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comprendre la culture de l'invité, de l'hôte en Ouzbékistan

Posté par michèleB le mardi 11 août 2009 à 22:02 dans Culture

Bonjour,
Pendant mon séjour pour une mission FLE de 6 mois à BOUKHARA, j'ai eu tout le loisir d'observer les comportements des français de passage et les réactions des ouzbèks, confrontation de deux cultures bien différentes. Et j'ai entendu un jour cette phrase de la bouche d'un professeur de français dont la passion pour la langue et la culture française ne s'est jamais démentie : "mais c'est toujours le même problème avec les français ! "
Eh bien oui, quand des français arrivent en Ouzbékistan, ils ont lu tous les livres sur le sujet, vu tous les sites internet, ils savent tout et n'ont besoin de personne. Les français, ils sont les meilleurs, c'est bien connu ! Ce n'est pas tout à fait faux et on ne mesure pas la chance qu'on a, nous français de disposer de cette variété d'information.
Sauf que, l'essentiel n'est pas dans le "petit futé" si futé soit-il ! L'essence de la culture ouzbèke, l'âme des ouzbèks, tant qu'on ne s'y est pas frotté, on ne peut pas la deviner. Je m'explique. Les français sont de grands individualistes, attachés à la liberté de circulation, d'information, et, c'est bien connu, ils sont capables de se débrouiller tout seul. Quand on arrive à Tashkent, on peut se rendre tout seul à l'hôtel qu'on aura minutieusement sélectionné, on ira faire son change, ensuite, avec le plan du métro, on se débrouillera bien pour aller acheter un billet pour une autre destination. On ne va quand même pas prendre un guide, comme ça, tout de suite. Et puis, on va se faire arnaquer, c'est sûr, alors, prudence ! On verra, une autre fois, exceptionnellement, on pourra se laisser accompagner par un guide, si c'est pas trop cher. C'est une attitude que les ouzbèks ne peuvent pas comprendre, qui ne fait pas partie de leur univers mental et qui les attriste.
J'ai eu cet comportement moi-même, au début de mon séjour. Je voulais me promener seule, visiter seule, je ne voulais pas qu'on m'accompagne. Non mais, je suis autonome, quand même ! Ensuite, quand j'étais invitée à dîner dans une famille et qu'on me priait de dormir chez eux, je refusais car je n'avais pas mes "affaires de toilette". Et les ouzbèks ne comprenaient pas mes réactions, mes refus, je les blessais involontairement, ils étaient tristes.
Puis, le jour est venu où j'ai compris que la culture ouzbèke, c'est la culture de l'hôte, de l'invité. (c'est expliqué dans les guides pourtant). Les ouzbèks adorent avoir un invité à la maison. Pour eux c'est un honneur, un plaisir d'avoir un étranger, à plus forte raison français, à leur table et de lui offrir les plats nationaux. Pour un ouzbèk, c'est aussi un devoir de ne pas se laisser un étranger se débrouiller seul dans une ville qu'il ne connait pas.
Si un ouzbèk rencontre un touriste étranger qui marche seul dans une ville
il est capable de se sentir honteux de le voir ainsi tout seul et abandonné. Mais comment, personne n'accompagne cet étranger, personne ne s'occupe de cet invité ? se dit-il, honte à nous les ouzbèks !
La tradition ouzbèke exige qu'on fasse tout pour l'étranger qui est un invité de marque. La coutume veut aussi qu'il reste pour dormir le soir, on déroulera pour lui une kurpacha supplémentaire et on lui prêtera un vêtement de nuit.
Alors, tant qu'on ne sait pas tout ça, on accumule gaffe sur gaffe, malentendu sur malentendu. On refuse de se laisser guider, de se laisser accompagner pour des visites que nous n'aurons pas choisies, on refuse de dormir dans une famille pour le motif futile qu'on n'a pas son pyjama !!!!
En Ouzbékistan, pour ne pas blesser les ouzbèks, ces grands sentimentaux, il faut accepter les règles du jeu, se laisser entrainer par le mouvement, accepter de ne pas décider, une fois dans sa vie, se laisser accompagner sans réfléchir. Il faut apprendre à ne plus décider, à obéir de bonne grâce. Finalement, que c'est agréable d'être attendu à TASHKENT par le plus gentil des guides, évitant ainsi l'assaut des taxis, de se laisser emmener dans le plus sympa des BandB près de Chorsou, de se laisser accompagner dans le métro et d'avoir toutes les explications sans être obligé de se plonger dans le "guide du routard". Et puis, même si on parle anglais ou russe, nos guides sont tellement heureux de pratiquer la langue française avec nous, mais pourquoi se priver.
En posant le pied sur le sol ouzbèk, on devrait mettre notre orgueil d'occidental dans la poche, oublier tout ce qu'on a lu dans les livres, effacer tous les clichés qui nous rendent aveugles, pour enfin devenir seulement curieux et perceptif à cette nouvelle culture.
Merci mes adorables guides de Tashkent, Boukhara, Samarkand, Qarshi, Shakhrisabiz et Nourata. On se reverra c'est sûr
Michèle

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