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Les multiples facettes de la côte ouest française

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Chloe-Iche
Le 30 octobre 2017

Donc là, je vous préviens, on s'attaque à un pavé!!!
Quelques chiffres pour commencer: 23 jours, 1 voiture, 2 amoureux, 4 régions dont 12 départements eux-mêmes bordés par plus de 13 côtes!
Les multiples facettes de la côte ouest française - Chloe-Iche
J'espère que vous avez envie d'en prendre plein les mirettes...
Du 43°N au 49°N, de Saint-Sébastien en Espagne jusqu'à Bricqueville-sur-mer en France, je peux vous dire qu'on en a vécu des choses: des rencontres fascinantes, une nature époustouflante et essoufflante, de la culture historique et culinaire et même quelques imprévus.
"All on boaaard!" je vous emmène dans le labyrinthe de mes souvenirs...
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Jour 1: Cette formidable histoire commence un début d'après-midi près de Bordeaux, plus précisément lorsque mon cher et tendre vient me chercher à la sortie d'un stage passé à la Fargues-Saint-Hilaire. Selon notre feuille de route nous devrions aller en direction de la Dune du Pilat, cependant (oui, oui, le premier détour arrive vite!) Chat, sur la route pour venir me chercher, a eu l'envie de traverser les différents vignobles qui environnent le coin. Souple, je dit ok (après tout un bon road trip n'est pas un bon road trip s'il n'y a pas de détours!). Nous voici donc roulant au milieu de vignes connues. On se laisse facilement glisser dans l'ambiance grands crus: Margaux, Pauillac, Saint-Estèphe et dans celle de toutes les demeures majestueuses devant lesquelles nous passons sans s'arrêter... On ira se dégourdir les jambes à la Pointe de grave en regardant l'incessant va et vient des bateaux de plaisance, en compagnie de quelques pêcheurs. Puis nous reprendrons la voiture pour rallier notre premier point de chute juste avant le couché de soleil pour avoir le temps de crapahuter sur la plus grande dune d'Europe afin d'observer le disque solaire mourir dans l'horizon.
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Le jour suivant nous longerons la côte d'argent au milieu de la forêt de pins landais. Le matin nous faisons un premier arrêt en bord de mer à Biscarrosse-plage, à "la siesta", pour un petit café coup de fouet/coup de vent, puis ferons le marché très vivant de Parentis-en-Born où nous ferons le plein d'abricots (Il n'y a rien à dire, ici ils sont quand même bien meilleurs que ceux consommés dans la région parisienne!). Ensuite nous traversons quelques petits villages qui ont le plus souvent une église à l'architecture extérieure remarquablement charmante... Le midi nous nous arrêtons à Saint Girons plage pour un pique-nique et ma première baignade dans une eau houleuse et fraîche. L'après midi on ira jusqu'à Seignosse pour y voir notre premier fronton de pelote basque puis son étang noir, pour une jolie promenade sur le circuit en bois qui serpente juste au dessus d'un beau milieu humide. En soirée nous allons faire la fête à Bayonne, c'est le dernier jour, il est tard, nous ne verrons pas l'effervescence des taureaux, mais je danserai un madison sur la place de la liberté sous le regard bienveillant du Roi Léon avant d'aller manger une belle entrecôte sur un quai. Bien entendu nous sommes habillés aux couleurs traditionnelles et on a même acheté nos foulard rouges...
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On se réveillera le matin suivant à Biarritz: une petite balade sur les chemins de la forme en bord d'océan avant d'aller prendre un café près de l'église Sainte Eugénie que nous irons visiter ensuite, puis direction la mairie pour demander quelques informations utiles (localisation des laveries et fontaines d'eau potable de la ville), la personne qui nous renseignera le fera avec beaucoup de sympathie, c'est tellement plus heureux comme ça! Dans le hall nous en profitons pour récolter quelques prospectus à touriste et déciderons de nous rendre à Espelette. Village réputé pour son piment, on y trouve d'ailleurs des boutiques qui en vendent à peu près tous les deux mètres dans le centre ville. Mais le plus surprenant se trouve un peu plus loin, autour de la petite église Saint-Etienne: de jolies stèles discoïdales gravées qui appartiennent à d'autres siècles, et sont typiques de la région basque!
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Nous reprenons la route à la recherche d'Itxassou, petit village réputé pour son jambon: le Kintao (jambon caractéristique fabriqué avec du porc pie noir)... On a beaucoup circulé avant de se dire qu'on n'arriverait pas à en trouver, mais toutes ces petites routes féeriques, surtout celle qui va et sort du Pas de Roland, méritent franchement de se perdre dans ce dédale de chemins aux allures profondément basques.

