Posté par blabla le lundi 10 mars 2008 à 14:09
Pierre60 (et les autres qui s'intéressent à cette question),
ce qu'on appelle faire du "tourisme éthique", c'est (entre autre) faire extrêmement attention, bien réfléchir et s'informer des éventuelles conséquences des actions que l'on entreprend dans le pays que l'on visite, y compris lorsque l'on pense être certain de "faire le bien" en agissant de telle ou telle manière : Même si cela peut paraître paradoxal, c'est souvent dans ce genre de situation (lorsque l'on est plein de bonnes intentions) que l'on fait le plus de dégâts.
Sur le plan des us et coutumes, nos moeurs occidentales nous pousseraient par exemple à faire une caresse affectueuse sur la tête d'un gosse, alors qu’au Vietnam, ce geste est très mal vu.
Sur le plan économique, on peut être aussi tenté de donner un pourboire de 5 Euros pour un quelconque service, en se disant que pour nous, cela ne nous coûte pratiquement et ça fait un heureux, puisque 5 Euros représentent une vraie fortune pour un vietnamien.
En réalité, même si effectivement ça rendra heureux le ou la vietnamien(ne) qui reçoit cette somme, ce geste accompli de manière répétée nuit plus à l’économie et à la culture locale qu’autre chose, car d’autres vietnamiens, comme par exemple les paysans, qui produisent des ressources vitales, voient qu’ils gagnent moins que ceux qui sont en contact avec « les généreux touristes pleins de fric », et sont tentés d’abandonner leur activité et « se lancer dans l’économie du tourisme », plus lucrative. Malheureusement, cela se conclut, le plus souvent, à faire des nettoyages dans un hôtel, ou alors mendier dans la rue. A long terme, ce sont des terres agricoles qui demeurent abandonnées, un savoir-faire qui disparaît, et une dépendance économique à l’égard des touristes qui augmente, au détriment de la relative autonomie alimentaire dont jouissait le pays jusqu’alors.
Les ONG actives dans les pays du tiers monde sont tout à fait conscientes de ce genre de problèmes. C’est la raison pour laquelle le plus souvent, leurs collaborateurs engagés dans des missions de longue durée sur le terrain perçoivent un salaire adapté au coût de la vie du pays dans lequel ils accomplissent leur mission, de façon à éviter qu’ils contribuent à déséquilibrer l’économie locale.
Dans la même idée, payer 400 Euros pour une croisière de deux jours au Vietnam me semble non seulement absurde, vu le coût de la vie locale, mais également très dommageable, car cela ne fait que contribuer à augmenter les disparités économiques dans le pays, entre une minorité qui s’enrichit grassement en percevant l’équivalent d’une année de salaire moyen pour promener un client en bateau pendant deux jours, et une majorité qui trime en produisant du riz.
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