Reims et sa Montagne
Beaucoup de choses à voir à Reims. La cathédrale Notre-Dame bien
sûr, unique, qui a rythmé l’histoire de France, mais bien d’autres monuments
encore, comme le palais du Tau. C’était le palais des archevêques
de Reims et la résidence du roi et de sa suite à l’occasion du sacre. Construit
entre les XVe et XVIIe siècles, puis restauré
après avoir été gravement endommagé en 1914, il abrite de superbes statues
provenant de la cathédrale ainsi qu’un « trésor ». Tout
comme ces deux monuments, l’étonnante basilique Saint-Remi, édifiée
au XIe siècle sur le tombeau de Saint-Remi et remaniée au XIIe siècle,
ainsi que le très chouette musée Saint-Remi, qui abrite de belles
collections illustrant l’histoire de Reims, l’art et l’archéologie de la région,
sont classés au patrimoine mondial par l’Unesco. Enfin, on ne peut oublier ses
caves aux noms célèbres : Taittinger, Pommery, Veuve Clicquot, Ruinart...
Et puis Reims n’est pas seulement une ville touristique. C’est une ville universitaire
qui bouge : pour vous en convaincre, rendez-vous le soir sur la longue
place piétonne Drouet-d’Erlon, le centre de la vie nocturne reimoise.
On peut ensuite effectuer un agréable circuit qui
permet de découvrir la belle région de la Montagne de Reims, classée parc naturel
régional. Rilly-la-Montagne est un bourg sympathique dont l’église
abrite d’amusantes salles sculptées du XVIe siècle, ornées de
motifs relatifs à la vigne. N’hésitez pas à grimper sur les pentes du mont
Joli, le bien nommé. Compter une petite heure, avec une vue splendide
sur Reims en récompense.
Remarquez le vieux moulin à vent de Verzenay,
peut-être le dernier de la région et, encore plus insolite, son phare
qui se dresse sur les hauteurs du vignoble. Construit en 1909 à seule fin
publicitaire (on imagine mal les marins égarés à ce point), il a été sauvé de
la ruine et transformé en musée de la Vigne.
À Verzy,
un parcours aménagé permet de découvrir une forêt d’arbres bizarroïdes, les
faux, dont la forme tortueuse et désordonnée laisse croire à certains qu’ils
sont le fruit d’une malédiction. Au bout d’une route forestière qui monte jusqu’au
point culminant de la Montagne de Reims (288 m), le nom de Sinaï
a été donné à un observatoire blindé. Par beau temps, la vue s’étend jusqu’à
la forêt de l’Argonne.
À Louvois se trouve le château du ministre
de Louis XIV édifié par Mansart. Détruit de 1805 à 1812, il n’en
reste que la grille d’entrée en fer forgé (connue pour être l’un des plus beaux
spécimens de l’ancienne serrurerie de France), les communs et un beau parc.
Enfin, Hautvillers est l’un des plus beaux villages de Champagne
avec ses demeures anciennes aux enseignes en fer forgé. Une belle propriété
y cache la célèbre abbaye bénédictine où dom Pérignon mit au point, à la
fin du XVIIe siècle, ses procédés d’amélioration de la fabrication
du champagne. Ce lieu appartient à la maison Moët & Chandon et,
malheureusement, ne se visite plus. Par contre, on peut s’incliner sur la tombe
du moine dans l’église abbatiale qui, elle, est ouverte aux passants.
Troyes et la Côte des Bar
Au sud de la Champagne, l’Aube se déguste comme
son nectar et se découvre par petites touches, tel Renoir qui aimait en peindre
les paysages. Troyes d’abord, à visiter pour ses maisons à pans
de bois, ses ruelles pavées tout droit sorties du XVIe siècle
qui cheminent au milieu d’un vaste centre piéton.
La basilique Saint-Urbain,
que le pape Urbain IV fit construire au XIIIe siècle à
l’emplacement de la boutique de son père, un savetier, est considérée comme
un chef-d’œuvre de l’art gothique, un aboutissement dans la recherche de légèreté
architecturale et de clarté intérieure. Dans ce souci, les vitraux occupent
une large place.
Le musée d’Art moderne est aménagé dans l’ancien
palais épiscopal de la ville. Il fut créé grâce à la donation d’un gros industriel
troyen, Pierre Lévy, amateur et collectionneur de peintures, sculptures, verreries,
et ami de Derain, dont les œuvres articulent le musée. Celles-ci se découvrent
par ordre chronologique de 1850 à 1950 : Millet, Courbet et Daumier
présagent d’un bouleversement dans l’art pictural, tandis que les fauves font
leur apparition au tournant du XXe siècle avec Derain, Vlaminck,
Van Dongen et Braque. Cette collection témoigne avant tout d’une époque.
La Côte des Bar occupe la région reliant
Bar-sur-Seine à Bar-sur-Aube, au sud-est de Troyes. Elle est traversée par les
vallées de l’Aube et de la Seine, et plantée de vignobles produisant des vins
aussi gouleyants que le champagne, le coteaux-champenois ou l’unique rosé des
riceys.