On passera la soirée à guetter les étoiles filantes sur l'une des plages de Guéthary... Je vais être honnête, cette plage (Cénitz) n'était certainement pas la meilleure de la ville. L'air y sent tellement mauvais que ça m'en a donné des maux de tête! Et pour cause... Nous avions le nez dessus. Nous ne savions pas vraiment où on était. Il faisait bien nuit quand nous nous y sommes arrêtés. C'est le matin que ça nous a sauté aux yeux: nous étions aux portes du Syndicat Intercommunal pour l'Elimination des Déchets de la côte basque sud, d'où l'odeur de déchets en décomposition... Ce matin nous irons donc se mettre des odeurs de café et de croissants dans les narines avant d'aller se les aérer le long du très petit port hyper mignon de Guéthary.
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On retourne à Biarritz pour prendre une douche sur la plage et aller trouver une balade à faire à l'office de tourisme. Mais avant on ira flâner au port des pêcheurs où je discuterais avec un ancien à propos d'une très vieille tradition qui entoure une petite croix, faite de fleurs d'immortelles, accrochée sur certaines crampottes (maisons de pêcheurs), et bien évidemment nous crapahuterons jusqu'au Rocher de la Vierge. Franchement, toutes les vues de Biarritz depuis le bord de l'océan sont formidables... Toutes!


