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La terre et les hommes Bourgogne

Paysages et ressources

La plus grande partie de la région oscille entrre 150 et 600 m au-dessus du niveau de la mer, culminant à 900 m avec quelques sommets du Morvan. Les plaines alluviales de l'Yonne, de l'Armançon et de la Saône, elles, sont en dessous de 150 m.
Et la partie restante ? Au nord-ouest, la partie inférieure du Bassin parisien ; au sud, les douces collines du Mâconnais et du Charolais ; du nord-est à l'ouest se succèdent les sévères plateaux du Châtillonnais, de Langres et du Nivernais, qui sont souvent incisés par des failles où coulent les méandres des rivières à truites. Parallèlement à la Saône, du nord au sud, la longue faille bordée de talus où poussent les vignes aux crus prestigieux. À l'est et au sud-est, l'ensemble des plaines que l'on désigne sous le nom de Fossé bressan. Enfin, au centre de la région, le massif granitique du Morvan.

La Bourgogne, lieu de passage, est également un carrefour climatique. Si le climat continental domine, les spécialistes distinguent 9 sous-climats, nourris d'influences océaniques et méridionales. Enfin, on retient surtout des étés chauds et secs ; le reste de l'année, que d'eau, que d'eau ! Ce qui donne du bon vin, certes, mais aussi des paysages magnifiques, comme celui du Parc naturel régional du Morvan, constitué de vastes plans d'eau et de 60 % de forêts.

Charolaises

L'homme bourguignon a su exploiter les particularismes de ce paysage fragmenté et varié. La surface occupée par l'activité agricole couvre 60 % du territoire, et même 94 % si l'on y ajoute la forêt. Dans la Bourgogne d'aujourd'hui, on peut reconnaître quatre grandes régions agricoles à différentes spécialisations. La zone de polyculture-élevage s'étend sur presque la moitié de la région. Elle occupe presque entièrement l'Yonne, une grande partie de la Côte-d'Or et le nord de la Nièvre. Ces vastes surfaces produisent de préférence des céréales et du colza ; l'élevage est essentiellement bovin.
La zone charolaise et morvandelle occupe pratiquement l'autre moitié. C'est le pays de bocage et d'habitat dispersé, le domaine de l'élevage, pour la viande, du bœuf charolais et de quelques porcs de qualité. La zone agricole de la vallée de la Saône est beaucoup plus restreinte, c'est une région de production diversifiée : élevage laitier, élevage de volailles, polyculture avec maïs, betterave à sucre et céréales.
La zone viticole est la moins étendue, mais la plus réputée et la plus originale. La forêt, qui couvre 32 % du territoire, place la région au 7e rang de France, mais son intérêt économique est loin de lui correspondre. Seules quelques futaies (produisant quand même du chêne de grande qualité), les sapins de Noël du Morvan et résineux sont actuellement exploités, le reste étant le domaine des chasseurs et des chercheurs de champignons (malheureusement, les premiers chassent les seconds).

La pierre de Comblanchien

L'aspect d'une ville et la façon de construire dépendent principalement des matériaux disponibles sur place. Dijon est essentiellement une ville de pierre, puisque les carrières ne sont pas très loin de son agglomération. La pierre dominante, le calcaire de Comblanchien, avec sa couleur chaude, rosée ou jaunâtre avec ses caractéristiques « points de rouille », et sa bonne tenue pour les monuments (hôtel de ville, cathédrale Saint-Bénigne) et pour les façades des maisons anciennes et hôtels particuliers (rue des Forges, rue Jeannin, rue Berbisey), provient des carrières, désormais abandonnées, du voisinage immédiat : Plombières, Talant, le Belvédère du Lac.
Actuellement, seules les carrières situées au sud de Nuits-Saint-Georges font l'objet de l'exploitation du bassin carrier de Comblanchien : le rosé de Prémeaux, la pierre de Ladoix et surtout le comblanchien. Ce calcaire provient d'une boue de précipitation et d'un sable dont les grains sont des débris d'invertébrés et d'autres micro-organismes. Il s'est formé il y a 165 millions d'années environ, dans un immense lagon.

Le canal de Bourgogne

La Saône est connue pour son activité fluviale dès le IVe siècle av. J.-C. Les ports de Chalon-sur-Saône et Saint-Jean-de-Losne datent du IIIe et du Ier siècles av. J.-C.
Au Moyen Âge, la technique du flottage était largement utilisée et permettait le ravitaillement de la capitale en bois. Au XVIIe siècle, Colbert demande à Riquet, l'architecte du canal du Midi, d'étudier le ralliement de la Seine à la Saône, Riquet répondra que ce projet est irréaliste.

20 ans plus tard, Vauban reprend les études de tracé. Celui-ci est arrêté en 1727. Tout le monde croit alors à une réalisation rapide. Mais le chiffrage des travaux fait remettre à plus tard son exécution. Les administrations actuelles n'ont pas le triste privilège des caisses vides ! Le dossier est rouvert sous Louis XV, la réalisation est décidée... Les travaux commencent en 1775, mais le chantier est arrêté pour cause de Révolution. Le canal tombe dans l'oubli jusqu'en 1806, date à laquelle Napoléon fera aboutir le projet. Des travaux gigantesques sont entrepris afin de franchir le seuil de Bourgogne. Il ne faut pas moins de 6 réservoirs pour alimenter le canal à cet endroit. Pas moins de 11 écluses sont nécessaires sur un parcours de 3,2 km, une écluse tous les 300 m !

L'ouvrage d'art le plus important est certainement le passage en souterrain à Pouilly-en-Auxois. Il a fallu creuser sur une distance de 3,2 km. Les travaux ont duré 6 ans, de 1826 à 1832. Ce tunnel a été percé par des prisonniers dans d'épouvantables conditions de travail. On recherche encore un contremaître réputé pour sa violence : les mutins s'en sont débarrassés en l'emmurant !
Le souterrain ne comporte pas de chemin de halage. Au début, les mariniers faisaient avancer leur embarcation au moyen de perches. La traversée prenait de 8 à 10 heures. En 1867, on utilise un toueur à vapeur.

Quant au halage, il s'est longtemps effectué à col d'homme, on dit à la « bricole » du nom du harnais que l'homme portait. Le « radier » se tenait sur le bateau et le poussait dans l'axe du canal avec une perche. Travaux harassants. Le cheval vint ensuite remplacer l'homme qui avait jusqu'alors des conditions de vie peu enviables. Apparurent des relais de charretiers jalonnant le canal. L'arrivée de la vapeur, en 1873, se heurte à l'hostilité générale. La corporation du halage veut survivre. En 1918, on interdit le halage humain. Le tracteur à moteur arrive en 1923.

À cette époque, on prenait le temps de vivre. Les mariniers et les éclusiers échangeaient les nouvelles durant l'éclusage. On ouvrait des bouteilles, et on les vidait : on les éclusait.





 



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