Culture et traditions Alpes

Le baroque savoyard

Le baroque est la forme d’art religieux à laquelle il vous sera impossible d’échapper en Tarentaise, en Maurienne ou dans le val Montjoie (les exemples se font rares dans les plaines, plus éloignées des cols donc de l’influence italienne) en suivant, par exemple, les « chemins du Baroque » en Savoie ou le « sentier du Baroque » en Haute-Savoie.
Parce qu’il existe, typiquement, un style baroque montagnard sinon savoyard. Un style né de la conjonction de plusieurs facteurs.
Religieux d’abord : l’art baroque, né à Rome au XVIe siècle, est, depuis le concile de Trente, le symbole de la Contre-Réforme et ne pouvait donc que s’épanouir dans cette Savoie posée aux portes d’une Genève toute entière acquise au protestantisme. Il s’agit pour l’église catholique d’en rajouter une couche en réaction à l’austérité prônée par la religion réformée.
Socio-économique ensuite, la Savoie connaît en ce XVIIe siècle, une prospérité nouvelle et une démographie presque galopante. Et la Savoie est riche d’artisans.
Si, en Italie ou dans le comté de Nice, le baroque s’affirme dès la rue, en Savoie, les églises se font discrètes à l’extérieur, à l’exception du val Montjoie où se dévoilent quelques façades peintes en trompe l’œil. Tout se passe à l’intérieur de ces églises presque toutes bâties sur le même plan (celui des églises halles, sans bas-côtés).
Un intérieur, lui aussi d’une évidente simplicité, parce qu’il faut que le regard du fidèle soit comme aspiré par l’essentiel ornement de l’église : le retable qui occupe tout le fond du chœur, derrière l’autel.

Émigration

Plutôt que d'hiberner cinq mois d'hiver dans le gel et la solitude, les Savoyards ont longtemps employé leurs bras en plaine, comme cochers, chauffeurs de taxi, petits ramoneurs (pour les doués de l'escalade), porteurs d'eau, déménageurs, forts des Halles ou montreurs de marmotte, avant de revenir au printemps pour les foins. Préférant l'expatriation totale, d'autres ont laissé des descendants à Genève, à Vienne, à New York... Au XIXe siècle, on vit même un village entier émigrer en Argentine.

Langue régionale

En 1902, dans le volume « Haute-Savoie » de la célèbre collection des guides régionaux Boule, Joseph Désormaux (grand dialectologue savoisien) écrivait : « En Savoie, on parle français. » Pas tant que ça finalement, puisque, à l'époque, bon nombre de personnes s'imaginaient qu'avant l'annexion de la France, en 1860, l'italien était le langage usuel. Oui, on y parle bien le français, même si la Savoie vit actuellement les dernières décennies d'un bilinguisme pluriséculaire entre le patois et la langue de Molière.
Pas besoin de laisser longtemps traîner l'oreille pour dénicher quelques notes de ce particularisme régional. Pourquoi cet accent quelque peu traînant, presque suisse, d'où cette inversion des mots, des genres, pourquoi cette altération de certaines finales (Chamonix se prononce « Chamoni », La Clusaz, « La Cluz »...) ?
Le patois savoyard n'est ni d'oïl ni d'oc, il appartient à la famille du franco-provençal. Il s'agit là d'une langue à part entière restée langue de référence pour la majeure partie de la population jusqu'au XXe siècle, et pourtant méconnue.
Le franco-provençal est présent dans toute la Suisse romande, la vallée d'Aoste, trois vallées piémontaises, la Bresse, le Bugey, le Forez, la moitié du Dauphiné jusqu'à Lyon... Le franco-provençal n'a jamais été la langue d'un État et a souffert de l'éparpillement des divers dialectes, non écrits, dont les différences de vocabulaire et de prononciation limitaient parfois l'intercommunication.
Comme tout dialecte minoritaire, le patois savoyard devrait être amené à disparaître, mais pendant encore 20 ans au moins, le curieux devrait pouvoir entendre chanter le petit savoyard dans les réunions familiales ou les veillées récréatives. D'autant plus que le conseil régional de Rhône-Alpes a approuvé en juillet 2009 un rapport qui préconise de « reconnaître, valoriser et promouvoir l'occitan et le franco-provençal ».
Un dernier conseil : les montagnards sont fiers de leur idiome « savoisien » - savoyard est devenu politiquement incorrect.


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