L'antique GPS de mon compagnon nous mènera ensuite aux Gorges de Kakuetta, sur la commune de Sainte Engrâce, plus loin dans les terres montagneuses, en passant par de minuscules routes qui se mutent parfois en chemin, sur lesquelles nous verrons vautours, vaches, moutons (de très très près!) et pottoks (race de poney Basque, "petit cheval" en français dans le texte, dite race primitive et ici à l'état sauvage). Route D117, Wow!
Les Gorges de Kakuetta sont tout aussi Wow! Il y a quelques autres curieux, mais j'ai l'impression que partout où l'on va en France il y a toujours "quelques autres curieux". Ca n'enlève rien au régale de se balader dans ce milieux minéral, végétal et aquatique de 2km où l'on peut profiter des canyons, grottes et cascades qui s'enchaînent dans une danse à vous couper le souffle de beauté! Une contribution pour entretien est demandée au début du chemin...
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En route pour rallier la côte nous feront un arrêt forcé à Saint-Jean-Pied-de-Port, la voiture nous a lâché, l'embrayage est foutu! On demandera à Titine de forcer un peu pour nous emmener sur le parking d'un garage du coin sur lequel nous passerons la nuit...
Sympathique, la gérante va nous prêter une voiture de courtoisie avec laquelle nous ferons plus de 700km qui n'apparaîtrons pas sur la facture finale, et pour cause: ils nous ont gardé la nôtre durant 7jours! Mais bref, en attendant, ça nous a donné l'occasion de faire plein d'autres choses.  On a flâné à travers la ville toute de grès rose vêtue, minéral chaleureux. Cette citée est médiévale et est aussi l'une des étapes phare du chemin de Saint Jacques de Compostelle. Son histoire y est racontée aux grés des panneaux indicatifs égrainés ici et là au sein des remparts. On s'arrête pique niquer au bord du court d'eau de la Nive de Béhérobie et on en profite pour revoir notre feuille de route, voir ce qui est possible de faire et ce qui ne l'est plus du fait de notre relative immobilisation. On fini par se dire qu'on verra plus tard puisqu'on ne sait pas encore combien de temps nous allons rester "coincé" dans la région.
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On décide par la suite de se rendre à Saint Jean de Luz, il est encore tôt dans l'après-midi quand on arrive. On va donc s'émerveiller sur le sentier aménagé du littoral. Ensuite nous repasserons par le bord de mer pour rejoindre mon cousin au bar éphémère "Chez Renaud", très "hype parisien" l'ambiance est sûrement influencée par le côté conceptuel du lieu. En chemin on se fera inviter de manière très impromptue à venir découvrir un petit aperçu de la gastronomie basque (sur un simple "bon apéro!" lancé à un groupe de personnes rassemblés autour d'une table de ping pong sur laquelle il y avait quelques mets). En discutant on s'aperçoit qu'il s'agit d'un groupe de Basques pur souche, adhérents du club de ceux qui se baignent tous les jours de l'année, été comme hiver. Ils nous offrent un rapide condensé de l'histoire de l'architecture basque et en particulier celle du bord d'océan de cette ville. Il paraît qu'ici, dans le temps, s'étendaient pléthore de maisons de pêcheurs appartenant aux vieux loups de mer du golf de Gascogne qui avaient mis des années et toute leur énergie pour construire leurs "cabanes". Mais à l'arrivée de riches promoteurs immobilier, venus surfer sur la vague du tourisme balnéaire, alors en pleine expansion, les petits enfants de ces vieux loups de mer se sont laissés pincer les doigts par les mallettes pleines de billets que leur proposaient les promoteurs. Avec cet argent ils pouvaient désormais rejoindre les plus grandes villes et accéder aux études. C'est pourquoi aujourd'hui on peut surtout voir de grandes barres d'immeubles dévisager le paysage océanique. On écoute avec attention mais surtout avec du cidre basque, du boudin noir basque et du pâté basque dans la bouche. Régalante rencontre pour l'esprit et pour le ventre nous partons retrouver mon cousin avec le conseil des basques en tête: "Aller visiter Pasaïa en Espagne"!
On terminera la soirée dans un super restaurant de Ciboure: "Chez Mattin", très bonne ambiance, très bons plats, à retenir! En revanche je ne garderais pas un bon souvenir de la nuit... La voiture de courtoisie, une 206, est beaucoup plus petite que la notre et nous ne pouvons pas l'aménager pour dormir, on restera donc sur les sièges avant, pas trop allongeables, à se faire dévorer par les moustiques et à se faire mouiller la tête sous la bruine qui ne cessera pas de tomber car on doit ouvrir les vitres si on ne veut pas mourir de chaud dans l'habitacle! Si bien qu'on se pressera à Hendaye de bon matin à la recherche d'une chambre pas trop chère pour la nuit suivante, ce qui relève de l'exploit ici! On y passera la journée... On appelle à peu près tous les types de logement avant de se diriger vers un hébergement collectif "Bella Vista". Après avoir marchandé le prix (et avoir entendu "on ne descendra pas plus bas, on est pas des marchants de tapis non plus!"), nous pouvons enfin poser nos valises dans une chambre à 80euros au lieu de 110! On y dors tout l'après-midi après avoir pris une bonne douche et avant d'aller se rafraîchir le long du boulevard de la mer, et de se restaurer au "Café Lily" (j'adore l'ambiance littéraire et leur très bons burger, à l'abri de la pluie derrière la baie vitrée on peut même regarder les surfeurs!). Puis on ira passer une bonne grosse nuit très reposante....
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Septième jours: réveil tranquille, on ne quittera la chambre qu'à 11h pour traverser la frontière espagnole, photographier le port d'Hondarribia, musarder autour du Faro de Higer, découvrir la première rive de Pasaïa (Pasai San Pedro) où nous regarderons une bribe d'entraînement de course d'aviron. Pour continuer ici, on étire notre découverte sur un chemin fait de marches jusqu'au sommet de la falaise. Il est possible aussi de visiter un chantier de construction de baleinier (pour la petite histoire, la ville était le principal port baleinier d'Europe), mais nous n'irons pas. Nous lirons un affichage riche d'enseignement géologique, aussi nous apprenons l'ancienneté du patrimoine terrestre des plis et replis pyrénéens des bords océaniques basques. Ici nous foulons la roche de la période dévonienne de l'ère paléozoïque (360 à 410 millions d'années de là, les premiers poissons primitifs de l'évolution y font leur apparition)!
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On viendra marcher sur la seconde rive de Pasaïa (Pasai Donibane) au court de la route "retour vers la France".
Après cette parenthèse temporelle nous rejoignons Zarautz, village proche de Saint-Sébastien, aux plages moins fréquentées, pour lézarder au soleil et se rafraîchir dans les vaguelettes gasconnes. Puis nous allons faire chauffer nos mollets sur le Mont Urgull de Saint-Sébatien. Nous y arrivons en passant par la promenade aménagée de la baie de la Concha. Ce mont nous offre la vue d'anciens bastions, remparts, château et batteries, découvrant ainsi l'histoire militaire de la ville. Mémoire vivante des guerres hispanico-franco-anglo-portugaises dont on trouve le récit à la Maison de l'Histoire. On s'engouffrera dans le vieux quartier de la ville pour y passer la soirée à manger des pintxos, spécialité culinaire du pays basque espagnol. Miam!


