Comme le dit le proverbe local, « Manger et boire réunit le corps et l'âme... ». Les cartes
de restaurant dévoilent un univers à part entière : poussin de la Wantzenau,
coq au riesling, tourte au munster, carpe à la bière... Le baeckeoffe :
cocktail de trois viandes au vin blanc mijotées avec des légumes. Les potages - aux
noques (quenelles), aux grenouilles, aux quenelles de moelle (markknepfle)...
-, les charcuteries accompagnées de pommes de terre, les spätzle (nouilles
rustiques façonnées avec de la farine, de la crème et des œufs, pochées et servies
poêlées au beurre) et les dampfnudeln (sorte de beignets cuits à la vapeur
d'eau), tarte ou gâteau à l'oignon. Sans oublier, le week-end, la flammekueche, fine pâte garnie de crème fraîche, de lardons et d'oignons - la pizza alsacienne.
Chaque fête a son plat : oie rôtie pour la Saint-Martin, soupe aux cerises à
Noël...
- La choucroute : c’est la sauerkraut, le « chou aigre » des Allemands. Jusque vers 1900, chaque Alsacien eut à cœur de confectionner sa choucroute. Aujourd’hui, il y a 35 choucrouteries en Alsace, et les puristes s’indignent : elles utilisent du chou hollandais au lieu du royal « quintal d’Alsace ».
- La charcuterie : il y a 200 façons de manger du cochon froid. Les
charcutiers sont des artistes. La saucisse de Strasbourg, la vraie : le knack,
tartine de saucisse de foie (leberwurst). Quant aux saucissons ! À la
bière (bierwurst), ou pistachés, ou noirs (schwarzwurst), ou au
sang (blutwurst), ou au jambon (schinkenwurs), ou encore géants,
avec de grands morceaux de langue (zungenwurst) pris dans une farce noire.
Ajoutez-y la ribambelle des galantines, des charcuteries fumées (palette, schieffele, bacon, gendarmes, filet de porc...), sans oublier la ronde des hures, où
trône le fameux presskopf (« tête pressée »), vedette des winstubs,
dégusté en vinaigrette.
- Le foie gras : celui-là aussi est du cru, il fallait bien un bijou
pour couronner la pyramide des charcuteries. Mais les Alsaciens, fous de pâtés
en croûte, l'ont cuirassé de pâte.
- Le pain : chaque jour a son pain : au pavot, au cumin, aux noix,
au seigle, au lard, au sésame, aux raisins, aux olives... On est déjà en Europe centrale. Notez que, par une
bizarrerie de la tradition, le pain n'est jamais cuit la nuit du samedi. Si
vous pique-niquez dans les Vosges un dimanche matin, fournissez-vous dans le
département voisin (sauf si vous y allez en saison touristique).
- Le bretzel : biscuit croquant à base de pâte pochée à l'eau et parsemé de gros sel.
- Le gibier : les Vosges sont une des régions les plus giboyeuses
de France. Elles inspirent mille et une recettes : faisan à la choucroute, perdreau
aux choux, chevreuil aux fruits, marcassin aux cerises, civet de lièvre aux
spaëtzle...
- Le poisson : saumon du Rhin (raréfié par la pollution), truites (au bleu, aux amandes
ou farcies), et brochet (au pinot rouge ou au riesling). Quant à la carpe frite, elle est
si populaire dans le Sundgau que la région lui a dédié une route. Pour finir,
dans le Ried, ne pas manquer la matelote, une succulente bouillabaisse de poissons
de rivière. Pour le mercredi, il y a encore le sandre qui rejoint parfaitement la choucroute de poissons.
- Le Melfor : condiment aromatisé au miel et à l'infusion de plantes, utilisé dans toutes les salades alsaciennes.
- Le fromage : le munster est né à Munster (« le Monastère »). En
Lorraine, il s'appelle géromé (de Gérardmer).
- Le kouglof : le nom est une contraction de kougelhopf, « la boule ». Marie-Antoinette a patronné la diffusion de cette brioche à la levure de bière, farcie de fruits secs,
orgueil des mères de famille alsaciennes. Existe aussi avec lard et noix, pour
caler les dégustations de vins.
