Patois ardennais
Prenez une région située à la croisée de plusieurs
zones linguistiques que de lointains voisins ont tenté d’envahir au cours de
son histoire : les Ardennes. Incorporez une bonne dose de wallon, ajoutez
une mesure de picard, une autre de champenois et une de lorrain, puis mélangez
vigoureusement le tout ; saupoudrez d’allemand et d’espagnol : vous
obtenez le patois des Ardennes, ou plutôt les patois, puisqu’ils
varient légèrement en fonction des régions du département. Quelques exemples :
Architecture religieuse
Les abbayes cisterciennes
La Champagne conserve les vestiges d’une douzaine d’abbayes cisterciennes (Trois-Fontaines,
Morimond, Signy, etc.), parmi lesquelles la célèbre abbaye de Clairvaux.
Alors que le monachisme sombrait peu à peu dans la glorification par un art
au luxe outrageux (telle l’abbaye de Cluny), des moines décidaient de revenir
à un mode de vie plus ascétique, consacré au travail et à la prière. Ils fondent
l’abbaye de Cîteaux en 1098. Contrairement aux bénédictins, les cisterciens
prônent une vie austère, de non-consommation, les rendant moins dépendants des
donateurs. Le succès de ce nouvel ordre les incite à créer des abbayes « filles »,
construites dans la lignée de celle de Cîteaux.
La première abbaye de Clairvaux est édifiée en 1115 sous
l’égide de Saint Bernard, moine à forte personnalité qui contribua beaucoup
au rayonnement de Clairvaux dans l’Europe entière. À tel point qu’elle s’érigea
en capitale religieuse du monde occidental pendant vingt-cinq ans. De la première
abbaye, il ne reste que des vestiges. Saint Bernard en fit construire une
seconde, chef-d’œuvre de l’architecture monacale, typique de l’ordre cistercien,
aussi épuré que devait l’être leur vie. Sous Napoléon, l’abbaye fut rachetée
par l’Empire, transformée en dépôt de mendicité, puis en centre carcéral.
Visites guidées des bâtiments d’avril à octobre, se renseigner sur les horaires
et les tarifs. Association Renaissance de l’abbaye de Clairvaux, tél. :
03-25-27-88-17. Se présenter 15 mn avant, se munir d’une pièce d’identité
et oublier appareil photo, caméscope, sac à dos, etc. (on pénètre dans une enceinte
carcérale).
Un joyau de l’architecture gothique :
la cathédrale de Reims
Sur le plan historique, la cathédrale de Reims revêt une importance particulière :
en 498, c’est dans la cathédrale primitive que fut baptisé Clovis, roi
des Francs, scellant ainsi l’union de ceux-ci avec le christianisme. À partir
des Capétiens, Reims entame sa vocation de ville des sacres royaux : tous
les rois de France, à l’exception de Louis VI, Henri IV et Louis XVIII,
y seront sacrés par l’archevêque de Reims.
Les travaux de la cathédrale gothique débutèrent en 1211, après qu’un incendie
ait détruit l’édifice carolingien. Ils se terminèrent un siècle plus tard, à
part pour les tours dont la construction se poursuivit jusqu’en 1480. Pendant
la guerre de 1914-1918, la cathédrale a subi de gros dégâts : elle n’a
été restituée au culte qu’en 1937, après de grands travaux de restauration
en partie financé par la donation de Rockefeller.
- La façade : c’est l’une des plus belles façades
gothiques de France. La fin d’après-midi est le meilleur moment pour l’admirer :
le soleil couchant fait jouer les reliefs et les ombres, ajoutant une note mystérieuse
à l’édifice. Sa partie inférieure comporte trois portails ébrasés aux riches
sculptures. Au centre, le portail de la Vierge représente, dans les ébrasements
de gauche, la Présentation au temple ; dans ceux de droite, l’Annonciation
et la Visitation. Le portail de gauche est consacré à la Vie publique,
la Passion et la Résurrection du Christ ; c’est là que se
trouve le célèbre Ange au sourire, presque malicieux. Le portail de droite
est dédié à l’Apocalypse et au Jugement dernier. Au-dessus de
la grande rose trône la fameuse galerie des rois avec, au milieu, un groupe
représentant le baptême de Clovis. Les tours, elles, frappent par leur légèreté.
Les culées des arcs-boutants abritent les statues des anges aux ailes déployées
qui ont valu à la cathédrale le surnom de « cathédrale des anges ».