Le ventre plein, et puisque le climat nous le permet, nous irons dormir à même le sol et à la belle étoile sur une air de repos de la commune d'Orio. Après un réveil sur un panoramique vert et bleu, nous reviendrons visiter le vieux quartier, ses rues étroites, ses petites placettes: notamment celle de la Constitution qui fût une ancienne arène taurine.


Après une brève déambulation dans le reste de la ville nous la laissons derrière nous et repartons à Saint-Jean-Pied-de-Port. On prend le temps de suspendre notre ligne de conduite pour terminer la visite de Pasaïa. Pasai Donibane est encore plus enchantant que l'autre côté... Nous nous égaierons dans sa principale rue mais aussi dans toutes les autres, secrètes, qui serpentent entre les vieilles maisons. On ira grignoter tout au bout du chemin sur la roche fripée et irons admirer la vue depuis les hauteurs de la ville au milieu d'une myriade d'Hortensia bleu. Victor Hugo avait raison, et je comprends pourquoi il est resté y séjourner quelques temps. Cette rive est charmante, enthousiasmante, enchanteresse!
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On garde la magie basque espagnole dans notre cœur et repartons vers les montagnes françaises: Saint-Jean-Pied-de-Port donc... On s'offrira un repas copieux au "restaurant de la paix", c'est tout à fait dans l'état d'esprit dans lequel ce voyage nous plonge! On y essaiera le gâteaux basque, un peu trop copieux pour un resto entré/plat/désert, mais délicieux. Et pour faire glisser tout ça on arrosera le début du dîné à coup de vin basque (suuuuuper bons!) et la fin à coup de Patxaran (digestif basque fait à partir de prunelles sauvages), ça arrache, c'est un digestif!


Le second jour de notre deuxième semaine de vacances nous avons pu assister à une parade culturelle de danses, de tenues et de musiques traditionnelles basques. De quoi nous coller le sourire pour le reste de la journée!
Nous passerons l'après midi en randonnée, vers Larrau, sur la boucle du pont suspendu d'Holzarte au dessus des gorges d'Olhadübi. On s'émerveille de l'opulence visuelle que nous donne la nature montagnarde.