- Les gâteaux : les intérieurs alsaciens sont une mine de tartes (myrtilles,
rhubarbe, prunes...), beignets (fleurs de sureau, acacia...), petits pains (bredele) farcis de mille friandises, soufflés, crêpes, macarons à l'anis... L'Autriche
a suscité les strudels, les krapfen et le délicieux bettelmann
(« mendiant »), un petit pain perdu aux fruits. Le pays de Bade a donné
le gâteau de Forêt-Noire. De plus, chaque fête y va de sa douceur : osterfladen
(flan aux œufs) à Pâques, le berawecka tout l'hiver (petit pain aux
poires lardé de fruits secs). Il faut respirer, avant Noël, les parfums d'anis
et d'épices qui imprègnent chaque maison d'Alsace pour la fabrication des christstolles
(pain aux fruits en forme de baigneur) ou, en terre protestante, des pains
d'épice à l'effigie de saint Nicolas.
Vins et alcools
Les vins
Le riesling (sec, fin, élégant), le muscat
(léger, fruité), le tokay (rebaptisé pinot gris) et le gewurztraminer
(excessivement parfumé et corsé). Mais les « petits » cépages ont leur intérêt
: le pinot blanc (souple, fruité) s'arroge 21 % du vignoble, le pinot
noir sert aux vins rouges et aux rosés friands, le chasselas est bien
facile à boire. Quant au sylvaner, « vin de soif » qui incarna longtemps
l'Alsace, le laxisme qu'il avait favorisé le fit (par réaction) chasser de ses
meilleurs terroirs.
Les vins moelleux sont une autre spécialité alsacienne,
sans doute inscrite dans le goût local. Inoubliable impression de croquer le
raisin : on ne regrette pas les grands sauternes, même - et surtout - sur le
foie gras. Chères aussi, les « sélections de grains nobles », qui - à 15,2° et 16,6° - tiennent le dessus du panier. Les ascètes aspirant au
nirvana attendront vingt ans pour les boire. Des viticulteurs attendent l'hiver
pour récolter leurs raisins gelés, produisant ainsi un curieux « vin de glace ». D'autres les laissent sécher pour obtenir - comme en Arbois - un « vin de
paille » au goût de noix. On vous souhaite enfin de goûter, en novembre, le
vin nouveau de la Saint-Martin (Neier Siasser). Ce breuvage trouble et
sucré, que versent à flots les pichets des winstubs strasbourgeoises,
est un rescapé des plus lointaines traditions d'Alsace.
Les bières
Avec 12 millions d'hectolitres, la province est la première
productrice de la nation. Il ne reste plus aujourd'hui que six brasseries
industrielles, dont deux seulement n'appartiennent pas à un groupe étranger…
Heineken possède Fischer et a racheté l'Espérance (la marque a disparu) ; même
Kronenbourg est passé récemment dans le giron d'un grand groupe agroalimentaire.
Les bières des grandes brasseries alsaciennes (Meteor, Schutzenberger, Fischer…), sont à la base des blondes légères de type Pils,
moins houblonnées que les allemandes.
Aujoud'hui, l'éventail s'ouvre : ale,
rousses, bières de mars ou de Noël et toute une gamme de bières aromatisées
(à la tequila, au rhum), etc. Mais si les Alsator, Bière de Colmar et autre
Tigre-Bock de la brasserie Hatt ont disparu, englouties par la concentration,
de nouvelles petites marques (ici comme un peu partout en France) apparaissent.
De vraies bières de tradition, artisanales, non pasteurisées (goûtez, vous comprendrez),
brassées dans de petites structures (six micro-brasseries en Alsace).
Les alcools
Pour réchauffer leurs hivers, les Alsaciens (et les
Lorrains) distillent les Vosges. En commençant par les coteaux : les meilleures
cerises à kirsch se balancent au-dessus de Strasbourg et de Ribeauvillé. Récentes,
mais craquantes : les eaux-de-vie de mirabelle, mûre, fraise, coing, poire williams
(rouge !), cannelle, cassis, reine-claude, quetsche, myrtille, pêche, abricot,
et surtout framboise ou prunelle... Celles de Villé sont fameuses.
À l'ombre
de quelques maisons géantes, les petits bouilleurs de cru - ce peut être le
facteur ou l'instituteur - continuent de distiller les vergers privés. Chères
et rares : les eaux-de-vie de sorbier, d'alisier, d'acacia, de gratte-cul, de
cumin, de baies de houx, de bourgeon de sapin noir et même de truffes !