Économie
La région possède sa logique : elle est géographique. Sous la traditionnelle appellation de monts d'Auvergne, elle groupe la plupart des massifs volcaniques de France. Dômes, Dores, Cézallier, Cantal, Aubrac, Velay, tous dépassent les 1 500 m. Bien qu'aucun n'atteigne les 2 000 m, cela suffit à produire des hivers « continentaux ».
Ceux qu'a frappés le succès de Bouygues ne s'étonneront pas de rencontrer l'industrie en Auvergne. Fort de 18 000 « Bib », Michelin règne sur Clermont-Ferrand qui, avec ses 141 000 habitants, pose à la métropole auvergnate. L'agro-alimentaire s'épanouit avec Limagrain (premier semencier d'Europe), Socopa Villefranche (premier congélateur français de viandes)...
Le commerce des eaux minérales (Volvic expédie chaque jour deux millions de bouteilles) a également suscité en Auvergne l'industrie pharmaceutique : Rhône-Poulenc, Roussel Uclaf, mais aussi, plus bizarrement, le centre de recherches de l'Américain Merck Sharp & Dom.
Autres chimies, celles du caoutchouc (Dunlop a suivi Michelin) et des matières plastiques se sont installées à Clermont-Ferrand, Montluçon, Le Puy, Thiers et Sainte-Sigolène, pôle français du polyéthylène. Dans leur ombre, une foule de PME se sont imposées avec des produits simples, d'excellente qualité (très auvergnat, cette modestie ambitieuse...) : Vial a réalisé les étriers du pont de Tancarville, Werck les freins de l'Airbus, Sacatec est leader en vessies hydrauliques, France-Lames est le numéro un mondial de l’arme blanche, Wichard excelle dans l’accastillage de plaisance marine, TLM conçoit des revêtements pour sols ultra-performants, etc. En 1999, le consortium américan-européen inaugurait la première liaison de téléphone par satellite ici même !
L'Allier : le Bourbonnais et les Combrailles
Trois grandes régions : autour de Moulins, les sablières des châtelains de la Sologne bourbonnaise ; à l'ombre de Montluçon, le bocage bourbonnais ; enfin les Combrailles qui, au sud, annoncent les molles ondulations du plateau creusois.
Quelques pôles industriels (Montluçon, Commentry, Saint-Éloy-les-Mines...) démentent la vocation agricole de ces pays transitoires, encore berrichons, mais qui, dès les gorges de la Sioule et la limagne de Vichy, s'inscrivent déjà dans l'Auvergne.
Le Puy-de-Dôme : la basse Auvergne
Son nom pesant cache un ensemble heurté. La forteresse volcanique (chaîne des puys, monts Dore et Cézallier) domine, de l'ouest, les coteaux féconds des Limagnes que bordent, à l'est, les vieilles tables granitiques du Forez et du Livradois.
Phare régional à tous les niveaux : tourisme (la chaîne des Puys), agriculture (les blés de Limagne), industrie (Clermont, mais aussi Thiers, Ambert, Issoire...), recherche (la fac de Clermont), etc., le Puy-de-Dôme a enfanté l'essentiel du gotha auvergnat.
Le Cantal : la haute Auvergne
En France métropolitaine, c'est le seul département qui soit un volcan : ses vallées en étoile ne communiquent entre elles qu'au sommet - ruiné - du volcan. Il y a plus pratique ! Splendidement isolée, cette région d'élevage concentre tous les clichés du pittoresque auvergnat : alpages moelleux, paysages à couper le souffle, villages hors du temps...
Le charme n'en est pas moins présent dans ses appendices : le Cézallier, l'Artense et l'Aubrac, hauts pâturages volcaniques d'une indicible mélancolie ; ou encore les plateaux perdus de la Châtaigneraie (sud-ouest) et de la Margeride (l'ancien Gévaudan, à cheval sur le Cantal, la Haute-Loire et la Lozère).