- L’intérieur : le plan de la cathédrale reprend celui
de Chartres : trois nefs, transept avec vaisseaux latéraux, chœur à déambulatoire
et chapelles rayonnantes. L’impression de hauteur et de clarté de la nef est
accentuée par son étroitesse par rapport à sa hauteur. Le revers du portail
central est orné d’un ensemble décoratif sculpté de la fin du XIIIe siècle,
unique en son genre. La plupart des vitraux ont été restaurés par les maîtres
verriers Simon, très célèbres à Reims. Six superbes vitraux de Chagall ornent
la chapelle absidiale ; ils ont été réalisés par Charles Marcq dans les
fameux ateliers rémois en 1974.
À Reims, la cathédrale, le Palais du Tau, l’abbaye et la basilique Saint-Remi
sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco.
Parmi les chefs-d’œuvre de l’architecture gothique en Champagne, citons également
la basilique Saint-Urbain de Troyes, la cathédrale Saint-Étienne de Châlons-en-Champagne
ou encore la basilique de Notre-Dame-de-l’Épine.
Industries et artisanat traditionnels
Textile
Le secteur est en crise depuis quelques décennies, mais des villes ont su s’adapter
à l’évolution du comportement des acheteurs, à l’image de Troyes. Dès les grandes
foires du XIIe siècle, la ville développe des activités textiles,
notamment la draperie. C’est au XVIe siècle que les premiers
ateliers de fabrication de vêtements tricotés à la main, bonnets et bas notamment,
font leur apparition. Au XIXe siècle, Troyes est
érigée en capitale de la bonneterie, grâce à l’introduction de métiers
mécaniques ; l’activité concerne alors toute l’Aube. Aujourd’hui encore,
elle reste la principale industrie du département, avec près de 250 entreprises
concernées. Mais pour pallier le déclin général du textile en France, Troyes
compte désormais sur les magasins d’usine qui ont ouvert dans les années 1960,
d’abord à l’attention des employés des usines puis du grand public, et qui attirent
des milliers d’acheteurs en quête de bonnes affaires. Les articles qu’on y trouve,
de second choix ou invendus, sont censés coûter 30 % moins cher qu’en boutique.
À Sedan, l’industrie drapière qui s’était développée à partir
du XVIe siècle n’a pas résisté à l’épreuve du temps. La manufacture
royale des draps du Dijonval, fondée en 1646, a fermé ses portes en 1958.
Reste la manufacture du Point, fondée en 1878, l’un des derniers
endroits de France où l’on tisse des tapis. Les méthodes sont restées traditionnelles :
les tapis de laine sont tissés sur des canevas de lin, et il faut plusieurs
mois pour en réaliser un.
- Manufacture du Point : 13, boulevard Gambetta, 08200 Sedan. Tél. :
03-24-29-04-60. Du lundi au samedi de 8 h à 12 h
et de 14 à 17 h. Internet : www.tapis-sedan.com.
Métallurgie
Le travail des métaux, après avoir subi plusieurs reconversions, reste le premier
secteur industriel des Ardennes. La clouterie a percé à partir du XVIe siècle.
Mais au XIXe siècle, en réaction à la concurrence liée à la
mécanisation, d’autres branches ont pris le relais : boulonnerie
à Bogny-sur-Meuse, ferronnerie à Nouzonville, fonderie à Revin...
Aujourd’hui, les Ardennes ont modernisé leurs techniques de production et travaillent
pour l’industrie automobile, le TGV, Airbus ou encore la fusée Ariane.
À Nogent, en Haute-Marne, c’est une tradition vieille de bientôt sept siècles
que l’on perpétue : la coutellerie. Un musée permet d’entrevoir
des exemples des productions des XIXe et XXe siècles :
couteaux de table, ciseaux, canifs, etc. avec manche en bois, en corne ou en
ébène... Aujourd’hui, Nogent s’est spécialisée dans la fabrication d’instruments
chirurgicaux de haute précision.
- Musée de la Coutellerie : 17, place Charles-de-Gaulle,
52800 Nogent. Tél. : 03-25-31-89-21.
Cristallerie
Le petit village de Bayel, près de Bar-sur-Aube, fait tinter le cristal
depuis plus de trois siècles. On peut y visiter les cristalleries royales
de Champagne, fondées en 1666 par un verrier vénitien, Jean-Baptiste
Mazzolay, et qui obtinrent rapidement le statut royal sous Louis XIV. Aujourd’hui,
on continue à souffler le cristal selon les techniques du Grand Siècle.
- Cristalleries royales
de Champagne : 13, rue Gustave-Marquot, 10310 Bayel. Tél. : 03-25-92-37-60. Visites
organisées par l’office du tourisme du lundi au vendredi à 9 h 30 et 11 h.