Les trois bourgs des Riceys (Ricey-Haut, Ricey-Bas et
Ricey-Haute-Rive), qui constituaient à l’origine trois paroisses distinctes,
réunies à la Révolution, forment le seul village de France à posséder trois
appellations d’origine contrôlée (citées plus haut). Avec ses trois églises,
ses deux châteaux (un privé, l’autre abrite la mairie) et ses neuf chapelles,
Les Riceys détient également le record d’Europe du pourcentage de monuments
historiques classés, par rapport au nombre d’habitants.
Le village sert de point
de départ à deux circuits des cadoles (6 et 14 km).
Les cadoles sont des cabanes de vignerons, refuges contre les intempéries, pour
la sieste ou prendre ses repas. Chacune est personnalisée, mais elles sont toutes
construites selon le même principe qui leur confère une forme ronde : ni
liant, ni charpente, les pierres qui composent cette sorte d’igloo champenois
sont larges et plates, posées les unes sur les autres. Elles bordaient autrefois
les vignobles, mais le phylloxéra détruisit une partie des vignes à la fin du
XIXe siècle. Les terres furent abandonnées et la végétation
les a peu à peu encerclées, les intégrant totalement au paysage.
Le beau village
d’Essoyes doit sa réputation à Renoir, dont la femme en était
originaire. La famille y séjourna tous les étés jusqu’à la mort de l’artiste,
en 1919. Il y est d’ailleurs enterré avec son épouse, ses trois fils (dont
le cinéaste Jean) et un de ses petits-fils. Nombre de ses toiles sont inspirées
des paysages alentour ou des habitantes de la région, comme La Blanchisseuse
et son enfant. On peut visiter son atelier, où sont conservés quelques meubles
(lit, fauteuil) lui ayant appartenu, ainsi que trois sculptures originales et
des reproductions. L’atelier accueille aujourd’hui une association qui permet
à un jeune artiste d’obtenir une bourse et d’y travailler.
À Clairvaux
enfin, la célèbre abbaye cistercienne a aujourd’hui fait place à l’une des prisons
les mieux gardées de France. On peut cependant encore la visiter, grâce à des
bénévoles de l’association Renaissance de l’abbaye de Clairvaux.
Histoire et légendes des Ardennes
Charleville-Mézières, imbriquée dans
les méandres de la Meuse, porte encore en elle la séparation antique de Charleville,
cité bourgeoise et commerçante aux rues rectilignes, et de Mézières la militaire,
qui conserve des vestiges de ses remparts. À quelques encablures de la maison
où Rimbaud passa sa jeunesse (7, quai Arthur-Rimbaud), le musée
qui lui est dédié a pris ses quartiers dans l’ancien moulin de
Charleville, qui ressemble à une porte monumentale. Y sont exposés des objets
personnels (sa malle de voyage en Abyssinie), des dessins, des manuscrits ou
encore des photos. La place Ducale, qui fut érigée au XVIIe siècle
par Clément Métezeau, laissera peut-être aux Parisiens une impression de déjà-vu.
Et pour cause, l’architecte n’était autre que le frère de celui à qui l’on attribue
la place des Vosges, Louis Métezeau. Un peu plus loin, en arrivant sur la place
Winston-Churchill, on découvre sur la façade de l’Institut international de
la marionnette, l’horloge du grand marionnettiste, un automate
géant de 10 m de haut. Toutes les heures, il s’anime pour faire revivre
l’un des douze épisodes de la légende des Quatre Fils Aymon. Le samedi, à 21 h 15,
il la présente dans son intégralité.
En bateau ou en voiture, on peut ensuite s’embarquer
pour une remontée, au nord, des méandres de la Meuse. À mesure
que le fleuve s’enfonce dans le massif forestier de l’Ardenne, on découvre l’héritage
du travail traditionnel des métaux : forges et fonderies à Nouzonville,
musée de la métallurgie à Levréze, centre d’exposition de minéraux
et fossiles des Ardennes à Château-Regnault.
Le long du fleuve, on discerne également dans les
formes de la nature les personnages qui hantent les légendes des Ardennes :
à Bogny-sur-Meuse, le rocher des Quatre Fils Aymon rappelle par
sa forme, hérissée de cinq dents de quartzite, la légende de ces chevaliers
et de Bayart, leur mythique destrier.
En approchant de Laifour, ce sont les
trois Dames de la Meuse qui dessinent leurs silhouettes sur les
reliefs qui bordent le fleuve.
À Revin, les charmantes maisons
à pans de bois du centre historique témoignent d’une influence flamande liée
à son histoire et à sa position géographique, aux frontières des anciens Pays-Bas
espagnols.
Quittons finalement la Meuse pour nous diriger plus
à l’ouest : nous voici à Rocroi. Sa grande place d’armes
est entourée d’une enceinte fortifiée, édifiée en 1555 par Henri II
et renforcée en 1675 par Vauban, qui lui confère une forme en étoile caractéristique.
Intra muros, Rocroi est découpée par dix rues qui convergent vers
un grand puits central. Un sentier touristique permet de parcourir l’ensemble
des fortifications.