Le jour suivant débutera à l'aide d'un petit déj' copieux et requinquant au resto de la paix, c'est un peu devenu notre fief cette semaine! On fera ensuite un saut au joli marché couvert du village, puis nous partons à la recherche d'un vignerons producteur pour faire l'achat de vins de pays. Ensuite nous "rentrons" à la cité médiéval pour y faire notre lessive. On y discutera longuement avec un pèlerin qui nous révèlera que le chemin historique est souvent détourné par les commerçants pour faire consommer et que le gîte le plus cher dans lequel il a dormi se trouve être un gîte chrétien. Le soir nous assisterons à une course de vache royale, et nous y rencontrerons des Bretons avec lesquels nous papotons des différentes manières de voyager, de s'héberger, eux ont déjà essayé le road trip en camion aménagé et le camping à la ferme... On leur confie que nous avons pour projet de visiter une grande partie de la côte ouest en dormant dans notre voiture accommodée. Avant de partir ils nous conseillent d'aller faire un tour à Locronan, village finistérien.
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Nous récupérons enfin Titine le onzième jours! On en profite pour laver le linge de maison (draps, serviettes, torchons) et cette fois-ci nous ferons connaissance durant 1h20 avec la patronne de la laverie, fort serviable, en discutant de tout et de rien, des problèmes de tout un chacun apportés par la vie. Et je me rends compte que la sagesse est à prendre partout, et que n'importe qui peut être un puits de philosophie pour peu que l'on s'ouvre à l'inconnu. Ensuite nous reprenons enfin notre liberté de circulation et remontons d'une traite jusqu'en Charente-Maritime sur la côte de beauté. On profitera d'un très poétique couché de soleil à Marennes le long du chenal de la Cayenne entouré par les fermes ostréicoles où l'on cultive la seule huitre à être estampillée label rouge en France. Ce changement de paysages nous donne l'impression de commencer d'autres vacances.
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On passera la nuit sur l'île d'Oléron au pied du phare de Chassiron dont nous visiterons les jardins ludiques le lendemain matin. Ensuite on ira à Boyard ville, mais c'est l'enfer, il y a trop de monde à cette époque de l'année!!! Du coup on ne s'y arrête pas (d'un autre côté il n'y a plus une place libre de parking pour faire une halte!), nous allons jusqu'au Marais aux oiseaux, mais l'entrée est payante alors on fait demi tour et partons de l'île pour rouler le long de la côte des fleurs (très très jolie baie de l'Aiguillon) et de la côte de lumière au son de radio nostalgie... Pile ce qu'il nous faut pour chanter à tue-tête et passer le temps dans les bouchons interminables de ces routes. On ne s'arrêtera nulle part, par ignorance sûrement, je pense que la côte de lumière n'a de côte et de lumière que le nom. L'agacement des bouchons y est aussi pour quelque chose! La route ne passe pas du tout par la côte, et la lumière n'est que celle des éclairages publiques commun au reste de la France... Non, décidément je ne m'emballe pas pour ce bout de pays, mais comme il ne faut jamais rester sur une mauvaise impression j'essaierai d'y retourner plus tard pour mieux le comprendre. Pour clore cette journée de transhumance nous nous reposerons sur une session photo devant un couché de soleil époustouflant au milieu des marais salants de Guérande.
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Le soir, réfugiés derrière les vitres de la voiture, nous voyons passer des escadrons de moustiques, gros comme des monstres, à en faire froid dans le dos... Une sensation hitchcockienne s'empare de moi, je me sens comme Mélanie Daniels dans les "Oiseaux"! Sentiment qui soulève en moi une question: mais comment font les artisans du sel pour faire face à leurs attaques quotidiennes? On s'endormira au Croisic. Le réveil se fait sur la vue des mouettes s'étirant les ailes avant de prendre leur envol. J'ai l'impression que ça pourrait être moi! On fait un tour sur le marché, l'occasion pour moi de m'acheter un pull "marinière".


Ensuite, de retour sur Guérande, et pour tenter de répondre à mes interrogations de la veille nous visitons le musée du sel, très ludique, qui explique tout un tas de choses sur les techniques de récoltes du sel et d'entretien des marais... Mais pas comment font les artisans pour résister aux piqûres de moustiques! Cependant tout ça me donnerait presque l'envie de devenir saisonnière ici, du coup je me demande comment on fait...