La Haute-Loire : le Velay
Un bouclier volcanique strié de rivières (l'Allier, la Loire...) s'encastre entre les vieux plateaux de la Margeride (ouest), du Forez et du Livradois (nord) et le mont Mézenc (sud-est). Ancienne terre à froment passée à l'élevage, le Velay a hérité de la proximité de Lyon un esprit à part, ouvert et entreprenant, qui s'épanouit dans des petits bassins d'activité : Brioude, Yssingeaux, Sainte-Sigolène...
Ultra-catholique (Le Puy célèbre pieusement Marie), la Haute-Loire a aussi produit des rebelles, comme Jules Vallès, et des francs-maçons, comme Jules Romains. Notez que Le Chambon-sur-Lignon, fief d'un fameux maquis, est un îlot protestant.
Merveilles de l’Auvergne
- Le parapluie : les Arvernes craignaient que le ciel ne leur tombât sur la tête. C'est excusable, car ils affrontent une hygrométrie abondante : leurs montagnes sont les premières à barrer la route aux nuages atlantiques. D'où le parapluie d'Aurillac. Emmanché de houx ou d'alisier, déployant d'immenses baleines où l'on se blottissait à trois ou quatre, le parapluie - comme son cousin le chapeau - enlumina la légende de l'Auvergnat, en lui conférant une troisième jambe. « Quand il fait beau, disait le dicton, prends ton parapluie ; quand il pleut, prends-le si tu en as envie. » Après les années 70, où Aurillac produisait plus d'un million de parapluies par an, on dut ferrailler contre une pluie de pépins cheap venue d'Extrême-Orient. Les trois entreprises rescapées se sont associées.
- Le buron : droit sortis de l'âge de pierre, ces refuges à demi enterrés, coiffés de mottes de gazon, ont été semés sur tous les alpages du Cantal. Du mois de mai jusqu'à la mi-octobre, ils abritaient les « buronniers » (traduisez : garçons-vachers) des intempéries de la haute montagne. Quelle époque ! Les vaches pâturaient tout le jour à portée de cloches, on les trayait matin et soir, lorsqu'elles quittaient ou regagnaient l'enclos. Nourri de « trempes » de pain dans du lait caillé, le buronnier s'occupait aussi du fromage, qu'il pressait et affinait dans sa propre cave. Faut-il vraiment regretter que les clôtures aient démodé cet univers de dur labeur ? À peine si, dans le Cantal, subsistent deux ou trois burons actifs - desservis par 4x4...
- Le vert : en Auvergne, la chlorophylle s'emballe. Le sol, généralement peu propice aux cultures nobles, fait des étincelles avec la végétation rustique : les arbres et l'herbe. Il faut voir les pâturages de l'Aubrac et du Cézallier galoper à perte de vue, comme un altiplano vert plomb râclé par les nuages. Y a-t-il plus vert que le duvet des monts du Cantal, que les alpages du Sancy, que les sapinières des Dômes ? Il en résulte une ivresse aérienne qui chahute les perspectives : la moindre butte prend alors des dimensions d'Annapurna.
- L'économe : c'est le vrai nom du couteau-éplucheur, tombé depuis dans le domaine public. Et il est auvergnat... Il n'y a qu'à voir comment sa double lame rase au plus près la peau des légumes. Inventé en 1927 par un fabricant de sabres de Thiers, la ville du couteau (on y fabriqua longtemps les Laguiole).
- La salers : sans doute la plus belle vache du monde, avec ses yeux de star, sa robe frisée rouge sombre et ses vastes cornes en lyre. Trapue, mais charmeuse, cette montagnarde est aussi bonne à boire qu'à manger : viande très fine, merveilleux fromages... D'ascendance indigène, elle est la déesse du Cantal, où elle cohabite avec l'aubrac, sa cousine, et quelques montbéliardes et Prim'holstein. Mieux : la salers a su faire son trou au Texas, en Argentine, au Portugal...
