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Culture et traditions Alsace

Habitat

Les maisons de plaine, aux toits interminables cuirassés de tuiles en « queue de castor », charpentent leurs torchis par d'étranges assemblages de poutres. Insoupçonnable de l’extérieur, une vaste cour intérieure joue les places publiques domestiques, avec ses hangars, granges, étables et quelques pièces spécifiques comme le fumoir à viande, la distillerie, la cave à vin ou la cave à pommes de terre... Au rez-de-chaussée, la Stub, salle commune chauffée par un grand poêle en faïence, concentre l’activité sociale
Cloîtrés dans leurs remparts, les villages viticoles, eux, sont des villes en miniature qui cultivent la prospérité depuis le XVIe siècle. Les blasons à grappe et serpette affichent fièrement la corporation du propriétaire auteur des plus beaux bâtiments de la ville. Les loggias, fenêtres à meneaux, portes sculptées dans du grès rose, l’enduit ocre ou blanc, proclament qu’on est chez un notable. Plus tard, les toits adopteront un style Régence. Devant tant d'opulence débridée, la maison vosgienne joue les Cendrillon. Austère et trapue, adossée à un pan de roche, ses moellons recouverts d'enduit ont pour seul colifichet le linteau de la porte cochère. Le hêtre charpente, le chêne meuble.

Religion

Rendez à Dieu…

L'Alsace est un pays de petits saints. En gros, les protestants sont au nord, les catholiques au sud. Ceux qui sont au milieu font comme ils peuvent... On cite Sainte-Marie-aux-Mines, pour moitié catholique et francophone, pour l'autre protestante et alsaco. Mais chaque village dispose ses quartiers par religion.

Le Concordat conclu en 1801 entre Napoléon et Pie VII

Les prélats sont rétribués par l'État. La France a supprimé le Concordat en 1905, lors de la séparation de l'Église et de l'État. Mais comme l'Alsace, à l'époque, était aux mains des Allemands, le Concordat y est resté... Curés, pasteurs et rabbins sont donc rémunérés par l'État. Idem leurs lieux de culte, sauf ceux bâtis après 1919, et qui sont en fait nombreux...

La soupe aux langues

En Alsace, on parle encore l'alsacien. Né par fusion des idiomes alaman et franc il cousine avec l'alémanique suisse. Si Louis XIV s'en accommoda, les Jacobins - centralisme oblige - l'ont combattu. Napoléon s'en fichait : « Qu'importe s'ils parlent l'allemand », disait-il de ses généraux, « pourvu qu'ils sabrent à la française. »
Les Alsaciens se réjouiront-ils, après 1870, des retrouvailles avec l'allemand ? Non, ils se démarquent en revigorant le dialecte. La nazification tentera la table rase. On proscrit les prénoms français.
En 1945, les Alsaciens délaissent le dialecte. C’est un miracle qu’on le parle encore. Il arrive même qu’on s’emmêle dans les langues : une phrase commencée en dialecte est conclue en français. Il y a aussi la fonction paravent. Secret, l’Alsacien se réfugie derrière le dialecte en présence de Français, mais parle le français devant des Allemands.

Figures célèbres

- Hans Arp : l'un des plus grands sculpteurs du XXe siècle, mais aussi un poète qui trouva dans les Vosges l'inspiration de ses derniers instants.
- Bartholdi : le Colmarien Frédéric-Auguste Bartholdi (1834-1904) reste l'Alsacien le plus célèbre aux États-Unis car il est le créateur (avec l'ingénieur Gustave Eiffel) de la fameuse statue de la Liberté.
- Alfred Dreyfus : patriote francophile, né à Mulhouse, le capitaine Dreyfus a le tort d'être juif. Accusé d'espionnage, expédié au bagne et réhabilité douze ans plus tard.
- Jacob Amman : fondateur du mouvement amish, une minorité religieuse puritaine.
- Goethe : Goethe, ce n’est pas seulement Weimar. À 21 ans, il fait le potache à Strasbourg. Il flashe surtout sur la cathédrale, où il voit l’exemple le plus achevé du « génie allemand » ! Ce chaud lapin prend le temps de draguer la fille d’un pasteur. Cela fait, il plante les études et la chérie.
- Gutenberg : né à Mayence et exilé à Strasbourg, il crée 25 caractères en plomb et une presse. Mais ces « fantaisies » le mettent sur la paille. Saisi, il retourne à Mayence et commence à publier là-bas. Les créanciers allemands ne sont pas plus tendres. Ils saisissent la presse et publient, à leur compte, la fameuse bible dite à 42 lignes.
- Rouget de Lisle : en 1792, il passe la nuit à son piano et compose... La Strasbourgeoise. Repris par les volontaires de Marseille, « Allons enfants » devient La Marseillaise.
- Sainte Odile : patronne de l'Alsace.
- Victor Schœlcher : né en 1804, promu aux Colonies après la révolution de 1848, il fait abolir l'esclavage le 18 avril. Il luttera pour l'émancipation des femmes et l'abolition de la peine de mort. Ses cendres sont au Panthéon.
- Albert Schweitzer : prix Nobel de la paix.
- Tomi Ungerer : dessinateur colmarien. L’album L'Alsace en torts et de travers, est à lui seul tout un programme.
- Louise Weiss : elle travailla après 1918 avec Aristide Briand et milita dans l'entre-deux-guerres pour le vote des femmes. Elle fut élue en 1979 au Parlement européen - dont elle devint la doyenne.

Bonnes feuilles

C'est un Alsacien, Gottfried de Strasbourg, qui donnera au monde la parabole de l'amour ultime : Tristan et Isolde. Au Moyen Âge, Strasbourg est le rendez-vous des grosses têtes : Maître Eckart, Albert le Grand, Jean Tauler, bref, la crème des théologiens et des mystiques. Au XVIe siècle, ils sont toujours là, mais beaucoup - Sturm, Martin Bucer, Geiler de Kaysersberg, Jean Fischart.. -  sont passés à la Réforme. Au XVIIIe siècle, la relative liberté qui règne en Alsace attire Voltaire. Et c'est en face, à Kehl, que Beaumarchais publie ses œuvres interdites en France.
La faculté de Strasbourg a de l'éclat. Anciens élèves : Metternich, Bonaparte, et Goethe lui-même. En fait, pas de romantique qui n'ait fourré ses guêtres en Alsace, qu'il soit français (Hugo - lire Le Rhin -, Musset, Lamartine, Vigny, Mérimée, Dumas, Nerval, Delacroix, Gautier, Balzac, Michelet, Taine, Stendhal...) ou germanique (Arnim, Brentano...).
Devenue allemande, la ville inspirera plus tard Nietzsche et l'étudiant Georg Büchner, futur auteur de Woyzeck. À nouveau française, elle est chantée par Claudel, décrite par Hemingway, Mac Orlan, Elias Canetti et Marek Halter.





 



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