On va s'ébaubir lors d'une baguenaude dans les salants avant de s'arrêter acheter des sachets de gros sel à un petit producteur qui vend en bord de route, j'en profite pour poser les questions qui pour l'instant restent sans réponses. La dame qui travaille ici depuis plus de 23ans me transmettra ses lumières: les artisans s'habituent aux aiguillons sanguins, c'est comme tout, notre corps s'adapte! Et pour devenir saisonnier rien de plus simple, il suffit de laisser sa candidature à la coopérative ou bien directement aux exploitants. Mais on ne peut y travailler que l'été, saison de récolte, puisque l'hiver est consacré à la réfection des marais, chose prise en main par les habitués seulement.
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Nous terminerons cette belle journée par une excellente soirée chez des amis à Saint-Pierre-Quiberon.


Les premiers rayons de soleil du jour suivant caresseront la plage du Rohu et nous tireront du sommeil. On fera le tour de la presqu'île, et assisterons à une petite répétition improvisée de biniou sur l'une des plages avec pour seul cadre l'horizon. L'odeur des algues en décomposition sent très fort par endroits... Ou aurais-je le nez sensible? On continuera notre voyage par un déjeuné sur une plage de Carnac. Nous passerons devant les "alignements", grand ensemble mégalithique datant de 7000ans, il s'agit de dolmens et de menhir, témoins de la représentation de seuil, de passage, entre la vie et la mort dans les esprits de l'époque. Ceci en reprenant la route pour nous rendre à un mariage à Pont l'Abbé...Jouissance d'un vrai lit et d'une douche!
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Nos amis nous ferons découvrir la plage de sable blanc de Loctudy, et chose exceptionnelle permise par les températures écrasantes de cet été, ils se baigneront dans l'océan bigouden!


C'est au dix-septième jours, 15 août, que nous reprendrons notre chemin direction la point de Raz. Après une courte promenade sur le sentier côtier, un bref pique-nique aux pieds de la sculpture de Notre Dame des naufragés, nous irons digérer sur un rocher tout au bout du monde. Notre objectif était la pointe du Van, mais nous repartons de notre rocher qu'à 17h30. Nous ferons un rapide tour et détour par Locronan, comme suggéré par une rencontre précédente. Il fait parti des "plus beaux villages de France" avec ses maisons en granite, son centre entièrement piéton, sa majestueuse église et ses chemins pavés à parcourir avec curiosité.


Puis nous achèverons paisiblement cette journée en allant admirer le soleil qui part se coucher à la pointe de Pen Hir, suivi d'un feu d'artifice lancé depuis l'une des plages de Crozon et que l'on peut voir d'ici. On ira s'allonger sous un beau clair de lune qui pare les clapotis de sa couleur argenté.
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L'avantage de la pointe de Pen Hir c'est qu'en cette saison on peut aussi bien assister au couché de soleil d'un côté et au levé de soleil de l'autre côté... Ce matin je me réveil en me disant que, quand même, j'ai beaucoup de chance et que la vie est belle! Un petit café à Camaret-sur-Mer pour exciter les méninges avant qu'elles ne s'éblouissent sur les carcasses de bateaux et qu'elles se laissent aller à la rêverie le long du sillon qui mène à la Tour Vauban. Puis Nous irons titiller notre matière grise sur la pointe de Dinan en crapahutant ici et là au fil de nos envies et en s'étonnant de la force des éléments qui façonnent nos côtes!
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Cette après-midi on rafraîchira notre tête sur un tout petit coin de rocher, tranquille, bien caché, au cap de la chèvre. Pour cela nous avons emprunté un tout petit chemin à peine visible, qui ressemble en son début à un coin caca, mais qui, si on persévère un peu, s'ouvre sur un coin de paradis! Après avoir fait l'algue pendant plusieurs heures nous reprenons notre courage à deux mains, enfin surtout mon compagnon, et il nous conduira à travers le pays des enclos (paroissiaux), sur de petites routes, pour rallier Trégastel et avoir le temps de poser une fesse sur la plage pour notre rendez-vous préféré: le couché de soleil! On ira par la suite manger la meilleure galette de ma vie (à l'andouille, x2!) au restaurant "les 7 îles". On atterrira par hasard (on a visé le coin le plus paumé sur notre antique GPS...) sur un petite plage, un peu cachée, à Trébeurden. On se réveillera dans la brume, par marée basse, avec la vue des bateaux échoués pour quelques heures sur le sable mouillé.