Osiériculture
Fayl-Billot, à l’est de Langres, abrite depuis 1905 une école nationale
d’osiériculture et de vannerie. Plus largement, la tradition de la vannerie
remonte au XVIIe siècle dans la région. Aujourd’hui, elle compte
encore une cinquantaine d’hectares d’oseraies, et autant d’artisans dont on
peut parfois visiter les échoppes. L’école expose les travaux de ses élèves :
meubles, hottes de vendangeurs, paniers, etc.
- École nationale
d’osiériculture et de vannerie : 24, rue Georges-Darboy, 52500 Fayl-Billot. Tél. : 03-25-88-59-90.
Internet : ecole-nationale-de-vannerie.com.
Ouvert d'avril à octobre, du mercredi au dimanche de 14 h à 18 h. Entrée : 2,40 €.
Personnalités du terroir
- Chrétien de Troyes (vers 1135-1183) : le trouvère
champenois, le plus célèbre poète français du XIIe siècle même
si les connaissances sur sa vie sont confuses, fut l’initiateur de la littérature
courtoise. On lui doit cinq romans en vers : Le Chevalier à la charrette
(Lancelot), Érec et Énide, Cligès, Le Chevalier au lion
(Yvain) et Le Conte du Graal (Perceval).
- Dom Pérignon (1639-1715) : le moine bénédictin, né à Sainte-Menehould,
est souvent considéré comme l’inventeur du champagne. Dans l’abbaye de Hautvillers,
où il séjourna pendant 47 ans, il en a plus exactement amélioré les techniques
de fabrication, grâce à ses talents d’œnologue unanimement reconnus. C’est lui,
par exemple, qui a le premier assemblé différents crus et cépages pour obtenir
une cuvée.
- Denis Diderot (1713-1784) : le philosophe, qui dirigea
pendant vingt ans de sa vie l’édition d’un ouvrage gigantesque, L’Encyclopédie
(1751-1772), est né en Haute-Marne, à Langres. On lui doit également des œuvres
éclectiques, allant du roman (Jacques le Fataliste) au dialogue philosophique
(Le Neveu de Rameau), en passant par la critique d’art (Salons)
ou encore les essais (Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient).
- Danton (1759-1794) : Georges Jacques, de son petit
nom, est né à Arcis-sur-Aube où l’on peut encore admirer sa statue (datant de
1888). Il y a passé sa jeunesse et aimait à venir s’y ressourcer entre deux
péripéties révolutionnaires. Avocat, il se lance dans la politique et fonde
en 1790 le Club révolutionnaire des Cordeliers. Après la chute de la monarchie,
le 10 septembre 1792, il devient membre du Conseil exécutif provisoire,
puis député de Paris à la Convention. Mais ses prises de position pour la fin
de la Terreur signent sa perte, son vieil adversaire Robespierre l’attendant
au tournant. Traduit devant le Tribunal révolutionnaire, il est guillotiné le
6 avril 1794.
- Louis Hachette (1800-1864) : le fondateur de l’empire
de l’édition française, et aujourd’hui internationale, qu’est Hachette, est
né dans les Ardennes, à Rethel.
- Arthur Rimbaud (1854-1891) : le poète à l’image d’éternel
adolescent est né à Charleville (avant qu’elle ne soit rattachée à sa voisine
Mézières), où il a passé son enfance et écrit, dès l’âge de 17 ans, Le
Bateau ivre. La vie mouvementée et scandaleuse de l’auteur d’Une Saison
en enfer (1873), entre sa liaison tumultueuse avec Verlaine, ses voyages
à Londres et en Belgique, puis ses années en Afrique où il fut notamment trafiquant
d’armes, s’achève à l’âge de 37 ans, à l’hôpital de Marseille.
- Pierre Dac (1893-1975) : le « Roi des loufoques »,
né André Isaac, était originaire de Châlons-sur-Marne. Chansonnier, rédacteur
en chef de journaux « loufoques » (L’Os à Moelle, qu’il fonda
en 1938), homme de radio (où il donnait là aussi libre cours à son humour
délirant), il a notamment formé pendant de longues années un duo de choc avec
l’acteur et humoriste Francis Blanche. Celui qui disait que « la mort n’est,
en définitive, que la conséquence d’un manque de savoir-vivre », s’était
aussi illustré en rejoignant la Résistance à Londres, où il anima en 1943
et 1944 des émissions de radio à la BBC.
- Yannick Noah (né en 1960) : le tennisman d’origine
franco-camerounaise, vainqueur de Roland Garros en 1983, puis capitaine
de l’équipe de France de tennis, a renouvelé l’expérience inoubliable (pour
le meilleur ou pour le pire, selon les goûts) de sa Saga Africa en se
reconvertissant dans la chanson. Il est né à Sedan, dans les Ardennes.