Fondation
Deux villages de pêcheurs sont à l'origine de la ville : Berlin et Cölln,
habités depuis le XIIe siècle par la tribu slave des Wendes.
Les souverains de Brandebourg en font une cité importante, en particulier le
Grand Électeur qui offre, en 1685, l'asile à plus de 6 000 protestants
français. Leur influence sera prépondérante. En fait, après la guerre de Trente Ans
(1618-1648), il n'a guère le choix : la population, décimée, est inférieure
à 6 000 habitants.
Berlin impériale
Au début du XVIIIe siècle, le premier roi de Prusse, Frédéric Ier,
réunit les cinq communes de la ville et fait de Berlin sa résidence et la capitale
de la Prusse. La ville s’embellit rapidement avec la construction d’édifices
royaux comme Charlottenburg, l'arsenal ou le Palais royal.
Frédéric II
(1740-1786) poursuit cette frénésie des constructions en faisant édifier d’autres
fastueux monuments comme l’opéra, la bibliothèque royale, l’université ou encore
l’église catholique. La porte de Brandebourg est érigée peu de temps après sa
mort. En moins de cent cinquante ans, la population passe de 10 000 à 150 000 habitants.
À l’aube du XXe siècle, Berlin est l’une des plus belles et des plus rayonnantes
capitales d’Europe.
L’enfer nazi
Berlin devient capitale du Reich allemand sous Bismarck et compte déjà 2 millions
d'habitants en 1905. Par la suite, elle est proclamée capitale de la république
de Weimar.
Après la réforme territoriale de 1920, le « Grand Berlin »
voit le jour avec la fusion de ses arrondissements, des 7 villes environnantes
et des 59 villages. Les 860 km² et les 4 millions
d'habitants de la métropole en font ainsi la plus grande ville industrielle
du continent.
Sa célèbre université, les architectes du Bauhaus et le dramaturge
Bertolt Brecht participent alors à son rayonnement culturel, hélas interrompu
par la crise économique de 1929 qui fait plus de 600 000 chômeurs
à Berlin et qui favorise l'accession d'Adolf Hitler au pouvoir en 1933.
Après l'incendie du Reichstag qui lui fournit un prétexte pour éliminer les
communistes et les socialistes, la répression du chancelier nazi bat son plein :
arrestations en masse d'intellectuels et d'opposants, autodafé de 20 000 livres
sur l'ancienne Opernplatz (actuelle Babelplatz), « semaine sanglante de
Köpenick », incendie des synagogues, puis déportation et assassinat de
60 000 Berlinois d'origine juive.
La double ville
Après la Seconde Guerre mondiale, les bombardements des Alliés et la prise
de la ville par l'Armée Rouge, Berlin n'est plus que ruines : on évacue
jusqu’à 75 millions de m3 de décombres.
En juin 1945, l'ancienne
capitale devient le siège du Conseil de contrôle allié. On partage la ville
en quatre secteurs d'occupation : soviétique pour la zone orientale (près
de la moitié de la superficie totale), et à l’Ouest les zones d’occupations
américaine, française et britannique, qui ne tardent pas à se regrouper sous
une seule entité. On assiste alors à la création de deux villes distinctes appartenant
chacune à un bloc : Berlin-Ouest en République Fédérale d’Allemagne (RFA,
à l’Ouest), et Berlin-Est en République Démocratique d’Allemagne (RDA, à l’Est).
Des dissensions apparaissent vite : en 1948, les Soviétiques coupent
les voies d'accès à Berlin-Ouest. Les Américains organisent alors un pont aérien
qui permet de ravitailler la population pendant près d'un an. Les liaisons téléphoniques
entre les deux Berlin sont interrompues en 1952 par décision de l'Est.
Le Mur de Berlin
Un mouvement de mécontentement se propage dans toute la RDA. Il culmine en
juin 1953 et pousse les troupes soviétiques à intervenir pour rétablir
le calme. Des centaines de milliers d'Allemands de l'Est passent alors à l'Ouest,
fuyant le nouveau régime. Pour mettre fin à cette hémorragie, le Mur est érigé
en une nuit, entre le 12 et le 13 août 1961. Il coupe Berlin en deux et sépare
les deux Allemagne. Pendant près de trente ans, des centaines de personnes périront
en tentant de traverser le Mur afin de rejoindre l’autre bloc. Le Mur ne tombera
que le 9 novembre 1989.
Le retour des communistes
Alors que le spectre du communisme s'était pratiquement évanoui depuis la réunification, les électeurs ont voté en masse en janvier 2002 pour le PDS, l'héritier du SED de la RDA. Le choix des néocommunistes s'explique par la déroute financière de Berlin. Privée d'industries, largement subventionnée pendant la guerre froide, la ville n'a pas su gérer correctement son indépendance économique.
Avant d'être une capitale administrative, Berlin demeure une ville en même temps qu'un Land... ce que les électeurs ont confirmé en imposant 3 communistes parmi les 8 membres du Conseil. Un pied de nez historique prévisible.
Les élections régionales de septembre 2006 ont confirmé l'alliance du SPD et du PDS pour la législature 2006-2011.
Berlin aujourd'hui
Depuis la Chute du Mur de Berlin, les faits marquants sont sans conteste le
départ des forces militaires alliées le 8 septembre 1994, l'« emballage »
très symbolique du Reichstag par Christo en juillet 1995 et sa rénovation
achevée par la construction d'une coupole de verre. Ces trois événements ont
profondément modifié la perception que les Berlinois ont de leur ville.
Le transfert des institutions fédérales de Bonn à Berlin a suscité bien des
polémiques. Certains y voyaient un rapprochement trop fort vers l'Est. Pour
d’autre, Berlin évoquait la Prusse et son autoritarisme, la capitale du Reich
en 1871 et plus tard de la dictature nazie.
Le 24 juillet 2008, c'est à un air de déjà vu que se prête la capitale allemande. Comme Kennedy en juin 1963, le candidat à la présidence des États-Unis, Barack Obama, salue l'Europe depuis Berlin. Devant près de 220 000 personnes, il joue sur les symboles, parlant de renforcer la coopération transatlantique « dans l'esprit du pont aérien (de 1948) ». Le succès est immense !