois, distribuant sur ses ondulations forêts et pacages à moutons.
Suivant la Loire, on pénètre en Sologne, la région des taillis et des
étangs que prolonge, de l'autre côté, la forêt d'Orléans. Ici, pas de
bourg, seulement quelques villages disséminés au bord des routes droites
bordées de barbelés.
Et la rive droite ? Juste avant Orléans, c'est le Gâtinais, un plateau
humide et bien arrosé tourné vers Paris, et qui se partage entre prairies et
champs de blé. D'Orléans à Blois, revoici la Loire en sa vallée : les sols riches
de l'Orléanais, mieux ouverts aux influences océaniques, ne sont
qu'un tapis de vignes, de potagers et de jardins. De Blois à Amboise, le plateau
fait place à des coteaux calcaires : nous voici en Vendômois, le terroir
de Ronsard où les méandres du Loir enluminent une verte campagne qui n'est que
ravissement. Enfin, Tours ouvre grandes les portes de la Touraine, pays
béni de l'harmonie : l'air est tiède, la lumière diffuse.
Un fleuve lunatique
Dans notre mythologie nationale, la Loire incarne des valeurs lumineuses :
amabilité, douceur et civilisation. On oublie qu'elle est aussi le dernier
grand fleuve sauvage d'Europe, et l'un des plus capricieux. Moins impétueuse
que le Rhône, moins tordue que la Seine, elle a opté pour les records de tour
de taille et d'endurance.
Du Puy-en-Velay jusqu'à Nantes, ce sont mille kilomètres
de course de fond où la Loire engloutit dans la foulée tout ce qui se présente
: l'Allier auvergnat, le Beuvron solognot, l'Indre et le Cher berrichons, la
Vienne poitevine et la Maine sarthoise viennent grossir cette interminable autoroute
liquide.
Après
Nevers, la Loire reprend son souffle. Elle s'étire dans un kilomètre de lit
parmi les îles et les bras morts avant que ne la rejoigne l'Allier. Corsetée
par les falaises du Sancerrois, elle court s'épanouir dans les sables de Sologne
puis se serre à nouveau, à hauteur de Blois, dans un sillon de falaises crayeuses.
Avec l'Anjou, elle entre dans les grandes largeurs, roule des hanches et finit
par occuper cinq kilomètres (voire huit) du Val, lorsqu'aucun goulet ne vient
l'étrangler.