- Le puy de Dôme : ce haut chapeau melon coiffé d'une plume (l'antenne de télévision) a donné son nom au département et il en reste le symbole. L'imagerie populaire aime à représenter Vercingétorix tout là-haut, avec son casque à cornes d'auroch et ses caleçons du docteur Rasurel. « Conquis » au XVIIIe siècle, après mille frayeurs, par un abbé alpiniste, il le sera une nouvelle fois par la voie des airs en 1911, à l'occasion d'un prix Michelin de 100 000 francs or. Un jour, des plaisantins mirent le feu au sommet pour faire croire aux Clermontois qu'une éruption pointait. Rassurés, ces derniers s'en servent comme baromètre : si le puy met son chapeau, le mauvais temps est à prévoir.
Volcans
Un volcan, c'est un sanguin : il crache, il pétarade. Dans le Puy-de-Dôme, c'est un chapeau mou. Des volcans à la retraite, il y en a d'autres en France (le Cap d'Agde, la Bourgogne, le Vivarais...), en Allemagne (le Vogelsberg...). Mais ceux d'Auvergne ont un plus : ils se suivent à la queue leu leu, du nord au sud. Avec les vaches, c'est la seule surpopulation recensée ici.
En Auvergne, deux hypothèses ne sont pas de trop : avec plus de 200 volcans, on ne sait plus où poser le pied. La grand-place de Clermont-Ferrand est un volcan. Tout comme la butte de Gergovie, où Vercingétorix culbuta César. C'est sur un volcan - le puy de Dôme - que Pascal testa la pesanteur de l'air. Le lac Pavin, tellement épouvantable (c'est le sens de pavens) que les Anciens y voyaient la porte des Enfers, est un simple cratère. Qui croirait que les paisibles Bourboule et Mont-Dore ont sué la lave pendant leur jeunesse ? Le Velay, le Devès, l'Aubrac, le Cézallier ? Volcans que tous ceux-là. Quant au Cantal, plantureuse montagne à vaches traversée d'eaux vives, c'est le plus gros volcan d'Europe : un diplodocus vaste comme un département.
Aujourd'hui, les Vésuves auvergnats produisent de l'eau minérale et de l'herbe à fromages. Des dalles bien octogonales capables de tisser des toits très hermétiques. Et des laves noires qui confèrent aux villes un ténébreux mystère. L'étrangeté des paysages tient des cratères et des cônes, mais aussi des aiguilles (Le Puy-en-Velay, puy Griou...), des dômes, des boucliers géants, des crocs, et toute une végétation pétrifiée d'orgues noires...
La dernière éruption s'est déroulée il y a 6 000 ans. Autant dire hier, puisque voilà 65 millions d'années que ça dure. Débutant en Limagne, le volcanisme auvergnat s'est propagé dans le Velay, et surtout dans le Cantal où s'édifie, en sept millions d'années, le plus puissant volcan du continent.
Que d’eau, que d’eaux !
Apportez votre jerrican : l'Auvergne réunit plus du tiers des sources françaises. Souvent nées par condensation de vapeurs volcaniques, elles montent par des fissures, se chargeant au passage de sels minéraux et de gaz carbonique, pour jaillir à haut degré : 82 °C à Chaudes-Aigues, 60 °C à La Bourboule...
Les Romains connaissaient : ils venaient d'un pays volcanique. Au Moyen Âge, on oublia. Puis la marquise de Sévigné vint à Vichy soigner ses rhumatismes. Et 1850 mit les thermes à la mode. C'est par esprit mondain qu'on venait « prendre les eaux ”, en même temps que le bon air. À chacun les siennes. Le Livre d'or thermal croule de noms : Maupassant, Flaubert, Zola, Fauré, Debussy, Manet, etc.
Ces mondanités s'estompent après-guerre et les bobos s'immatriculent à la Sécu - qui a d’ailleurs freiné ces cures, longues et somptuaires - mais qui continue de soigner 100 000 patients par an dans les 5 principales stations, qui se sont presque toutes reconverties dans la remise en forme.