En commençant du port de Ploumanac'h, nous irons "caféiner" sur la plage de Saint-Guirec avant d'emprunter un petit bout du chemin des douaniers. Que dire d'autre à part que le granit est rose et qu'il prend parfois des formes à deviner? On s'imprègne de l'ambiance iodée, on joue à deviner à quoi ressemblent les roches, on s'assoit sur un arbre trône face à l'île de costaérès et on s'imagine être roi et reine de Bretagne, puis on s'illumine au phare.
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"On the road again"
, et on commence à fatiguer du voyage, nous allons se détendre à la pointe Fréhel. Pour cela on se gare un peu plus loin pour éviter le parking payant, de plus ça nous permet de marcher au milieu d'un superbe paysage creusé par les souvenirs de la seconde guerre. Ensuite on se faufilera dans les remparts de Saint Malo où, par miracle, nous trouverons une place où laisser Titine le temps pour nous de faire un tour crépusculaire sur le mur d'enceinte. On y apprend l'histoire de la même manière qu'à Saint-Jean-Pied-de-Port, au fil des écriteaux dispersés dans la ville. Très très jolies cité fortifiée, elle me donne l'envie de devenir Corsaire: "Chacun se bat pour ce qui lui manque!" Surcouf
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On passera notre dernière nuit dans la voiture à la pointe du Grouin, ensuite nous aurons a disposition un lit douillet chez les beaux-parents à Bricqueville-sur-Mer... Mais d'abord il faut dire que le meilleur café de ces 23jours aura été pris sur le Port de Cancale au "Galion", que nous avons observé des ouvriers au travail dans un parc mytilicole à Vivier-sur-Mer, qu'il n'est pas besoin de descendre dans le sud pour voir "Le Var", "Toulon", "Narbonne", et "Saint-Sébastien" (panneaux croisés ici!), et que le Mont-Saint-Michel c'est tout petit mais inversement proportionnel à son charme.
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Nous sommes arrivés ici dans une période de grandes marées, aussi, le lendemain après-midi nous allons gratter devant le Havre de la Vanlée pour trouver des coques et s'en régaler le soir au barbecue avant de photographier la montée des eaux au Havre durant le couché de soleil, impressionnant, c'est rapide, c'est beau!
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L'avant dernier jour sera marqué par une marée de coefficient 103 pour 21h41, on va donc sur le Mont-Saint-Michel pour voir le spectacle du haut de ses remparts. C'est presque suffisant pour que le Mont redevienne une île! On doit maintenant attendre que la marée redescende pour pouvoir repartir d'ici, on décide alors de visiter l'Abbaye, de nuit, elle est tellement austère... Et sans audio guide point ou peu d'explications! La vue depuis la grande terrasse est cependant envoûtante et l'on voit très bien la baie d'ici. Encore un peu de temps avant de pouvoir repartir... On s'amuse dans les petites rues qui se muent en labyrinthe secret par nuit noire (surtout quand on a pas le plan!).
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Le dernier jour on se rappellera de toutes nos aventures lors d'une balade digestive à la cabane Vauban présente à Carolles, en descendant la falaise par un petit chemin improvisé par les pêcheurs on aura l'occasion de voir de surprenantes formations posées sur le sable, elle sont en fait le résultat  de constructions réalisées par le vers sabellaria alveolata et forment de fragiles récifs. Les récifs d'hermelles sont les plus grandes constructions d'origine animale d'Europe!
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Enfin, pour refermer la page de ce merveilleux road trip, un dernier couché de soleil nous accompagne sur la route pour rentrer chez nous, et je me dis que j'ai aperçu tellement de choses en trois semaines que la France me fait l'effet d'une boule à facettes qui brille de mille feux, chacune des facettes étant différentes et remarquables. Je me dis aussi que les basques et les bretons nous ont offert de jolis moments, et que malgré leur réputation bourrue ils sont infiniment accueillants et chaleureux!
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